D'ARTILLERIE D'ASSAUT
CONSTITUTION
Le 502e d'artillerie d'assaut fut constitué à la date du 5 juin 1918, par décision du G.Q.G. n° 247 du 4 mai 1918, sous le commandement de M. le chef de bataillon Chaubès, Il comprenait : Le groupement 2, sous les ordres de M. le chef d'escadron Danloux.
Le 46e bataillon de chars légers, sous les ordres de M. le chef de bataillon Roussie.
Le 5e bataillon de chars légers, sous les ordres de M. le chef de bataillon Besse.
Le 6e bataillon de chars légers, sous les ordres de M. le chef de bataillon Lemar.
La S.R.R.101 (section de réparations et de ravitaillement), sous les ordres du lieutenant Meunier.
Les trois bataillons étaient de nouvelle formation de chars légers, type Renault.
Le groupement 2, au contraire, de formation ancienne, comprenait quatre groupes d'appareils, type « Schneider », premiers appareils français ayant paru sur les champs de bataille, pour la première fois à la bataille de Craonne, Juvincourt, le 16 avril 1917, sous les ordres de M. le chef de bataillon Chaubès, alors commandant de ce groupement.
En entrant au 502e régiment, le groupement lui apportait donc tout un passé de travail acharné, de combats et de gloire, passé long de dix-huit mois, pendant lesquels il avait contribué largement à faire de l'artillerie d'assaut l'arme redoutable qu'elle était déjà à cette époque, grâce à l'entraînement, à l'instruction, au moral de ses équipages de chars moyens et lourds, à ses méthodes de combat longuement étudiées, à sa doctrine tactique fermement établie en liaison avec l'infanterie. C'est-à-dire que son histoire ne saurait être séparée de celle des débuts de l'arme dont elle fait intégralement partie.
HISTORIQUE DU GROUPEMENT
DE CHARS BLINDÉS PENDANT LA GUERRE
Le rôle du 2e groupement de chars blindés pendant la guerre fut particulièrement glorieux.
Dotés, dès le début, d'appareils Schneider, qu'ils ne devaient plus quitter jusqu'à l'armistice, les groupes réussirent, après avoir été engagés dans plusieurs combats, à conserver intact, grâce à l'inlassable énergie de leurs équipages, un matériel avec lequel ils furent constamment sur la brèche.
Formé au camp de Champlieu, en janvier 1917, le 2e groupement se mit au travail avec ardeur. Les nombreuses manoeuvres, présidées par le colonel Monhoven, depuis général, familiarisèrent rapiodement les équipages et le matériel et, lorsqu'en mars la première expédition de l'arme fut organisée, le 2e groupement prenait le départ, composé des groupes 1, 3 et 4. Le recul des Allemands ne permit pas au commandant Chaubes de montrer à l'ennemi avec quel enthousiasme son groupement était décidé à attaquer.
Ramené à Champlieu, le groupement, composé cette fois des groupes 3, 7, 8 et de la S.R.R.103, se rembarquait bientôt et prenait part au premier engagement de l'arme, le 16 avril 1917.
Combat du 16 avril 1917.
Le groupement 2 avait été débarqué à 15 kilomètres environ à l'arrière du front d'attaque, à Ventelay, et cantonné à Cuiry-les-Chaudardes.
La mission des chars était d'attaquer la troisième position allemande entre la Miette et le plateau de Craonne. L'infanterie devait s'emparer des deux premières positions ; des éléments d'infanterie d'accompagnement devaient faciliter aux chars le passage des deux premières positions qu'ils franchissaient en colonne.
Le jour J étant fixé au 16 avril, les trois groupes, quittant Cuiry-les-Chaudardes vers 20 heures la veille au soir, venaient prendre leurs positions de départ dans le bois de Beau-Marais et y parvenaient au petit jour après avoir marché toute la nuit.
A l'heure H, ils débouchaient dans la plaine, dans l'ordre, A.S.3, A.S.7, A.S.8. Le franchissement de nos lignes se fit sans difficultés, par des passages aménagés dans la nuit.
En arrivant à la première position allemande, la tête de colonne se heurte à une tranchée infranchissable, tant par sa grande profondeur que par son extrême largeur.
Les commandants des deux groupes de tête, cherchant en vain un passage et n'en trouvant point, se mettent en devoir d'en faire pratiquer. Le capitaine Durand, commandant une batterie, est tué pendant cette opération.
Pendant ce temps, notre infanterie n'avait pu progresser comme il était prévu, la préparation d'artillerie avait été insuffisante pour détruire et aveugler les observatoires ennemis et bientôt les deux premiers groupes, arrêtés dans la plaine en attendant qu'un passage fût fait, furent très violemment pris a partie par l'artillerie ennemie. En quelques minutes, de nombreux chars sont démolis et deviennent la proie des flammes.
Plusieurs officiers et hommes sont tués ou blessés dans leur appareil.
En raison de l'impossibilité de passer rapidement, ordre est donné par le capitaine de Boisgelin à ce qui restait de son groupe de se reporter plus en arrière.
Une partie des chars, repliés en position d'attente, furent l'objet d'une concentration d'artillerie et mis hors de combat.
Quelques-uns purent regagner leur position de départ. Le dernier groupe, qui ne s'était pas autant engagé, avait été maintenu plus en arrière par son chef et subit moins de pertes.
L'échec de l'opération était dû à l'insuccès initial de l'attaque d'infanterie, qui n'avait pas permis aux chars de franchir les premières positions ennemies pour agir en terrain libre, au manque de liaison entre les chars et l'infanterie et, enfin, à l'insuffisance de la contre-batterie française, qui permit à l'artillerie ennemie de remplir son rôle sans difficulté. (Document allemand.) Le groupement avait 50 p. 100 de ses appareils hors de combat et la tristesse d'avoir été brisé dans son élan avant même d'avoir pu se trouver aux prises avec l’infanterie adverse.
Si les résultats obtenus ce jour-là ne furent pas ceux que l’on attendait de cette arme nouvelle, il ne faut point en chercher la cause dans les appareils ou le personnel, mais seulement dans l'insuccès général de l'opération. L'artillerie fut le grand ennemi des chars dans cette bataille, et nous ne devons en retenir que l'héroïsme dont tous firent preuve dans des circonstances particulièrement délicates et pénibles. Le général en chef adressa, après le combat, ses félicitations à l'arme nouvelle et le groupement 2 peut être fier d'avoir contribué à lui conquérir ses premières lettres de noblesse : lettres de noblesse, oui. Quoi de plus noble, en effet, à coté de la mort héroïque du commandant Bossut, que l'énergie indomptable d'un capitaine Beltz, ou la bravoure vraiment française du maréchal des logis Draux, qui, dans la plaine dévastée, sous une pluie d'obus, trouve un cheval errant, l'enfourche, et, au petit pas, cherche à travers les obstacles du terrain un cheminement pour sa batterie ?
L'insuccès de cette attaque ne diminue pas l'énergie des équipages et tous se remirent bravement au travail. Le réservoir d'essence, placé en dehors de l'appareil, supprima les risques d'incendie, et la mise en marche électrique enleva au conducteur ce cauchemar du stationnement prolongé en terrain ennemi par suite de l'arrêt du moteur.
Les efforts que tous firent pendant la période d'avril à octobre 1917 furent couronnés de succès dans la journée du 23 octobre.
Les groupes 8, 11 et 12 composaient le groupement.
Cette attaque fut préparée minutieusement. Les chars, secondés par de l'infanterie d'accompagnement, s'élancèrent à l'heure H, précédant les vagues d'attaque, enthousiasmées par ce spectacle nouveau.
Les fantassins, qui, jusque-là avaient douté, il faut le dire, de l'efficacité de ces appareils lourds et peu rapides, reconnurent l’aide puissante qui leur fut donnée sur les plateaux de La Malmaison, de Vaudesson et de Chavignon. Enormes furent les difficultés qu'eurent, à vaincre les appareils dans ce combat. Le terrain, absolument chaotique, ne fut traversé que grâce à la connaissance minutieuse que les conducteurs avaient de leurs appareils et grâce aussi à l'énergie déployée par tout le personnel dans des circonstances souvent critiques.
Le ravitaillement en essence, par traîneaux, inauguré ce jour-là par le lieutenant Florimond, le dépannage, travail ingrat que présidait avec calme le lieutenant Barnsby, tout marcha pour le mieux, et, le soir de la bataille, le groupement 2 pouvait être fier des résultats obtenus. Le communiqué officiel révélait le lendemain au pays l'action féconde des chars d'assaut, et à dater de jour, les fantassins ne se contentèrent pas de réclamer de l'artillerie et encore de l'artillerie, mais l'appui de cette arme nouvelle qui les avait aidés à gagner la grande bataille du Chemin-des-Dames. Le groupement, dont 2 groupes furent l'objet de citations ; le 11e à l'ordre de l'armée et le 8e à l'ordre de la division, revint à Champlieu.
Le séjour dans ce camp fut de courte durée, et l'on s’embarqua pour Martigny.
On n'eut, du reste, que le temps de s'y installer, et, au début, d'avril, les groupes quittèrent définitivement la vie des camps pour commencer celle, rude et pénible, des champs de bataille. Cette période, qui va d'avril 1918 à l'armistice, fut pour le 2e groupement particulièrement mouvementée. Transportés coup sur coup sur différents points du front, et toujours à proximité immédiate de la ligne de feu ; les groupes firent preuve d'une endurance admirable. Les bivouacs, bombardés par canons ou par avions, les embarquements en pleine voie et parfois avec des moyens de fortune, les cheminements bouleversés que l'on, empruntait, la tension morale, enfin, dans les journées angoissantes de juin et juillet 1918, nécessitèrent des équipages une endurance et une énergie qui ne devaient jamais faillir.
Les groupes ne se contentèrent du reste pas d'être pour l'infanterie un appui moral. Le 18 avril, le groupe Fleury se couvrit de gloire en appuyant l'attaque du bois Sénécat. Pris à partie par un nombre de mitrailleuses inconnu jusqu'alors, les chars nettoyèrent le terrain, évitant de fortes pertes aux fantassins (citation à l'ordre de l'armée).
Rarement combat fut plus pénible pour les équipages que celui du 18 avril. L'ennemi, ne cédant le terrain que pas à pas, lançait sur les chars de fréquentes attaques à la grenade, les entourant, faisant tout pour les détruire, certain que, sans eux, l'infanterie ne pourrait avoir raison de ses nombreuses mitrailleuses.
Le lieutenant Domercq, et le maréchal des logis Moureu, qui reçurent la Légion d'honneur sur le champ de bataille, furent les héros de la journée. Cernés dans le combat, ils défendirent leurs appareils avec une énergie farouche, mettant leurs mitrailleuses à terre quand, leurs chars étant en panne, ils ne purent plus les utiliser à bord.
L'enthousiasme des fantassins qui attaquèrent avec le 3e groupe fut à son comble et, témoins d'actes individuels de courage comme celui du canonnier Bimbault, ils demandèrent pour lui « la plus belle des récompenses ».
Que dire aussi du complet mépris de la mort montré par le lieutenant Boquet, qui, très grièvement blessé au bras et à la poitrine, refusa de se faire évacuer, continua l'attaque et tomba sans connaissance dans les lignes, où il fut fait prisonnier pendant un retour offensif de l’ennemi.
Les déplacements du groupement recommencèrent après cette opération toujours avec les mêmes difficultés dues à l'avance de l'ennemi.
Les secteurs d'Amiens, de la montagne de Reims, de Montdidier eurent l'appui du 2e groupement alors sous les ordres du commandant Danloux. Le 20 juillet, L’A.S.11 et une batterie de l'A.S.12 coopèrent à l'action de la 168e D.I. et progressent en avant de l'infanterie dans la région du bois de Mesles et de Bouquignv, atteignant tous les objectifs désignés.
Nouveaux déplacements du groupement, au camp de Mailly, où il ne reste que deux jours, puis à Damery-sur-Marne. Tout s’effectue sans encombre, et le matériel, soigneusement entretenu, est toujours prêt à l'attaque.
Les 16 et 17 août, le groupement est engagé sur la ligne Beuvraignes - Laucourt. Malgré le terrain bouleversé par trois ans de guerre, les groupes permettent la progression et apportent un sérieux réconfort moral à l'infanterie, épuisée par plus de quarante jours de combat. Dans un coup d'audace, le 12e groupe encercle le village de Laucourt énergiquement défendu.
Le 8e groupe, engagé dans des conditions très favorables, et maintenu deux jours et deux nuits à proximité des premières lignes, prêt à réattaquer constamment, fit preuve du plus bel esprit de sacrifice et d'héroïsme malgré les pertes élevées et un bombardement continu par obus à gaz.
Le 20 août 1918, le 2e groupe, détaché à la Xe armée, attaque avec les chasseurs de la division Messimy sur le plateau Nouvron-Vingre, dans la région de Bieuxy, et, malgré le terrain bouleversé par quatre ans de guerre et le nombre toujours croissant de mitrailleuses, permet, par sa progression, l'avance rapide de l'infanterie. La batterie Maurin, en particulier, réussit, dans un élan superbe, à progresser de 7 kilomètres, jusqu'à Chavigny, faisant l'admiration des chasseurs avec lesquels elle attaquait.
Le 30 septembre, l'A.S.11 et l'A.S.12 coopèrent, entre la Vesle et l'Aisne, dans la région de l'arbre des Romains et de la ferme de Beauregard, aux attaques des 45e et 52e D.I. Une fois de plus, le groupement 2 fit preuve d'un courage splendide. Le terrain était très fortement défendu par des mines, des pièges, des canons et fusils antitanks, et l'infanterie ennemie était dotée d'un nombre incalculable de mitrailleuses. Malgré toutes ces difficultés, les chars réussirent à mener les vagues d'assaut jusqu'à l’objectif final, résultat qui, sans eux, n'aurait certainement pas pu être obtenu.
Le courage de tous fit, une fois de plus, l'admiration des fantassins ; la vieille chevalerie française connut-elle souvent des actes d'héroïsme aussi magnifiques que celui du lieutenant Courier, qui, voulant dégager un de ses chars, pris à partie par une mitrailleuse, n'hésite pas à franchir une crête en pleine vue de l'ennemi et trouva aussitôt, ainsi que son mécanicien, la mort dans son char détruit par un obus de plein fouet ? ou celui du maréchal des logis Grond, qui, agent de liaison en première ligne, une blessure grave au ventre, refuse de se laisser évacuer par un camarade, lui disant simplement : « Laisse-moi là et porte ce pli au capitaine, c'est pressé » ? Quelques heures plus tard, le maréchal des logis Grond rendait le dernier soupir.
C'était un héros de plus dans la liste glorieuse des morts du groupement 2.
Les vieux appareils Schneider résistèrent jusqu'à la fin, malgré les efforts qu'on leur demandait depuis six mois. Seuls les soins qui leur furent donnés par les équipages, les ateliers de groupe et la section de réparations, permirent d'obtenir ce résultat.
Le groupement revendique aussi hautement l'honneur d'avoir ramené le premier char d'assaut allemand. Sous les ordres du lieutenant Barnsby et du sous-lieutenant Cossin, une équipe de volontaires travaille pendant quinze nuits consécutives au dépannage d’un char allemand renversé à 100 mètres de nos lignes et mène à bien cette difficile opération.
Tous ceux qui ont eu l'honneur d'appartenir au 2e groupement peuvent être fiers d'avoir contribué, par leur courage et leur inlassable énergie, au rôle glorieux de cette arme nouvelle.
HISTORIQUE DES 4e, 5e et 6e BATAILLONS DE CHARS LEGERS
Au début de juin 1918, à sa formation, le régiment est rassemblé à l'ouest de l'Ourcq, dans la région comprise entre Villers-Cotterêts et Meaux, à la disposition de la VIe armée. Il y passe le mois de juin et fait de nombreuses manœuvres avec l'infanterie. Dans les derniers jours de juin, à l'exception du 5e B.C.L., qui reste dans la région sud de Château-Thierry, à la disposition de la Ve armée, le 502e R.A.S. est transporté en Champagne, où nous le trouvons rassemblé dans la région ouest de Châlons, en vue d'une opération de contre-offensive sur le front des IVe et Ve armées, tandis que le 5e B.C.L..devait opérer au sud de la Marne.
Combats du 5e bataillon du 15 au 20 juillet 1918.
Dans la nuit du 14 au 15 juillet, les Allemands attaquent sur le front de Château-Thierry à l'Argonne et réussissent à franchir la Marne, le 15, entre Mézy et Dormans.
La 73e D.I., à laquelle est affecté le 5e bataillon, fait face à l'est et doit attaquer le lendemain. La 3e compagnie de ce bataillon se rassemble le 15 dans la vallée de Surmelin, au nord-est de Condé-en-Brie.
Journée du 16 juillet.
La 313e compagnie et la 314e compagnie attaquent dès le matin respectivement avec le 346e et le 356e régiment d'infanterie dans la direction de la ferme Janvier et de Saint-Agnan.
La première aide puissamment à la progression de l'infanterie, lui permet d'atteindre ses objectifs et l'aide à repousser une contre-attaque allemande qui se déclenche vers midi. Ses chars tirent presque à bout portant sur les vagues d'assaut et leur infligent des pertes cruelles : grâce à l'intervention des chars, l'attaque est brisée.
La deuxième, engagée elle aussi dès le matin, appuie efficacement les contre-attaques destinées à refouler l'ennemi, cherchant à progresser sur Saint-Agnan et Celles-lès-Condé.
A 10 heures elle est épuisée et relevée bientôt par la 315e compagnie, qui s'engageant dans l'après-midi, détruit un canon léger allemand et de nombreuses mitrailleuses (section du lieutenant Pierron dans la région de la Grange-aux-Bois mais l'infanterie, très fatiguée, ne peut profiter de son action.
Anecdote. - Brigadier LEFÈVRE (313e compagnie).
Le brigadier Lefèvre, des pays envahis, n'a pas de nouvelles de sa famille et deux de ses frères sont déjà morts pour la France. Lui-même est classé dans le service auxiliaire. Il demande à passer dans le service armé, et, comme on lui proposait un poste relativement calme, il refuse et sollicite comme une faveur l'honneur de conduire le char du chef de section. Blessé le 16 juillet, vers 4 heures, par éclats de balle, le sang coulant avec abondance de la tempe droite, le brigadier Lefèvre n'en continue pas moins de conduire son char jusque vers 7 heures. A ce moment, la section à laquelle il appartient revient à la ferme des Etangs, en position d'embossage.
Le brigadier Lefèvre sort alors seulement de son char ; on panse sommairement sa blessure et il s'apprête à se diriger vers le poste de secours lorsque les Boches contre-attaquent. Sans hésiter, le brigadier Lefèvre remet en marche, saute dans son char et de nouveau conduit jusqu'à 9 heures.
La mission est terminée. Les Boches sont repoussés. Le brigadier serre encore la main de ses camarades et part content maintenant. La blessure est douloureuse, la chemise est baignée de sang, mais il a vengé ses deux frères et vient d'assister jusqu’au bout au baptême du feu de sa compagnie.
Journée du 17 juillet.
La 313e compagnie, qui engage les sections Debrabant et Leprieur, repousse plusieurs contre-attaques au prix de pertes sévères et appuie très énergiquement la progression de notre infanterie.
Dans le secteur voisin, une section de la 315e compagnie contribue à briser une puissante attaque allemande grâce à l'heureuse initiative de son chef, le lieutenant Boisdon, qui appuie énergiquement des éléments du bataillon Pradel.
Anecdote. - Lieutenant BORDONOVE (315e compagnie).
Le 17 juillet 1918, la 315e compagnie, en effet, était établie comme suit : la 2e section (lieutenant Bordonove) en ligne, prête à contre-attaquer en direction de la Marne; les 1ère et 3e sections établies en position intermédiaire sur les bords d'un ruisseau dans les vergers au nord de Celles-lès-Condé.
Gradés et hommes de ces deux dernières sections, fatigués par les combats des jours précédents, dorment d'un profond sommeil. Tout à coup, les cris : « Voilà les Boches ! Les Boches arrivent ! » viennent réveiller en sursaut les braves endormis.
Portant aussitôt leurs regards sur les lisières de la forêt abritant nos ennemis, ils virent fantassins américains et français se replier précipitamment.
Un seul commandement : « Moteurs en marche ! » ; un seul mouvement : « Marche en avant ! » Une minute après, parmi les blés dorés que balance la brise, nos chars vont lentement contre la meute grise. L'infanterie, stimulée par l'arrivée des chars, reprend confiance et regagne ses positions de combat.
L'attaque est entièrement brisée.
Citation. Ordre général n° 646 du 13 octobre 1918, VIe armée.
Bordonove (Charles-Joseph-François), sous-lieulenant au 502e R.A.S., A.S.315. Commandant une section de chars d'assaut, a fait preuve des plus belles qualités militaires, d'endurance et de décision. A permis à l'infanterie qu'accompagnait sa section de faire de nombreux prisonniers. A été grièvement blessé par un obus qui a brisé la tourelle de son char, alors qu'il se portait en avant pour reconnaître les positions ennemies.
Le soir du même jour, la compagnie la moins fatiguée, la 314e, est mise a la disposition de la 18e D.I. pour attaquer le lendemain matin. Elle se porte au clos Millon, à l'ouest de Comblizy, où elle arrive en temps utile. L'attaque est cependant reportée au 20 juillet.
Pendant ce temps, la 313e compagnie, qui a perdu 40 p. 100 de son effectif, et la 315e, dont le personnel est mort de fatigue, se reconstituent à deux sections de combat avec ce qui reste d'éléments disponibles.
Le 20 juillet, les trois compagnies prenaient part de nouveau au combat, mais, l'ennemi se repliant, elles eurent peu à intervenir.
Le rôle du 5e bataillon ; de chars légers pendant. ces cinq jours est résumé dans la citation suivante qui lui a été décernée par le général commandant. le 3e corps d'armée, transformée en citation à l'ordre de l’armée par ordre 22611 D du G.Q.G. du 20 septembre 1918 :
Sous le commandement du commandant Besse, ce bataillon, après avoir pris part le 15 à une attaque dans des conditions particulièrement difficiles et être resté engagé ensuite deux jours consécutifs, a pu, malgré des pertes importantes en matériel et en personnel, être remis en ligne deux jours après dans un secteur voisin et prendre part à une nouvelle contre-offensive, montrant ainsi chez tout le personnel une très grande énergie et une ardeur remarquable.
Le Général commandant le 3e corps d’armée, Signé : LEBRUN,
Pendant que le 5e B.C.L. opérait, dans la région de Condé-en-Brie, le reste du régiment ne restait pas inactif ; le 4e B.C.L., le 6e B.C.L., des éléments du groupe A.S.12 et le groupe A.S.11 sont engagés entre le 18 et le 23 juillet, d'abord au sud, puis au nord de la Marne.
Opérations du 4e B.C.L. au sud de la Marne.
Combats du 18 au 21 juillet.
De Saint-Pierre-aux-Oies, où il cantonnait, le bataillon, est amené sur tracteurs, le 18 juillet, dans la forêt d'Enghien, à l'ouest de Saint-Martin-d'Ablois, et rassemblé près du pavillon, de la Grande-Fosse, à la disposition de la 131e D.I. Dès le soir, deux sections de la 310e compagnie, l'une commandée par le lieutenant Pesche, l'autre par le lieutenant de Bayengliem, sont engagées hâtivement sur les côtes au sud d'OEuilly avec la 71e D.I.
L'attaque se fait dans les blés ; les Boches fuient devant les chars qui les fauchent sans arrêt. Certains servants allemands, ramenés par leurs chefs, se font tuer sur leurs pièces. Les cotes 235 et 239 sont enlevées et nous nous emparons, de 60 prisonniers et de nombreuses mitrailleuses. Les jeunes canonniers des classes 1917 et 1918, qui voyaient le feu pour la première fois, se sont admirablement comportés. Depuis le départ de Saint-Pierre-aux-Oies, c'est à dire depuis trente et une heures, ils n'avaient pas pu prendre un seul moment de repos.
Le 19 juillet, une section de la 310e compagnie (aspirant Descubes) est engagée sur la lisière du bois de Mismy et perd deux appareils.
Citation à l'ordre de la 131e division de la compagnie 310.
Sous les ordres de son chef, le lieutenant Le Prince, avec des équipages équipages la plupart voyaient le feu pour la première fois, a donné, pendant les journées des 18 et 19 juillet, une série d'efforts remarquables, réduisant sous un violent bombardement de nombreux nids de mitrailleuses et permettant à l'infanterie d'atteindre ses objectifs.
Le 20 juillet, deux sections de la 311e compagnie appuyèrent la progression de l'infanterie vers Mareuil-le-Port et Troissy, sans grande résistance, mais firent 30 kilomètres dans un terrain terrain plus difficiles.
Opérations du 4e B.C.L. au nord de la Marne.
Le 20 juillet, les Allemands s'étaient repliés au nord de la Marne. Le lendemain, le 4e B.C.L. était transporté en entier sur la rive nord, débarqué sur la route Epernay - Reims et rassemblé dans la région d'Hautvilliers et Sermiers.
Combats de Marfaux (23 juillet).
La 312e compagnie, mise à la disposition du corps britannique, britannique, la section du sous-lieutenant Le Gargam à la 180e brigade (brigade Burnett) pour l'attaque du village de Marfaux.
Cette section, bien que privée de son chef, dont le char est mis hors de combat par un obus dès le début de l'action, nettoie si vigoureusement les lisières du village en détruisant un grand nombre de mitrailleuses et le lavoir organisé en blockhaus, que l'infanterie anglaise peut s'emparer du village, alors que les précédentes attaques lui avaient coûté infructueusement de lourdes lourdes Le soir même, le général Burnett adresse au lieutenant lieutenant Ravel, commandant la compagnie, la lettre suivante :
Lieutenant de Ravel, 312e compagnie de chars.
23 juillet, 8h55. Notre infanterie a atteint tous ses objectifs et consolidé nos positions sans perdre contact avec la division sur notre gauche. Je tiens à vous exprimer tous mes remerciements pour les services que vous nous avez rendus. Les chars ont été d'un secours inestimable pour permettre de mener à bien nos opérations.
Signé : J.-B. BURNETT, brigadier-général.
Combat de Commetreuil (23 juillet, 311e compagnie).
Le même jour, la 311e compagnie appuyait le 14e groupe de chasseurs à pied pour l'attaque et la prise du château et du pare de Commetreuil, à laquelle prirent part principalement la section Vigneron et la section Roman d'Amat.
Anecdote. Maréchal des logis BERGER ; brigadier BOUVERET (311e compagnie).
Les sections des sous-lieutenants Vigneron et Roman d'Amat, précédant largement l'infanterie, arrivent à la lisière du parc qu'elles nettoient. Certains chars ayant devant eux un fossé et une clôture de treillage en fil de fer passent à travers sans hésiter ; plus loin, derrière la grille du parc, les Boches ont fait une barricade avec une charrette et des sacs. Placidement un char s'avance, la grille cède sous son irrésistible poids, le petit char s'agrippe à la charrette et, se cabrant, l'écrase sous son poids ; elle s'effondre ! Le voilà dans l'enceinte. Quel beau travail pour nos chars ! Dans tous les coins du bois, dans tous les buissons, des mitrailleuses. Les chars tirent, tirent ; c'est une vraie battue.
La progression est lente au milieu des arbres tombés et des fondrières, où certains chars s'enlisent. Bien des Boches tombent, beaucoup d'autres fuient. Certains, pour échapper au tir des chars, ont eu l'idée de grimper dans les arbres avec leurs mitrailleuses. Mais ils ont été vus. Nos équipages les tirent à coups de revolver et les font dégringoler comme des écureuils !
Le maréchal des logis Berger, le brigadier Bouveret se distinguent distinguent leur allant et leur entrain.
Les chars débouchent enfin devant le château. Il est en flammes, mais par les soupiraux et les fenêtres, les occupants se défendent avec acharnement. D'un côté, un char les prend successivement à partie à coups de canon. De l'autre, le brigadier Bouveret, qui se trouve presque à court de munitions, sort de son char, et, revolver au poing, s'élance en hurlant sur le château. - Quelques Boches qui allaient sortir et se sauver se rendent. Au même moment, nos fantassins arrivent en trombe, s'emparent du château, dont les défenseurs sont faits prisonniers. Bientôt, tout le parc est à nous !
Le soir, les deux sections pouvaient à peine rentrer : elles étaient à bout d'essence et de munitions.
Citation. - Ordre général de la 5e armée n° 367 du 14 aoùt 1918.
Berger (Léopold), maréchal des logis au 502e R.A.S., 4e B.C.L., A.S.311. A coopéré d'une façon efficace à la prise d'un parc fortement organisé, a continué à pied devant l'infanterie son char étant hors de combat et tué de sa main après un violent corps à corps les derniers défenseurs de la position ennemie.
Ordre n° 38 du 502e régiment A.S., 13 octobre 1918.
Bouveret (Edmond), brigadier A.S.311. A pris part, comme chef de demi-section, à l'attaque du 23 juillet, a brillamment accompli la mission qui lui était confiée.
Combat du bois des Dix-Hommes (24 juillet).
Le bois des Dix-Hommes, qui était le deuxième objectif du 23 juillet, n'ayant pu être atteint, fut attaqué le lendemain par le 56e B.C.P., aidé d'une section de chars reformée avec les débris de la 311e compagnie, sous le commandement du sous-lieutenant Vigneron et trois chars de la 312e (section du lieutenant Petithomme). Le combat fut très dur ; le char du sous-lieutenant Vigneron prend feu, son mécanicien est carbonisé et lui même est mis hors de combat par de graves brûlures. Les combattants des deux autres chars sont mis hors de combat ; mais le but est atteint. L'infanterie tient tous ses objectifs. Le lieutenant Petithomme, qui a continué seul, doit abandonner le combat après une deuxième blessure.
Citation. Ordre de la 77e D.I.
La 311e compagnie. - Sous le commandement du capitaine Vicet, a participé, du 20 juillet au 24 juillet, aux attaques très dures exécutées par le 97e R.I. et le 14e groupe de B.C.P. et a largement contribué à son succès. Engagée dans des conditions très difficiles, sans avoir le temps d'exécuter la reconnaissance du terrain d'attaque, a fait preuve d un mordant remarquable et a joué un rôle capital dans la reddition du parc de Commetreuil et du bois des Dix-Hommes, où l'ennemi avait accumulé tous les moyens de défense.
Anecdote. Combat du bois des Dix Hommes :
Le sous-lieutenant VIGNERON, l'adjudant ROSEMBAUM et le brigadier TRONCY (311e compagnie).
Le 24 juillet, le sous-lieutenant Vigneron prend le commandement d'une section de marche et attaque, à 17 heures, le bois des Dix-Hommes. Les chasseurs à pied sont très violemment pris à partie par de nombreuses mitrailleuses et mitraillettes.
Les équipages des chars font merveille, tirant sans relâche sur un ennemi embusqué dans des fourrés particulièrement épais.
Au moment où la section attaque la corne nord du bois des Dix-Hommes, le char du sous-lieutenant Vigneron est atteint par un obus. Le char prend feu. Le mécanicien Darcy est tué. Le sous-lieutenant Vigneron sort à travers les flammes qui l'entourent de toutes parts et est recueilli par les chasseurs à pied.
La section, commandée ensuite par l'adjudant Rosembaum, soutient par ses feux la progression de l'infanterie. Ses munitions épuisées, l'adjudant Rosembaum descend de son char et va prendre au char de l'aspirant d'Arbaumont les obus qui lui permettront de continuer le combat malgré une blessure reçue pendant cette opération.
Le combat se termina dans l'obscurité, les chars rentrèrent à 22 heures à leur point de départ.
Citation. Ordre n° 58 du 8 décembre 1918 (Médaille militaire).
Troncy (Gustave), brigadier A.S.311, matricule 2491. - Gradé d'une superbe énergie. A contribué puissamment, par le feu intense et précis de sa mitrailleuse, à l'enlèvement de deux positions allemandes fortement organisées. Quoique grièvement blessé, a continué son tir jusqu'à l'épuisement complet de ses munitions, décimant et mettant en fuite les derniers derniers de la ligne allemande. Perte d'un oeil.
Combats du 6e B.C.L. au sud de la Marne.
Parti également de Saint-Pierre-aux-Oies, où il était cantonné avec le 4e B.C.L., le 6e bataillon est transporté, le 18 juillet, dans la région d'Igny-le-Jard et mis à la disposition du 3e corps (général Lebrun). Les trois compagnies : 316e (capitaine Bédat), 317° (capitaine Plaisant), 318e (capitaine Dubois), appuient la marche de l'infanterie dans la journée du 20 juillet, sans pouvoir pouvoir contact avec l'ennemi qui se replie.
Le bataillon est transporté, le 21 juillet, au nord de la Marne, dans la région de Saint-Imoges.
Combat du 23 juillet sur l'Arre (316e compagnie).
Les sections Daru et Cruzel, de la 316e compagnie, mises à la disposition de la 53e D.I.W. (division écossaise), attaquent avec la plus grande énergie dans la région du bois de Courton et d'Espilly. Les Ecossais collent aux chars, les précèdent même souvent, sans attendre que le terrain soit entièrement déblayé.
Aussi, chars et fantassins font-ils de nombreux prisonniers (environ 200). L'opération réussit parfaitement, grâce à une liaison intime entre l'infanterie et les chars, et au courage des uns et des autres. Les deux sections ont la moitié de leurs chars, c'est-à-dire cinq immobilisés sur le terrain et des pertes sérieuses en personnel : un tué et onze blessés, dont les deux officiers.
Citation. Ordre du 5e corps d'armée.
La 316e compagnie d'artillerie d'assaut. Au cours des combats du 23 juillet, la 316e compagnie d'artillerie d'assaut, sous le commandement énergique du capitaine Bedot, a fait preuve du plus grand mépris du danger, précédant résolument l'infanterie clouée au sol par de nombreuses mitrailleuses placées à contre-pente, les détruisant, faisant de nombreux prisonniers et atteignant, malgré ses pertes, tous ses objectifs.
Lettre de félicitations.
Le général sir a. j. Godley K.C.B.K.C.O., général commandant le 22e corps d'anuée britannique, à M. le Chef de bataillon Lemar (D.S.O.), commandant le 6e bataillon du 502e R.A.S.
Je suis heureux de vous témoigner ma satisfaction pour les excellents services rendus par votre- bataillon lors de l'attaque du 23 juillet 1918.
Je vous prie de bien vouloir transmettre à tous les officiers, sous-officiers sous-officiers soldats placés sous vos ordres mes cordiales félicitations pour le dévouement et le mépris du danger dont tous ont fait preuve en cette circonstance.
Je tiens à mentionner spécialement la compagnie du capitaine Bédot, qui m'a été signalée comme ayant subi des pertes élevées et qui a donné le plus bel exemple de courage et de sentiment du devoir.
28 juillet 1918.
Signé : GODLEY; Lieutenant-Général commandant le 22e C.A. britannique.
Anecdote. Maréchal des logis CARNET (316e compagnie).
Ce fut au combat du 23 juillet 1918, que le maréchal des logis Carnet, chef de demi-section à la 316e compagnie, trouva une mort glorieuse.
La 316e compagnie, mise à la disposition d'un bataillon de valeureux Highlanders, avait reçu comme mission l'enlèvement du village d'Espilly, le maréchal des logis Cardet fit preuve de ces qualités qui, plus d'une fois, forcèrent l'admiration de nos ennemis : le mordant, la bravoure et l'énergie.
Suivant de très près le barrage roulant, le dépassant parfois il détruit de nombreux nids de mitrailleuses allemandes. On voyait son char aller à droite, à gauche, descendre dans les trous d'obus pour mitrailler à bout portant l'ennemi qui s'y terrait. Il épuise ainsi toutes ses munitions.
Au moment où, faute de cartouches, sa mitrailleuse allait être obligée de se taire, un éclat d'obus faisant sauter la charnière du volet de son char, le frappe mortellement. Sur le coup, il s'affaisse ; ses blessures sont profondes et le flot de sang qui s'échappe de sa tête l'aveugle presque complètement. Alors, par surcroît d'énergie, ce valeureux sous-officier se relève et achève la bande de cartouche commencée. Puis, s'appuyant sur son conducteur, car ses forces l'abandonnaient entièrement, doucement, il lui dit : «Arrêtons-nous là et attendons !» Ceux qui l'ont connu ont vu dans ce dernier geste et ces dernières paroles le couronnement merveilleux d'une vie toute de bravoure et d'énergie.
Surpris par l'éclat meurtrier, il aurait voulu que ses dernières secondes fussent encore utiles à son pays, et cette idée lui permit son dernier effort.
Quelques instants après, malgré les tirs de barrage de gros calibre, on le transportait à l'ambulance, où il rendit son dernier soupir.
La mort de ce sous-officier fut la première de la 316e compagnie ; ce fut celle d'un héros.
Citation. Ordre du 20e C.A. n° 350 du 27 juillet 1918.
Carnet (J.-M.-P.), maréchal des logis, au 502e R.A.S., A.S.316. Chargé d'une mission délicate, et quoique grièvement blessé, a essayé de faire rentrer son char en panne dans nos lignes et de mettre à l'abri son conducteur également blessé.
A donné sous le feu, à tous, un superbe exemple de bravoure et de calme.
Anecdote. Maréchal des logis BOUET (316e compagnie).
On l'appelait au bataillon « le père Bouet ». Il avait 40 ans était père de quatre enfants et boitait fortement.
Telles étaient les principales caractéristiques de ce sous-officier qui, au premier combat de sa compagnie, émerveilla tous ses hommes et tous ses chefs.
La 316e compagnie, mise, en juillet 1918, à la disposition d'un bataillon d'Highlanders, eut comme objectif, ce jour-là, le village de Marfaux.
A l'heure H, la section dont faisait partie Bouet suivit le barrage roulant. Ce fut un beau combat. Les troupes écossaises, aidées par les petits chars, font merveille. Les mitrailleuses et les canons tirent sans arrêt. Bouet combat avec tout son entrain, toute son énergie. Soudain, un obus, arrivant de plein fouet dans son char, met en miettes le moteur. Tranquillement, malgré les obus qui tombent, ce sous-officier sort par la tourelle pour se rendre compte. Après avoir constaté qu'il lui était désormais désormais de suivre la progression, il rentre à nouveau dans son char et se met en devoir d'épuiser sur l'ennemi toutes ses munitions.
Pendant plusieurs heures il sert de but à l'artillerie boche qui s'acharne sur son char. Impassible au milieu du champ de bataille, il sème autour de lui la mort et l'effroi.
Il ne s'arrête que lorsque l'infanterie écossaise, arrivée à sa hauteur, est sur le point de le dépasser.
Le maréchal des logis Bouet mérite d'être cité comme un des plus beaux exemples de sang-froid et de mépris du danger.
Citation. Ordre de la 5e armée.
Bouet (Antoine), maréchal des logis, A.S.316. Son char, étant immobilisé définitivement, ne l'a pas abandonné, malgré les tirs ajustés de l'artillerie ennemie, permettant ainsi la progression des troupes. N'a quitté son char qu'au moment où, l'infanterie l'ayant dépassé, l'appui de son feu n'était plus possible. A été blessé pendant l'accomplissement de sa mission.
Combat du 23 juillet (318e compagnie).
A leur gauche, deux sections de la 318e compagnie (lieutenant Faugas et sous-lieutenant Bellenet), qui attaquent avec le 37e R.I., ont affaire à un très grand nombre de mitrailleuses.
Elles en détruisent la majeure partie, malgré de nombreuses blessures causées par les éclats de balles qui passent par les fentes de visée.
Elles ne peuvent, toutefois, amener notre infanterie aux bois, où quelques mitrailleuses inabordables parviennent à arrêter la progression.
Les pertes ont été sérieuses : six chefs de chars blessés, dont les deux officiers, et un équipage disparu.
Anecdote. Chasseurs HUNTZINGER et CAUBRET (318e compagniel.
Le 23 juillet 1918, deux sections de la 318e compagnie doivent attaquer la ferme des Savarts (ouest du patis de Domery). Le chasseur Huntzinger, faisant fonctions de brigadier, est chef de char-mitrailleuse. L'ennemi résiste âprement, criblant les chars de feux de mitrailleuses. Par suite d'une manoeuvre imprudente, le conducteur de Huntzinger, le canonnier Caubret, met son char en panne dans un énorme trou proche de la ferme occupée par l'ennemi. Le char est seul. Notre infanterie, décimée, n'a pu suivre. Les autres chars sont hors de combat. Les chefs de chars et conducteurs, voyant qu'ils vont être faits prisonniers, ont dû retourner dans nos lignes. Huntzinger continue le combat, défendant avec sa mitrailleuse les abords de son char, d'où l'ennemi se rapproche. Entourés de tous côtés, Huntzinger et son conducteur Caubret tentent de s'échapper, se frayant un passage à coups de revolver. Presque arrivés au but, Huntzinger est tué, Caubret est fait prisonnier, blessé et emmené en Allemagne. Une fois guéri, il réussit à s'évader et à regagner la France par la Hollande et l'Angleterre.
Citation.
Huntzinger (Marcel), 2e classe, A.S.318. Chef de char d'une bravoure exemplaire. Au cours du combat du 23 juillet 1918, a livré courageusement combat à un grand nombre de mitrailleuses ennemies. Son char étant en panne dans les lignes ennemies, est resté dedans et a continué la lutte. Ses munitions épuisées, a cherché à regagner les lignes françaises. A été tué dans les lignes.
Citation.
Caubret (René), 2e classe, A.S.318. Conducteur d'un courage admirable et d'une énergie rare. Au combat du 23 juillet 1918, son char étant en panne dans les lignes ennemies, a continué à combattre avec son revolver. Ses munitions épuisées a cherché à regagner les lignes françaises. Blessé, fait prisonnier, a réussi à s'évader par la Hollande dès sa blessure guérie.
Combat du 23 juillet (317e et 348e compagnies).
Quatre sections (trois de la 317e compagnie et une de la 318e) prennent part à ce combat. Les sections de Cugnac et Normand détruisent de nombreuses mitrailleuses et aident à la capture d'un grand nombre de prisonniers. La section Devoncoux est très gênée dans son action par l'obscurité d'un nuage de gaz moutarde. La section de Font-Réaulx fait subir à l'ennemi des pertes élevées et le contraint à se replier.
Dans les derniers jours de juillet, les trois bataillons du régiment sont retirés de la bataille et ramenés par chemin de fer à Sompuis, en bordure du camp de Mailly, pour s'y reposer et s'y reconstituer.
Ils ont fait preuve, pendant ces quinze jours d'opérations, de beaucoup d'endurance, d'énergie et d'audace.
La hâte avec laquelle ont été engagées maintes unités dans des contre-attaques montées fiévreusement dans le but d'arrêter, surtout dans les premiers combats, une progression qui devenait inquiétante n'a pas permis, dans beaucoup de cas, d'étudier suffisamment les plans d'action, d'assurer efficacement les liaisons, parfois même de faire les reconnaissances nécessaires.
Néanmoins, la surprise causée à l'ennemi par l'apparition de chars nouveau modèle, petits et rapides, l'audace, l'allant et l'entrain des équipages ont pu suppléer heureusement, presque chaque fois, à ce que la préparation des attaques avait de défectueux et d'incomplet. Pour la deuxième fois, le Boche, surpris, décontenancé, bousculé, repassait la Marne, définitivement cette fois.
Pendant les premières semaines d'août, les bataillons du 502e R.A.S. se reconstituent en personnel et en matériel au camp de Mailly, se préparant à de nouveaux efforts.
Entre le 11 et le 15 août, le groupement 3 et le 5e B.C.L. sont envoyés entre Compiègne et Soissons pour prendre part aux opérations de l'armée Mangin (Xe armée). Ils débarquent à La Motte-Breuil.
En même temps, le chef de bataillon Chaubès, commandant le 502e R.A.S., prend le commandement des forces de l'A.S. de la Xe armée qui vont opérer au nord-ouest de Soissons.
Combat du 20 août (5e B.C.L.).
Le 5e B.C.L. avait pour mission d'appuyer l'attaque de la 48e D.I. sur le plateau au nord du ravin de Nampeel, et les organisations est, sud et ouest de Blérancourdelle, puis de la précéder jusqu'à l'objectif final. La 313e et la 315e compagnie attaquent avec les unités de première ligne, la 314e est en réserve.
Le combat est très dur par suite de la résistance de l'ennemi dans le château de Nampcel et les pentes de Belloy. Les chars doivent s'engager sur les pentes du ravin de Nampcel pour en faire le nettoyage complet et attaquer le château. Cette manoeuvre audacieuse surprend l'ennemi, qui ne les attend pas sur ce terrain difficile.
Les résultats obtenus ont été excellents. Ils ont été consacrés par le compte rendu que le colonel Pompey, commandant le 1er zouaves, adressait, le 20, après la prise de Blérancourdelle, à 19 heures, au général commandant la division, compte rendu qui se termine ainsi : Je vous enverrai le dénombrement du matériel et des prisonniers pris par le régiment où figurent 4 canons de 10, 6 pièces de 77, etc., matériel sur lequel on pourra mettre sans conteste la signature de la compagnie de chars 315, section de Schlits, Sénégalais, 1er zouaves.
Le capitaine Mazoyer, commandant le 43e bataillon de Sénégalais, se louait également du concours de l'A.S.313 : La section de chars Guéguen, écrivait-il, a contribué brillamment à l'avance du 43e bataillon jusqu'à proximité de Blérancourdelle ; en particulier, le lieutenant Guéguen a nettoyé le château de Nampcel, amenant ainsi la prise d'une centaine de Boches.
Il a ensuite, jusqu'à 11h30, anéanti, en liaison avec les tirailleurs du bataillon, de nombreuses mitrailleuses disséminées sur tout le terrain d'attaque. Il n'a abandonné le combat qu'à la mise hors de service de tous ses chars.
Combats du 20 août (A.S. 11).
Ce groupe engage dans la région de Vingre-Bieuxy deux batteries, mais ne peut réussir malgré ses efforts et ses pertes.
L'une, la batterie Morin, accompagne son infanterie jusqu'à l'est de Bieuxy, mais tous ses chars sont mis hors de combat par l'artillerie ennemie ; l'autre, engagée dans un terrain couvert d'organisations défensives, ne peut suivre.
Quelques jours après, le 4e et le 6e B.C.L. débarquent à leur tour dans la région et prendront part, avec le 5e B.C.L., à plusieurs combats.
Combats du 29 août 1918.
Le 29 août, le 502e R.A.S. engage le 5e B.C.L. en entier : deux compagnies (315e, 313e) avec la 32e D. américaine, une compagnie (314e) avec la 64e D.I.
Combat du 5e bataillon.
Les trois compagnies attaquent vigoureusement, mais l'infanterie, qu'appuie la 314e, fatiguée par plusieurs jours de combat, suit mal ; les troupes américaines, auxquelles sont affectées les 315e et 313e compagnies, sont plus fraîches et suivent avec entrain les chars jusqu'au nord et à l'est de Juvigny et dans le bois d'Alsace.
Anecdote. - Sous-lieutenant GUEGUEN (313e compagnie).
Le 20 août, le sous-lieutenant Guéguen, avec sa section, avait déjà attaqué le château de Nampcel, et, bien que trois chars eussent été mis en panne assez rapidement, il avait continué à l'attaquer avec deux chars seulement, pénétré dans le château, détruit plusieurs mitrailleuses et obligé une centaine de Boches à faire «Kamerad»,
Les honneurs de la journée du 29 août sont encore pour ce vaillant officier. Il marche à pied, jumelles en main, pour mieux découvrir les résistances qui pourraient arrêter notre infanterie. L'ennemi découvert, il remonte dans son char et part au-devant de l'adversaire.
Cette fois encore, il n'a plus que deux chars et presque seul attaque résolument un talus de voie ferrée ; qu'il prend à revers.
L'ennemi, surpris par ce tir d'enfilade, qui lui fait subir des pertes terribles, se débande et s'enfuit. C'est un vrai tir au lapin.
Malheureusement, les canons boches s'acharnent sur un adversaire aussi terrible. Le char est éventré ; moment critique, il faut quitter l'appareil sous un feu extrêmement violent d'artillerie et les rafales de mitrailleuses.
Le lieutenant Guéguen a l'épaule fracassée par une balle de mitrailleuse.
Mais il part heureux. Il a tué du Boche, beaucoup de Boches, et l'infanterie peut avancer.
Guéguen (Marcellin), sous-lieutenant, A.S.313. Excellent chef de section ayant contribué pour une large part à la prise du château de Nampcel, dans lequel nous avons fait une centaine de prisonniers. A ensuite très utilement aidé les tirailleurs sénégalais, en détruisant plusieurs mitrailleuses qui gênaient la progression. Déjà titulaire de quatre citations et blessé deux fois dans l'infanterie.
Citation. Ordre du 30e C.A.
Guéguen, sous-lieutenant, A.S.313. Jeune officier forçant l'admiration de tous par le mépris absolu du danger et sa volonté tenace de nuire à l'ennemi. Commandant une section de chars d'assaut au cours des combats des 20 et 29 août 1918, réussit à détruire de nombreux nids de mitrailleuses. Blessé au cours de ce dernier engagement.
Anecdote. Chasseurs ERPELDING, BUISINE et VINCENT.
Deux chars sont démolis en avant de l'infanterie américaine, et, par bonheur, il n'y a qu'un mécanicien de blessé. Les deux chefs de chars, simples chasseurs, et l'autre mécanicien parviennent à sortir indemnes de leurs appareils et s'abritent momentanément dans une tranchée.
Bientôt arrivent les premières vagues d'infanterie américaine, et voilà nos trois chasseurs : Erpelding, Buisine et Vincent, qui prennent un fusil et se joignent à leurs camarades d'outre-mer.
Les « trois vestes de cuir » tranchent un peu sur les « kakis ».
Ils n'en sont que plus remarqués. Tous rivalisent de courage et d'entrain, et, deux jours après, l'on voit briller la médaille militaire sur la poitrine du chasseur Erpelding, à peine âgé de 20 ans.
Les Américains ont été charmés par ce beau geste de solidarité. Les officiers ne peuvent s'empêcher de présenter les trois chasseurs à un reporter du Daily Mail, qui fait, quelques jours plus tard, en même temps que le récit de l'aventure, le plus grand éloge des trois gentilshommes français de l'artillerie d'assaut.
Citation. Ordre n° 9908 du G.Q.G. du 18 septembre 1918 (Médaille militaire).
Erpelding (Fernand-Auguste), canonnier au 502e R. A. S. active. Mécanicien de char, ayant eu son appareil en panne au cours d'un combat, n'a pas hésité à continuer la lutte en prenant un fusil et en entraînant avec lui un groupe de fantassins américains qui se trouvaient à proximité.
Grâce à son sang-froid et à sa hardiesse, a pu disloquer un parti ennemi qui s'apprêtait à contre-attaquer. A la fin du combat, a ramené dans les lignes un de ses camarades blessé, en le portant sur son dos, sous le feu des mitrailleuses ennemies pendant près d'un kilomètre.
Anecdote. - Brigadier SAGE (313e compagnie).
Devant les vagues d'assaut américaines, le char du brigadier Sage vole à l'attaque, les devançant au milieu des balles et des obus. Soudain, un choc formidable secoue brutalement le char qui s'arrête net : un obus vient de le mettre hors de combat. Le mécanicien est grièvement blessé. Sage l'aide à sortir de l'appareil, mais l'endroit est peu hospitalier : les marmites tombent, les balles sifflent de toutes parts. Une tranchée est là tout près à quelques pas. Le brigadier et son mécanicien y courent chercher chercher refuge.
Surprise ! Surprise désagréable : des Boches y sont encore.
Déjà, l'un d'eux met en joue le mécanicien et l'ajuste soigneusement. Mais Sage a vu le geste ; prompt comme l'éclair, il a saisi son pistolet, et, avant d'avoir tiré, le Boche a reçu une balle en pleine épaule. Son fusil tombe et le mécanicien est sauvé. Les rôles sont renversés ; pour sauver sa vie, qui ne tient qu'à un fil, car le pistolet du brigadier est toujours menaçant, Le Boche lève son bras valide : il se rend. Et nos alliés, qui ont avancé pendant ce temps, sourient avec admiration en voyant revenir vers eux triomphalement un petit brigadier français ramenant prisonnier un Poméranien plus grand que lui de plusieurs coudées.
A citer, à la 314e compagnie, le canonnier Godefin qui, pour sa belle conduite, à obtenu la médaille militaire avec la citation suivante :
Citation. Ordre n° 185 P, 17 janvier 1919 (Médaille militaire).
Godefin (Georges), matricule 2875, canonnier de réserve, 314e compagnie du 502e R.A.S. Agent de liaison très courageux, s'est fait remarquer par son mépris du danger dans toutes les attaques auxquelles a pris part la compagnie. Toujours volontaire pour les missions les plus périlleuses, a fait l'admiration de ses chefs en portant secours, sous le feu, à des camarades blessés et en aidant à dépanner des chars restés près des lignes ennemies. A été grièvement blessé le 29 octobre 1918, dans l'accomplissement de son devoir. Deux citations.
Anecdote. Maréchal des logis BOUILLOT (315e compagnie).
Le maréchal des logis Bouillot attaquait devant Juvigny avec une division américaine.
Trois sections s'élancent à 5h25 et forcent les lignes. Malheureusement, plusieurs canons et fusils antichars se dévoilent et causent des pertes très sévères dans nos rangs. Vers 8 heures, le maréchal des logis Bouillot s'aperçoit de la résistance acharnée de l'ennemi et de l'impossibilité dans laquelle les Américains se trouvent d'avancer.
Il n'hésite pas ; suivi d'un char mitrailleur, il s'élance sur le Boche, le canonne sans merci. Son mitrailleur l'abandonnant, il reste seul dans la fournaise, infligeant de dures pertes à l'ennemi. Soudain, son moteur a des ratés et s'arrête. Position très critique ! Bouillot n'hésite pas, il sort du char et cherche à se dépanner ; pendant ce temps, son conducteur, environné d'Allemands, fait le coup de feu. Bouillot réussit à remettre en marche, remonte dans son char, et en avant sur le Boche.
L'ennemi est dérouté par une telle audace, il se rend. Bouillot ramène des prisonniers.
Citation. Division A.S.
Bouillot (P.-J.), A.S.315. Sous-officier de premier ordre, a fait toute la campagne en donnant un bel exemple de bravoure, de mépris du danger et d'entrain. Depuis son arrivée à l'A.S., s'est brillamment comporté dans toutes les affaires auxquelles il a pris part, notamment les 20 et 29 août 1918. Le 29 août, a capturé un nombre considérable de prisonniers. Entouré d'ennemis, les a tenus en respect d'abord, s'est dégagé ensuite. A dépanné son char sous un feu violent. Blessé sérieusement, n'a consenti à être évacué que sur l'ordre de son commandant de compagnie.
Combat du 4e bataillon (310e compagnie).
La 310e compagnie est affectée à la 17e D.I. et devait appuyer son action offensive jusqu'aux rebords nord et est des plateaux de Crécy-au-Mont et jusqu'à la ferme de Limonval. Les sections Pesche, de Bayenghem et Thomas débouchent au petit jour, précédant l'infanterie, au milieu des feux très vifs de mitrailleuses, et parviennent seules jusqu'aux abords de la route Crécy - Juvigny. Mais l'infanterie, prise de flanc par les feux de la cote 310, position dominante tenue encore par l'ennemi, est arrêtée dans sa progression à 200 mètres de son point de départ et ne peut avancer davantage. Les chars sont forcés de revenir. Ces deux combats furent menés avec une grande énergie par les unités de chars, comme l'ont prouvé diverses attestations très élogieuses du commandement. Le temps avait été suffisant pour faire des reconnaissances aussi complètes que possible du terrain d'action, d'ailleurs excellent, pour établir les liaisons d'une manière parfaite.
En outre, d'importants barrages d'obus fumigènes devant les chars devaient les cacher aux vues de l'ennemi. Un char nouveau modèle T.S.F. renforçait les liaisons existantes.
Les conditions d'aménagement semblaient donc meilleures que dans les précédents combats de ces unités, et l'étaient en effet, mais elles eurent affaire à une résistance autrement sérieuse. Instruit par l'expérience, l'ennemi avait accumulé sur ce front un grand nombre de canons antichars, de minenwerfers, de fusils spéciaux à balle perforante ; bref, il avait tout mis en oeuvre pour arrêter les chars avant tout. Aussi la lutte fut particulièrement âpre ; beaucoup de chars revenant du combat étaient suffisamment criblés de balles pour que l'intérieur lui-même en fût détérioré. Malgré cette résistance de l'ennemi, les quatre compagnies firent de véritables hécatombes de Boches. Elles avaient elles-mêmes des pertes sérieuses.
Combat du 31 août (4e et 6e B.C.L ).
Deux compagnies du 4e B.C.L., A.S.311 et A.S.312, sont mises à la disposition de la 32e D.I. américaine pour attaquer Juvigny, bois d'Alsace et Terny-Sorny, tandis que le 6e B.C.L., ayant deux compagnies avec la 2e division marocaine, avait pour objectif Crécy-au-Mbnt, le ravin des Ribaudes et Mont-de-l'OEuilly.
Les chars des deux bataillons ont atteint les objectifs qui avaient été fixés à l'infanterie, mais sans subir de sérieuses pertes de matériel et de personnel.
A citer, pendant ce combat, le sous-lieutenant Kirchgesner, l'adjudant Rosenbaum, qui ont obtenu pour leur belle conduite une citation à l'ordre de l'armée.
Ordre général n° 615 de la IVe armée du 2 octobre 1918.
Kirchgesner (Noël), sous-lieutenant au 502e R.A.S., A.S.311. Bien que ses fonctions à l'échelon ne l'appelassent pas à combattre, a pris volontairement le commandement d'une section de combat privée de son chef blessé, l'a conduite sur les positions ennemies solidement organisées, avec une bravoure très remarquée. Son char étant hors de combat, est monté sous le feu à bord d'un deuxième char, a progressé jusqu'à l'objectif assigné et provoqué la reddition de nombreux prisonniers. Citation antérieure.
Citation. Ordre de la VIe armée.
Rosenbaum (Edmond), adjudamt au 302e R.A.S., A.S.311. A enlevé à la tête de sa demi-section de chars légers tous les objectifs qui lui avaient été assignés. Malgré une grave blessure a continué la lutte et a ramené son char dans nos lignes après avoir complètement terminé sa mission.
Au 6e B.C.L., les sections sont aux prises avec de grosses difficultés de terrain et une défense antichar acharnée. Dix-sept chars restent sur le terrain, désemparés ; un officier (lieutenant Normand), un sous-officier tués, un homme également, trois officiers et vingt-six hommes blessés.
Combat du 2 septembre.
Le 4e B.C.L. met une section de la 311e (lieutenant Macker) et une de la 312e (aspirant Bassin) à la disposition de la 1ère brigade brigade pour l'attaque de Sorny, tandis que l'A.S.314 du 5e B.C.L. met la section Bossut à la disposition de la 66e D.I. pour attaquer le ravin de la fontaine Saint-Rémy. L'opération se fait très bien ; nos chars aident efficacement l'infanterie à atteindre ses objectifs.
Anecdote. - Brigadier CAMBAS (314e compagnie).
La 2e section de l'A.S.314 (sous-lieutenant Bossut) avance en colonne prête à aborder la tranchée ennemie.
Soudain, les occupants, décidés à résister, criblent les chars de grenades. Le chef de section est mis hors d'état de continuer la lutte.
Le char du brigadier Cambas, qui suit, est pris à partie par un fusil antichar servi par un officier. Cambas le voit. Déjà l'officier l'a manqué ! Notre brigadier tourne sa tourelle et braque son canon sur le Boche, sur lequel il décoche un obus. Manqué ! Fritz riposte à son tour. Mais, sans doute, est-il ému, car son tir n'est plus précis. A chaque coup de fusil, le canon de 37 de Cambas répond rageusement. C'est à qui devancera l'autre dans ce duel à mort.
Au sixième coup de canon, le Boche tombe, atteint en pleine tête. Le fusil se tait. Les défenseurs de la tranchée, démoralisés, lèvent les bras et se rendent. Cambas prend alors le commandement de la section et poursuit sa route. Son char tombe en panne.
Il en sort et, revolver au poing, continua l'attaque, entraînant l'infanterie galvanisée par son courage.
Néanmoins, les trois bataillons ont donné, tant au point de vue matériel qu'au point de vue personnel, l'effort maximum. Ils sont à bout de souffle. Au 5e bataillon, cinq chars seulement avec des équipages de fortune restent en état de marche. Aux 4e et 6e, il reste à peine deux sections.
Mais si la lutte a été rude, si nos pertes ont été cruelles, les résultats atteints sont splendides. L'ennemi, étourdi par les coups terribles qui lui sont portés sans arrêt, chancelle. Et, dans cette phase décisive de la guerre, le 502e régiment de chars a eu un rôle glorieux.
Le 5e B.C.L., qui a particulièrement souffert, est cité à l'ordre de la Xe armée avec le motif suivant : Ordre n° 347 de la Xe armée du 20 novembre 1918. A l'ordre de l'armée.
5e bataillon de chars légers. Sous le commandement du chef de bataillon bataillon (capitaines Billy et Moyse, lieutenant Boisdon, commandants de compagnie), a livré, du 21 août au 2 septembre 1918 des combats très durs au cours desquels se sont manifestés son entrain, son ardeur, son esprit de sacrifice et ses belles qualités manoeuvrières. A puissamment aidé à la progression de l'infanterie sur un terrain semé de nids de mitrailleuses et a fait payer cher à l'ennemi les pertes sévères qu'il a lui-même subies.
Les 4e, 5e et 6e B.C.L. sont réembarqués à destination de Sompuis, entre le 11 et le 13 septembre, pour s'y refaire et s'y reconstituer. Le 4e B.C.L. a malheureusement à déplorer la perte de son chef, le commandant Roussie, tué dans sa voiture par un obus, ainsi que le lieutenant Lafougue, son officier de liaison, le jour même de l'embarquement. Quelques jours après, l'A.S.11 et l'A.S.12 étaient envoyées dans la région de Fère-en-Tardenois.
Combats du 30 septembre (A.S.11 et 12).
L'A.S.11, appuyant la 52e D.I. sur le plateau de la ferme de Beauregard et vers le signal du haut Cuchery, s'engage deux fois dans la journée, en reformant deux batteries pour la seconde attaque.
L'A.S.12 seconde brillamment la 45e D.I. sur le plateau du Grand-Hameau et du Grand-Marais. Tous les objectifs sont atteints.
Combats du 4 octobre 1918.
Dans la dernière quinzaine d'octobre, les trois bataillons du régiment, reconstitués pour la troisième fois, sont mis à la disposition de la Ve armée pour une offensive dans la région située au nord de l'Aisne, à l'est du camp de Sissonne.
Les 6e et 4e B.C.L., embarqués à Sompuis, débarquent les 21 et 22 octobre à Reims ; le 5e B.C.L., venant de Bourron, où il faisait un stage, débarquera quatre jours après.
De Reims, point extrême de la voie ferrée à leurs positions de rassemblement au bois d'Avaux, les chars sont transportés par tracteurs. Le trajet est de 42 kilomètres, d'un parcours délicat, empruntant le passage de Berry-au-Bac, sur l'Aisne, fort encombré. Tous les ponts ont été coupés par l'ennemi en se retirant et ne sont pas encore refaits.
Chaque char nécessite deux tracteurs pour son transport, l'un porteur, l'autre le remorquant dans les passages les plus durs.
Grâce à ces précautions, le groupement automobile du commandant Mallet effectue le transport de cent cinquante chars des deux premiers bataillons dans les meilleures conditions possibles de rapidité.
Les reconnaissances faites les jours précédents par les officiers des bataillons ont permis de déterminer les zones possibles d'emploi des chars en dehors de celles où l'ennemi a déjà placé de nombreux champs de mines. Depuis quelques semaines, en effet, sur tous les fronts défensifs, outre de nombreux canons et fusils antichars, il installe des réseaux de mines nombreux pour se protéger des incursions de nos appareils. L'examen attentif des photographies d'avion permet, en général, d'en déceler l'emplacement et de les éviter, mais cela peut réduire singulièrement le champ d'action de nos unités.
Le 4e bataillon (capitaine de Gassart) est mis à la disposition de la 43e D.I. pour attaquer la ligne Hunding, en face de Banogne, Recouvrance, à cheval sur la route de Lethour à Banogne.
Le 6e bataillon (capitaine Eilersten), affecté à la 170e D.I., appuiera l'attaque sur les plateaux à l'est de Saint-Quentin-le-Petit.
La ligne d'infanterie est au delà d'un gros fossé dit ruisseau des Barres, dans lequel il faut pratiquer des passages pour les chars dans la nuit qui précède celle de l'attaque, fixée au 25 octobre. D'après le plan d'opérations, l'infanterie doit , à l'heure H, se porter à environ 800 mètres de la ligne Hunding, dont elle est distante, depuis la veille, de 1.200 à 1.500 mètres, et, à H 2h30, les chars doivent rejoindre pour attaquer avec elle cette ligne qui constitue le premier objectif.
Combat du 25 octobre (4e bataillon).
La 311e compagnie (lieutenant Grandhomme) appuie le groupement d'infanterie de droite (153e R.I. et 31e B.C.P.) qui attaque attaque ligne Hunding à l'est de la route Lethour - Banogne. Elle est obligée de l'aider avant l'heure convenue à atteindre la ligne de départ et l'entraîne à l'attaque exactement à l'heure convenue.
Dès le début de l'action, les sections Tissot et Ygonnet, entrées dans les réseaux Hunding, y trouvent une très grande résistance et sont éprouvées. Le maréchal des logis Tissot n'a plus que deux chars. Il se met spontanément à la disposition du lieutenant Ygonnet pour une nouvelle attaque.
La 312e compagnie (capitaine de Ravel), qui attaque avec le groupement de gauche (149e R.I. et 1er B.C.P.), à l'ouest de la route Lethour - Banogne, rejoint l'infanterie avant la ligne de départ prévue pour les chars, ligne qui n'a pu être conquise ; les trois section Petithomme, Laugier et de Gargam s'engagent vigoureusement, détruisent un grand nombre de mitrailleuses sans que l'infanterie, arrêtée par des tirs de flanquement très denses, puisse progresser. Par contre, un canon antichar placé en avant de la position allemande démolit ou incendie plusieurs chars, dont celui du lieutenant Gargam. L'attaque échoue malgré tout l'entrain des équipages. Une nouvelle attaque est montée pour l'après-midi à 15h30.
La 310e compagnie (capitaine Courcelle), jusque-là en réserve, renforcée de la section de marche Ygonnet, appuie l'attaque du groupe de droite ; la seule section disponible de la 312e (lieutenant Petithomme) attaque de nouveau à gauche avec trois chars, sans plus de succès que le matin.
Par contre, à droite, les quatre sections de Bayenghem, Paraf, Rosenbaum et Ygonnet pénètrent presque au deuxième réseau de la ligne Hunding et permettent à l'infanterie de s'accrocher solidement à la première. L'opération, hâtivement montée, réussit en partie, grâce à l'énergie des combattants ; le lieutenant Ygonnet s'engage si hardiment dans les réseaux de cette formidable position vers Banogne qu'on le perd de vue. Son char tombe en panne à 100 mètres des Boches ; il est tué, ainsi que son mécanicien, en tentant de regagner nos lignes.
Le capitaine Courcelle et le commandant du bataillon d'infanterie, faisant une reconnaissance vers un point que l'on croyait occupé par une division voisine, tombent à l'improviste sur un nid de mitrailleuses boches, et, grâce à leur sang-froid, font prisonniers ses occupants, sous le feu des mitrailleuses des coteaux voisins.
En résumé, journée très dure, malheureusement sans résultat décisif, le Boche n'ayant pas lâché la position.
Anecdote. - Maréchal des logis KOPF, lieutenant YGONNET.
Kopf : il est de toutes Les fêtes et n'en perd pas une miette. Mécanicien, canonnier ou mitrailleur, peu lui importe, pourvu qu'il voie sauter les Boches ! Il les dégringole joyeusement comme des pipes à la foire.
L'attaque sur la ligne Hunding est a peine déclanchée qu'il tombe sur une tranchée bondée de feldgrau qui s'agitent désespérément. Il y a de quoi. C'est une vraie battue : Kopf les taquine de son canon et, en quelques minutes, peut en inscrire au tableau plus de cinquante gisant lamentablement sur le sol. Ils ne seront plus dangereux. Il continue sa route. Plusieurs nids de mitrailleuses subissent le même sort ; le petit obus de 37 fait du bon travail et met ses clients en pièces. Mais l'infanterie n'a pu suivre.
Le soir, une nouvelle attaque est montée. Kopf repart avec la même confiance et le même entrain aux côtés du lieutenant Ygonnnet, la section passe plusieurs réseaux et combat avec une ardeur magnifique. La défense est opiniâtre ; les occupants de tranchée, à peine visibles, tirent parfois sur les chars. Dans l'une d'elles, le char du lieutenant Ygonnet capote. Il a attaqué deux fois dans la journée et s'est avancé loin dans les lignes ennemies.
Il est tué.
Seuls deux chars restent, celui du maréchal des logis Tissot, qui, déjà le matin, a fait merveille, et celui de Kopf. Ils continuent à nettoyer les tranchées, puis, l'attaque étant arrêtée, rejoignent leur infanterie.
En cours de route, Kopf aperçoit un officier français blessé qui demande du secours : il supplie qu'on le ramène. Alors, malgré malgré les balles de mitrailleuses qui continuent à suivre le char, il en sort avec son mécanicien Bonhours, lui-même gravement blessé à la tête, et, chargeant avec précaution l'officier sur la queue de l'appareil avec l'aide du conducteur, il le ramène dans nos lignes.
Citation. Ordre 435 du 6 décembre 1918 de la Ve armée.
Ygonnet (Alfred-Edouard), sous-lieutenant, A.S.317. Au cours du combat du 25 octobre, a rassemblé en pleine bataille les éléments de sa section et d'une section voisine et a repris sa progression. A demandé à prendre, l'après-midi, le commandement d'une nouvelle section de marche à seule fin de pouvoir détruire les nids de mitrailleuses et la pièce antitank qui avaient gêné le matin la progression. A fait l'admiration de tous. A eu son char détruit sur l'objectif et n'a pas été retrouvé lui-même.
Kopf (Louis), maréchal des logis, A.S.311. A demandé à partir dans une section de combat, a pris part aux deux attaques du 25 octobre, n'a pas hésité à sortir de son char pour se rendre compte de la destruction d'une mitrailleuse qui venait d'infliger des pertes à l'infanterie, avant de faire signe à celle-ci qu'elle pouvait avancer.
Combat du 25 octobre (6e bataillon).
Les trois compagnies attaquent en première ligne : la 316e (lieutenant Masséna avec la 16e D.I., la 317e (lieutenant Pesché) avec la 17e D.I., la 318e (capitaine Dubois) avec le 3e et le 10e B.C.P.
Certaines ont à aider l'infanterie avant l'attaque de l'objectif principal (ligne Hunding) ; les compagnies de gauche (316e et 317e) parviennent à franchir en partie la ligne Hunding et font tomber, en le tournant, la résistance de Saint-Quentin-le-Petit.
La compagnie de droite (318e) est prise à partie de très bonne heure par un canon antitarik qui lui démolit successivement quinze ou seize chars. Elle est hors de combat.
Dans les trois compagnies, les pertes en hommes et en matériel matériel très lourdes : le sous-lieutenant Olmetta, le lieutenant Darru, quatre sous-officiers, huit brigadiers sont tués. Les blessés sont nombreux, quarante chars restent sur le terrain ; malgré les précautions, plusieurs chars ont sauté sur des mines ; les occupants n'ont été que parfois blessés, beaucoup de chars sont démolis.
Le soir, quatre sections sont reconstituées avec ce qui reste de disponible.
L'objectif n'a pu être enlevé en entier, du moins l'énergie des équipages des chars a permis d'en conquérir une partie.
Les compagnies et le 6e bataillon sont l'objet de citations élogieuses.
Citation. Ordre de la 170e D.I.
La 316e compagnie d'artillerie d'assaut du 502e R.A.S. La 316e compagnie, sous le commandement du lieutenant Masséna de Rivoli, s'est portée résolument à l'attaque des positions puissamment défendues, et, malgré de lourdes pertes, a réussi à pénétrer dans les positions ennemies et à s'emparer de Saint-Quentin-le-Petit, après avoir détruit plusieurs nids de mitrailleuses et fait de nombreux prisonniers.
Ordre du régiment (116e R.I.).
La 3e section de l'A.S.316. Chargée, le 25 octobre, d'enlever avec la 2e compagnie du 116e R.I. une partie de la Hunding-Stellung et le village fortifié de Saint-Quentin-le-Petit, s'est portée à l'attaque sous la direction de son chef, le sous-lieutenant Rémy, comme à la manoeuvre dans l'ordre le plus parfait. Prise à partie par des canons antichars, obligée de franchir des lignes de mines, sans se laisser arrêter, ni par les pertes, ni les difficultés de toutes sortes, a rempli sa mission avec le plus beau calme et une inébranlable volonté de vaincre. A puissamment contribué à la conquête de l'objectif en réduisant tous les îlots de résistance ennemie ou en protégeant l'installation de l'infanterie sur les positions conquises.
Le Lieutenant-Colonel commandant le 116e R.I., Signé : ZOPFF.
Ordre du régiment (116e R.I.).
La 2e section de l'A.S.316. Chargée, le 25 octobre, d'enlever avec la 3e compagnie du 116e R.I. une partie de la Hunding-Stellung et le village fortifié de Saint-Quentin-le-Petit, s'est portée à l'attaque sous la direction de son chef, le lieutenant Darru, comme à la manoeuvre dans l'ordre le plus parfait. Prise à partie par des canons et des fusils antitanks, dans un terrain extrêmement difficile, sans se laisser arrêter ni par les pertes, ni par la mort de son chef, frappé à mort à son poste de combat, a rempli sa mission avec le plus admirable courage et une inébranlable volonté de vaincre. A puissamment contribué à la conquête de tous les îlots de résistance ennemie en protégeant l'installation de l'infanterie sur les positions conquises. Signé : ZOPFF.
Ordre de la Ve armée.
La compagnie A.S.317. Sous les ordres du lieutenant Pesche a fait preuve, au cours des combats des 25 et 26 octobre 1918, d'un esprit de sacrifice au-dessus de tout éloge, en partant avec un élan superbe à l'assaut des positions ennemies fortement organisées. Malgré de très lourdes pertes a continué à combattre, a ainsi permis à l'infanterie de prendre pied dans les lignes ennemies.
Ordre de la 170e D.I.
La 318e compagnie d'artillerie d'assaut. La 318e compagnie d'A.S., sous les ordres du capitaine Dubois, s'est portée, le 25 octobre 1918, à l'assaut des lignes ennemies avec une grande bravoure sous un très vif bombardement ; malgré de très lourdes pertes est repartie le lendemain à l'attaque et a réussi à pénétrer dans la position allemande, subissant à nouveau des pertes très sévères.
Ordre de la 170e D.I.
Le 6e bataillon de chars légers. Sous les ordres du capitaine Eilerlsen, est parti, le 25 octobre 1918, avec un entrain magnifique à l'attaque des positions ennemies ; malgré de grosses pertes, a continué à combattre furieusement, permettant à l'infanterie de s'emparer d'un village fortement organisé. Le 26 octobre, a continué la lutte, et, malgré de nouvelles pertes, a contribué à la capture de plusieurs mitrailleuses et canons et de nombreux prisonniers.
Combat du 26 octobre (4e B.C.L.).
Deux sections ont été reformées avec ce qui reste de la 310e compagnie : l'une sous le commandement du lieutenant de Bayenghem, l'autre sous celui de l'aspirant Laugier, pris de la 312e faute de chef de section à la 310e.
Ces deux sections appuient, le 26, l'attaque des éléments de gauche de 43e D.I. sur la tranchée Neptune et la deuxième tranchée de la ligne Hunding.
Ces sections, rentrées la veille au soir du combat, à 19 heures, repartent à l'attaque dès 6h45, sans presque avoir pu prendre de repos.
Elles parviennent à la tranchée Neptune, entraînant l'infanterie pendant 800 mètres, mais ne peuvent s'y rendre maîtresses des mitrailleuses prenant l'infanterie de flanc.
Le jeune aspirant Laugier, ayant son char en panne et ne pouvant pouvant en prendre un autre, se met à pied devant sa section pour l'entraîner à l'attaque de l'objectif plutôt que d'abandonner le combat et tombe glorieusement frappé.
Le soir, les sections rejoignent le reste du bataillon.
Combat du 26 octobre (6e B.C.L.).
Deux sections (sections Becker et Solé) attaquent également la tranchée Neptune et détruisent quelques nids de mitrailleuses, sans pouvoir faire progresser l'infanterie.
Le 27, les deux bataillons (4e et 6e) sont rassemblés pour se reconstituer et reforment chacun une compagnie de marche avec les éléments restants : celle du 4e B.C.L. commandée par le capitaine de Ravel, celle du 6e commandée par le capitaine Dubois.
Ces deux compagnies, sous les ordres du capitaine de Gassart, commandant le 4e B.C.L., seraient mises éventuellement à la disposition de la 170e D.I. pour appuyer sa progression au delà de la ligne Hunding. Elles n'auront pas à s'employer, car l'ennemi évacuera de lui-même la position avant d'être attaqué pour reculer définitivement.
En même temps que les 4e et 6e B.C.L. étaient retirés du combat après ces deux journées d'engagement, le 5e B.C.L. arrivait en position de rassemblement au bois d'Avaux et était mis à la disposition du 13e C.A. pour une attaque le 29 octobre.
Combat du 29 octobre (5e B.C.L., 314e et 315e compagnies).
Le 5e bataillon, qui vient de débarquer au bois d'Avaux, est mis à la disposition du 13e C.A.
Le 29 octobre, la 314e et la 315e compagnie appuient respectivement respectivement des 410e et 407e R.I., qu'elles aident très efficacement à progresser jusqu'à la route Recouvrance - Saint-Fergeux, mais l'infanterie, trop faible comme effectif, ne peut continuer continuer loin.
Anecdote. - Chasseur GODEFIN.
Ce jour-là, se distingua encore le chasseur Godefin, de la 314e compagnie.
Faisant partie du personnel de la section de réserve, il demande à participer à l'attaque comme agent de liaison auprès du chef de la 1ère section de la 314e compagnie.
Au cours du trajet de la position de départ aux lignes françaises, françaises, deux fantassins servant de guides sont blessés.
Godefin, de sa propre initiative, se place devant le char de commandement et le guide sous un feu violent d'artillerie.
Au moment d'aborder un endroit particulièrement battu, il arrête le char de commandement, se fait ouvrir le volet et demande à son officier de lui serrer la main en ajoutant : « A tout à l'heure, mon lieutenant, si les Boches le permettent ; en attendant, on va faire du bon boulot. »
Après la reprise de la marche, une cinquantaine de mètres plus loin, un obus éclate devant le char, projetant Godefin en l'air.
L'impression du lieutenant commandant la section est que Godefin est déchiqueté.
Plus tard, un brigadier ayant son char en panne remonte la section pour rendre compte et trouve Godefin criblé d'éclats d'obus, la cuisse brisée et le bras gauche écrasé par une chenille de char. Ce brigadier veut le transporter ; Godefin s'y oppose en disant : « Tu as autre chose à faire, ne t'occupe pas de moi. »
Relevé par la suite, a eu, au poste de secours, une attitude merveilleuse et a, par ses réparties pleines d'entrain, forcé l'admiration du médecin-chef.
Citation. Ordre de l'armée.
Godefin (G.), 2e classe, A.S.314. Agent de liaison qui a fait l'admiration de tous, à tous les combats, par son mépris absolu du danger et son entrain extraordinaire. A été blessé gravement en guidant les chars de sa section et a émerveillé le major qui le pansait par ses plaisanteries sur ses cruelles souffrances. Héroïque absolument. Deux fois cité.
Combat du 30 octobre (5e B.C.L. 313e compagnie).
La 313e compagnie engage deux sections avec le 109e R.I., mais la résistance des mitrailleuses ennemies est très forte et l'infanterie ni les chars ne peuvent progresser.
Le bataillon se reconstitue en vue de nouvelles actions vers Saint-Germainmont, mais, dès le 5 novembre, survenait le recul de l'ennemi, bientôt suivi de l'armistice. Le 5e bataillon est alors transporté à Reims le 14 novembre avec les autres unités du régiment régiment être ramené au camp de Mailly quelques jours après.
CONCLUSION
Les unités du 502e régiment de chars blindés peuvent revendiquer, parmi toutes celles de l'artillerie d'assaut ; la gloire d'avoir contribué puissamment à la grande victoire. Les jeunes équipages de 1918 rivalisèrent de fougue, d'endurance et d'héroïsme avec leurs aînés des groupes lourds. Ceux-ci, les premiers sur la brèche, ayant connu les laborieux débuts et travaillé longuement en vue de la bataille suprême, furent dans la lutte jusqu'au dernier jour. Quant aux jeunes bataillons de chars légers, jetés dans la fournaise à peine formés, à peine instruits, tant les circonstances étaient alors critiques, à trois reprises différentes au moins en quatre mois, ils se décuplaient sur le Boche épouvanté.
La première fois, sur la Marne, la soudaineté, la brutalité de leur attaque, le force à reculer en désordre. Dans les autres combats plus âpres, plus durs, plus meurtriers aussi, ils font des prodiges de valeur et aident admirablement notre glorieuse infanterie à saisir l'ennemi par la gorge, et, lui faisant lâcher prise, à nous rendre enfin cette terre de France qu'il a trop longtemps foulée et meurtrie !
Gloire à ceux à qui nous devons cette délivrance, aux héroïques équipages comme à ces courageux ouvriers qui maintes fois, sous le feu, réparèrent les chars pour de nouveaux assauts !
Gloire à tous ceux, si nombreux, hélas ! Qui payèrent de leur sang leur héroïque dévouement à la patrie !
Officiers et chasseurs du 502e régiment de chars blindés, unis dans le même amour de la France et par une haine commune de l'ennemi, ont su justifier la confiance que leur pays avait mise en eux. Ils ont inscrit des pages glorieuses à l'histoire de l'armée française et créé pour ceux qui, dans l'avenir, auront l'honneur d'appartenir au 502e le droit d'en porter fièrement le numéro et le devoir d'en rester dignes.