PICARDIE (2) → VITTEL → SAVOIE II   
  12e RCA  3e → 2e Escadron

 

M 4 A3  76mm       n°56
matricule : 95216       US 3099835S  

Chef de char : Capitaine de Bort.

Remplace le M 4 A2 PICARDIE à une date inconnue.

Il a été renommé VITTEL le 12 septembre 1944, puis a encore changé de nom pour devenir SAVOIE II n°30.

Détruit à Gros-Rederching (Moselle) le 3 janvier 1945.

Le chef de char, le Lieutenant Rives-Henry est tué.

JOURNAL de Francis ROGER
Engagé Volontaire au 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique

"Le 2 Janvier 1945, le 2ème Escadron quitte Goerlingen où il était en réserve de Corps d'Armée et se dirige vers l'Est  sur Schmittviller afin de se mettre en position défensive. Journée calme. Nous sommes les premiers Français qui cantonnons dans le village. Bon accueil, schnaps. Nuit calme. Le lendemain matin 3 Janvier, nous apprenons que les Américains ont du évacuer Achen au cours de la nuit. Il est repris dans le courant de la matinée et à 1 heure de l'après-midi nous passons de la défensive à l'offensive.
Devant nous, une succession de vallonnements infiniment sous la neige s'étend à perte de vue. A quelque vue devant nous, les premiers blockhaus la ligne Maginot.
L'ordre de départ est arrivé, les fantassins grimpent sur les chars, le convoi s'ébranle. Nous empruntons toutes les coulées possibles afin de nous dissimuler aux yeux de l'ennemi, le terrain est particulièrement mauvais, les chars patinent, dérapent, glissent, mais continuent malgré tout leur progression. Nous passons pas mal de points encore tenus par les Américains, ça et là, une grande guitoune où les hommes emmitouflés de blanc. Qu'ils semblent petits en face de la grandeur de cette nature déserte. Une halte, une grande dispersion en ligne de groupe. Le Peloton de ROGER ne comprend que quatre chars. Il est maintenant sur la crête qui domine le village de Gros-Rédersching. "ISERAN" signale le clocher du village qui abrite sans doute quelques observateurs indiscrets, puis il s'engage  derrière "LANGUEDOC" et "MAURIENNE" à l'intérieur du village. "SAVOIE II" reste sur la crête  en soutien, en profite pour démolir un nid de munitions que les fantassins lui désignent sur la colline en face. Il reçoit l'ordre de rejoindre au milieu du village, prend place derrière "MAURIENNE", tandis que "LANGUEDOC"  poursuit sa progression jusqu'à un blockhaus situé à la sortie nord du village.  La porte du blockhaus est défoncée par trois ruptures de l'Infanterie en charge de le nettoyer....une vraie boucherie...
"SAVOIE II" prend position sur la route ayant mission de surveillance sur la gauche. Un fantassin allemand cherche à regagner les premières maisons du village, il est aperçu par "MAURIENNE" qui se porte à la hauteur de "SAVOIE II", et à ce moment, le Lieutenant RIVES est blessé mortellement par un tireur isolé. Petit flottement dans le Peloton. "MAURIENNE" se replie, le Lieutenant RIVES est évacué et remplacé par le MDL/Chef FOREST. Le soir tombe, on prend le dispositif de nuit.. "LANGUEDOC" sur l'axe principal, "ISERAN" derrière la première maison du village en surveillance sur la droite, "SAVOIE II"  reste en surveillance sur la gauche et "MAURIENNE", légèrement en retrait. La nuit est maintenant tombée. L'attaque ayant été trop tardive, le nettoyage n'a pu se faire qu'incomplètement. Une patrouille allemande s'infiltre, fusillade assez vive, suivie de tirs de mortiers. Une maison brûle, puis une autre, jetant dans la nuit de sinistres lueurs. Des éclats ricochent sur le blindage des chars. Tout repos est impossible, tant pis, on veillera. Une relève est prévue pour dans le milieu de la nuit.
A 11 heures du soir, moment d'accalmie, seules les maisons qui brulent font entendre les lugubres craquements des poutres qui se tordent et des murs qui s'écroulent. De temps en temps un coup de feu isolé qui semble un accident.
A  minuit, violent tir d'artillerie, c'est le moment de baisser la tête.
Une salve dans le milieu de la nuit, dans le lointain, bruits de chars, qu'est-ce ? Peut-être la relève attendue. Des chars en question passent devant le village et semblent se diriger vers la droite, on dirait des chars américains. Mais que font-ils ? Une fumée blanche illumine la nuit, le char non identifié se met à tirer sur les lignes allemandes. "LANGUEDOC" ouvre le feu  à droite et se fait .... par un char. C'est alors que va commencer la plus sinistre bataille de nuit.

4 Janvier, 1 heure du matin, sur la route, un char s'avance au ralenti, c'est un char américain. De tous côtés, on  entend des cris : "Américains...Américains" Dans le doute, "LANGUEDOC" hésite à ouvrir le feu, une fusée éclairante tombe devant "LANGUEDOC" qui à la minute même reçoit un obus dans la boite de vitesse. Il lui est impossible de rouler, ses occupant sortent, mais l'aide conducteur CIVILLATTI est blessé aux genoux et à la cuisse droite. Ses camarades le transportent vers l'arrière. 2ème fusée de la part de l'ennemi, c'est effrayant, la lumière nous aveugle, et lui, le boche nous tire comme au tir au lièvre à la lueur d'un projecteur. "ISERAN" est sa 2ème victime, "SAVOIE II" étant dans une mauvaise position, se replie d'une dizaine de mètres à l'abri d'une maison et ouvre le feu sur le char ennemi qui se trouve maintenant à la hauteur de "LANGUEDOC". Pendant son tir, toutes les armes automatiques se sont tues, mais voici la fusée fatale qui vient l'illuminer, il n'est déjà plus qu'une torche. Là aussi, l'équipage sort indemne. Ensuite, inexorablement vient le tour de "MAURIENNE". Le conducteur MARTIN est blessé, mais peut être évacué. Les chars du 2ème Peloton se consument avec leurs espérances.

Source : JOURNAL de Francis ROGER