Le 21e Bataillon de Chars de Combat

Juin 1940

par Laurent Deneu

 

Le 21ème BCC est un de ces bataillons qui ont combattu en dehors du cadre des grandes unités, et qui ont été gaspillés par petits paquets pour remplir un rôle que les vues de tacticiens éclairés ont rendu obsolète : Le soutien d’infanterie. Il a néanmoins accompli sa tâche avec courage et abnégation, comme beaucoup d’autres, mais serait tombé dans le même injuste anonymat si la livrée chatoyante de ses petits Renault n’avait attiré l’œil des vainqueurs largement pourvus en Leicas.

Avant Propos

Cet article a été rédigé pour publication dans la revue Batailles et Blindés et est effectivement au sommaire du numéro 37 de cette revue. Les contraintes techniques et certains autres impératifs incontournables avaient empêché que ne soit publiée l’intégralité de notre travail.

En accord complet avec Yanis Kadari, éditeur de la revue, nous vous en proposons la version initiale intégrale, amendée ici ou là de nouvelles informations portées à notre connaissance depuis la parution.

Ce travail est destiné au maquettiste pour qui la connaissance précise des camouflages et marquages des véhicules militaires est une exigence incontournable, mais aussi au passionné pour qui replacer au premier coup d’œil un véhicule dans son unité, dans son contexte est un besoin.

Des avancées spectaculaires dans la connaissance des livrées qu’ont arboré les matériels français de 1939-1940 ont été réalisées récemment et les travaux de chercheurs passionnés, au premier rang desquels nous citerons Pascal Danjou, permettent de se faire une idée plus nette de ce à quoi ressemblait notre Armée.

Cependant, l’étude précise unité par unité n’est qu’amorcée, et il reste un travail considérable à réaliser pour obtenir un tableau complet de l’Armée de 1940.

Cette étude sur les marquages du 21ème BCC est notre petite pierre à l’édifice, et nous sommes bien conscient qu’elle est incomplète, bâtie partiellement sur des hypothèses hautement vraisemblables mais non vérifiées en totalité et donc vouée à être révisée en fonction des nouveaux éléments qui feront immanquablement surface.

L’édifice a pour fondations le travail réalisé par Monsieur Christophe Marcille et qu’il a mis à la disposition de tous sur le site des 501/503e RCC, Nous puiserons largement dans les données qui y sont rassemblées.

Ces données historiques, aussi incomplètes soient-elles, nous ont permis de comprendre le système de marquage propre au 21e BCC.

L’objet de ce travail n’est pas de retracer l’histoire du 21ème BCC, aussi nous contenterons nous de résumer cet historique en essayant de ne pas trop paraphraser Monsieur Marcille. Hélas, les quelques données un peu détaillées concernent les 2ème et surtout 3ème Compagnies, la 1ère restant pour l’essentiel dans l’ombre.

Historique :

La Formation

C’est à partir du 512e RCC (Régiment de Chars de Combat), constitué déjà des 23ème (Renault R 35) et 28ème (B1 bis) BCC que le 21ème Bataillon de Chars de Combat (Renault R 35) est créé en 1938 en même temps que le 34ème (Renault R 35).

Il est constitué à partir du centre mobilisateur 507 de Mourmelon. Ce n’est que très lentement et avec beaucoup de difficultés que le bataillon, composé à 95% de réservistes prendra forme. Le matériel, surtout, sera difficile à rassembler et le bataillon souffrira de déficits dans tous les domaines. Notons en particulier que cinq de ses 45 chars ne recevront jamais d’armement et ne participeront pas aux combats.

L’attente

Les mois d’octobre et novembre sont mis à profit à Cuperly près de Chalons-sur-Marne pour pousser l’instruction des personnels, pour le plus grand nombre formés sur le vénérable Renault FT de la guerre précédente. Notons que, bien que déshérité dans bien des domaines, le 21e recevra des équipements TSF (ER 54) pour au moins certains de ses chars, ce qui est loin d’être généralisé à l’époque.

Fin novembre, le 21e BCC est transféré à Goezenbrück dans le Bas Rhin et il est rattaché au Groupe de Bataillons de Chars de Combat, GBCC 508 dépendant de la 5ème Armée du Général Bourret.

Au cours du pénible hiver 1940, le Bataillon effectue un stage au centre d’instruction de cette 5ème Armée à Blamont en Meurthe et Moselle.

Après quoi il retournera dans sa zone de cantonnement et y restera jusqu’au 6 juin 1940.

 

 

Organigramme

 

Etat-Major Commandant le Bataillon Chef de Bataillon André Cailles
  Chef d'Etat-Major Capitaine Mauroy
  Adjoint technique Lieutenant Migeon
  Officier de renseignements Lieutenant Duval
  Officier de transmissions Lieutenant Mauny
  Officier chargé des détails Lieutenant Joye
     
1ere Compagnie 2eme Compagnie 3eme Compagnie
Capitaine Gil Capitaine Brock Capitaine Perat
Lieutenant Buob lieutenant Gout Lieutenant Desjonquières
Sous Lieutenant Chagnaud Sous-Lieutenant Tixier Lieutenant Lesueur
Aspirant Bel Sous-Lieutenant Bœuf Lieutenant Bienvenu
Adjudant-chef Nasica Aspirant Remond Lieutenant Dresse
    Adjudant-chef Sarrazin
     
Compagnie d'Echelon Commandant la Compagnie Capitaine Robert
  Adjoint Lieutenant Jeanneton
  Atelier Lieutenant Parry
  Ravitaillement Lieutenant Proffit
  Section de remplacement Adjudant Orsal

 

 

L’Engagement
 

NB : Les cartes sont schématisées et ont été établies d’après des tracés actuels. Certains éléments topographiques de l’époque peuvent ne plus apparaitre ou avoir été significativement modifiés.

C’est le 7 juin que le 21ème fait mouvement pour entrer en campagne. Il est d’emblée morcelé, les compagnies étant dispersées.

La 1ère Compagnie est mise à la disposition du 43ème Corps d’Armée de Forteresse et ne rejoindra jamais le Bataillon. Elle escadronnera dans la zone Sarrebourg-Phalsbourg où elle assurera essentiellement des missions de surveillance d’itinéraires. Le 19 juin elle a pour mission de dégager un PC, ce qu’elle accomplit sans perte. Il semble bien qu’hormis cette action sur laquelle nous n’avons aucun détail, le potentiel de la 1ère Compagnie ait été gaspillé en mouvements stériles, marches contre marches visant à surveiller les approches de la menace ennemie venant du nord et du nord ouest entre Nancy et Strasbourg et à couvrir le repli de l’infanterie. Une mission classique pour la cavalerie, mais pour laquelle ni les lents Renault R 35, ni la formation de leurs équipages n’étaient adaptés. Le repli s’achève pour la Compagnie au Col du Haut Jacques où la reddition a lieu le 23 juin.

La 2ème Compagnie, alors que le Bataillon maintenant amputé est mis à la disposition de la 62e Division d’infanterie, est stationnée le 9 juin à Ottrott (ouest d’Obernai). Elle fait mouvement les 14, 15 et 16 juin pour rejoindre le secteur de Bertrimoutier à l’est de Saint-Dié. Le 17 juin, elle reçoit l’ordre de se porter sur Hochwarth ou Hohwald (2 lieux distants d’une douzaine de km et que l’orthographe initiale ne permet pas de départager). C’est en tout cas une marche de plus de 20km vers le nord-est. En cours de route, elle reçoit un contre ordre, rentre à Bertrimoutier et se disperse : 1ère section au col du Bonhomme, 2ème section à Longemer, 3ème section au col de Sainte-Marie et la 4ème au col de la Schlucht. Nous n’avons pas de détail sur l’activité de la 2ème Compagnie avant le 20 juin où il est dit que les missions pleuvent sur elle et que l’éparpillement est total. L’ordre est donné de se regrouper au col du Haut-Jacques où elle recevra l’ordre de reddition le 22 juin. Les chars restant sont réputés avoir été incendiés ce même jour, et la reddition est effective le 23 juin.

La 3ème Compagnie est probablement la plus étoffée des Compagnies du Bataillon puisque outre les 12 chars répartis dans les quatre sections, elle comprend le char du capitaine commandant la Compagnie, et de plus, deux chars provenant de la Compagnie d’Echelon la rejoindront sans doute au cours des opérations. Elle est stationnée le 9 juin à Boersch au nord-ouest d’Obernai. Le 14 juin, elle fait mouvement sur Sermersheim, et le 16 juin se replie sur Villé. C’est autour de ce bourg dont elle doit assurer la défense, que la 3ème Compagnie verra l’action. Les 1ère et 4ème sections sont postées à Neubois en soutien d’un barrage établi là. Le reste de la Compagnie est en défense autour de Villé même.

La Compagnie connait le baptême du feu le 18 juin en fin d’après midi à Dambach où la 2ème section soutient par le feu des éléments du 34e Régiment de Forteresse avant de rentrer à Villé.

Le lendemain 19 juin, c’est à Thanvillé que débute l’action où la Compagnie, en fait la 1ère Section, doit essayer de bloquer l’avance ennemie soutenue par une compagnie du 226e Régiment d’Infanterie. L’infanterie allemande met en œuvre des canons antichars qui endommagent le Faucon du Lieutenant Desjonquières et mettent hors de combat le Vautour dont le chef de char, le caporal Lejeune est tué. Le repli sur Villé, inévitable est effectué en bon ordre. Le Lieutenant Desjonquières doit faire réparer son Faucon et occupera en attendant, l’Epervier.

En fin d’après midi, le Gorille de la 3ème section restée à Villé, est envoyé en liaison vers la 4ème Section postée à Neuve-Eglise et s’égare. Il est détruit et incendié par antichar à la sortie ouest de Trimbach, le chasseur Boutrou, pilote, trouvant la mort à son poste.

Il est très vraisemblable que les chars de la Cie d’Echelon, le Taon et le Gerfaut sont alors répartis entre la 1ère et la 3ème Section pour les maintenir à plein effectif. Et la participation du "char du Caporal Lejeune" le lendemain aux combats laisse supposer que le Vautour n’a pas été mis totalement hors de combat mais seulement par la mort de son chef de char/canonnier. Le char aurait alors été pris en charge par un nouvel équipage et aurait repris le combat.

Le 20 juin sera aussi une dure journée puisque la Compagnie a l’ordre de tenir Villé jusqu’au soir, avec l’aide de la 2ème Compagnie du 226e Régiment d’Infanterie dotée de quelques mortiers et mitrailleuses, et l’appui de quelques pièces de 75mm. A noter aussi la présence de deux antiques Renault FT qui appartiendraient à une section de pionniers ( ?!). Mais l’assaut ennemi est violent. Il met hors de combat le char du chef de la 2ème Section, le Condor du Lieutenant Lesueur et cause la perte du commandant de l’infanterie, laquelle se replie. Sans elle, tenter de tenir l’agglomération est du suicide. Il faut se replier, mais l’ennemi est partout. C’est au tour du Grand-Duc de la 2ème Section d’être détruit, le chef de char, le Sergent Chauffour étant tué. Le Capitaine Perat essaye de forcer le passage mais le pilote de son Aiglon, le Caporal Argenvilliers est tué par un obus. Le Capitaine Perat est fait prisonnier. Les mouvements sont confus, et le repli s’effectue sous les tirs d’antichars. L’Epervier est percé, encaisse en tout cinq obus mais parvient à s’en sortir, protégé nous dit l’historique "par le char du Caporal Lejeune qui recevra deux obus", le Vautour donc, par hypothèse.

Il semble que la 4ème Section se soit accrochée à Neuve-Eglise, tandis que les restes du Bataillon cherchaient à sortir de la nasse par l’actuelle D39. A Fouchy, la route est coupée par l’ennemi et l’Epervier est cette fois détruit par antichar. Le Lieutenant Desjonquières et son pilote sont tués. Le reste de la formation fait demi-tour pour chercher une voie libre. Mais deux Renault s’enlisent près de Bassemberg. Le Lieutenant Bienvenu, alors le dernier officier présent, pense pouvoir les sortir de là, mais en plein travail, l’ennemi surgit et capture ce qui reste de la 3ème Compagnie.

 

 

 

Epilogue

Le 21ème BCC n’aura pas eu l’honneur des gazettes, et ne sera guère récompensé. Il a été utilisé comme croyaient qu’il devait l’être, des Etat-Majors totalement ignorants du potentiel et des modalités de mise en œuvre de l’arme blindée. Les doctrines "modernes" n’avaient pas bonne presse dans les Ecoles de Guerre où exerçaient les vainqueurs de la précédente. Pourtant, les hommes du 21ème BCC comme ceux de bien d’autres unités ayant connu les même déboires ont rempli leur devoir sans compter, avec abnégation comme il est de tradition chez "ceux des Chars".

Le matériel

Le 21ème BCC est équipé de chars légers Renault R 35 de fabrication intermédiaire. L’immatriculation la plus basse relevée à ce jour est 50809, et la plus haute 50968 situant les chars du Bataillon dans le marché n°71296DP, réceptionné entre mai 1937 et juin 1939.

Tous les engins photographiés sont équipés d’épiscopes, et sur certains, des différences de teintes semblent montrer qu’il y a pu y avoir remplacement des diascopes Chrétien montés à l’origine.

Il est dit dans l’historique que le Bataillon a reçu des radios (ER 54). Normalement, seuls les engins des cadres en sont équipés. Les conditions d’attribution des chars radio au 21ème est difficile à cerner. A la première Compagnie, nous n’avons pas d’information. A la 2ème, outre l’Aiglon du Capitaine Perat, 2 autres chars, le Boa et le 50859 sont vus avec des antennes. A la 3ème Compagnie, seule la Guêpe a porté au moins momentanément une antenne, alors que le Faucon du Lieutenant Desjonquières n’en montre sur aucune photo. Il est à noter que le port de l’antenne ne signifie pas automatiquement l’installation et encore moins l’utilisation effective d’un poste dans le char. On pourrait parler de "pré-équipement". D’autre part, le port de l’antenne attirant l’attention des canonniers ennemis, l’envie d’arborer ce signe distinctif sans nécessité ne devait pas fleurir au sein des équipages, tout au moins après les premières expériences des combats. C’est peut être là qu’est l’explication : les chefs de section ont peut être trouvé efficace de se faire repérer ainsi de leurs subordonnés jusqu’à ce qu’ils se rendent compte que l’ennemi n’était pas aveugle non plus, justifiant alors un démontage de l’encombrant accessoire.

La queue passe-tranchée n’est pas systématique. Les équipages n’aimaient pas trop ce lourd dispositif dont le poids n’améliorait certes pas l’agilité déjà mesurée du petit Renault. Le fait que le 21ème BCC était destiné à évoluer dans le terrain accidenté des Vosges a dû amener certains officiers à estimer que l’avantage était supérieur à l’inconvénient. Mais là encore on a l’impression qu’il n’y a pas de règle bien précise. La 1ère Compagnie nous livre toujours aussi peu d’informations mais l’on voit les deux configurations. A la 2ème Compagnie, on pourrait croire qu’il s’agirait d’un autre signe distinctif pour les cadres mais sans aucune certitude. A la 3ème Compagnie, le port de cette queue semblerait systématique.

En ce qui concerne les matériels autres que blindés, nous connaissons la dotation théorique d’un BCC :

25 véhicules de liaison, 35 camionnettes, 37 camions, 12 tracteurs de ravitaillement (TRC), 3 tracteurs de dépannage, 4 remorques à 2 roues, 51 motos.

La seule certitude que nous ayons est que le 21e BCC a perçu au moins 2 Tracteurs de Ravitaillement de Chars Renault non blindés TRC 36, dont l’un arbore l’écu du Bataillon. Il est plus que vraisemblable, si l’on considère la faible priorité accordée au 21e BCC pour son équipement, que la plupart des véhicules provenaient de la réquisition et formaient un parc assez hétéroclite.

Il existe des clichés pris au Col du Haut Jacques montrant un regroupement de véhicules divers incendiés. On reconnait parmi ceux-ci au moins 5 Renault dont deux portent les marquages du 21e BCC. Nous pensons qu’il s’agit du sabordage de la Cie d’Echelon, et que les 5 Renault sont ceux qui manquent à l’effectif. Cette opinion est confortée par la présence de 2 véhicules équipés de chèvres de levage dont il est impossible d’être absolument certain qu’il s’agit de semi-chenillés. Cela est très probable cependant et la longueur des chèvres suggère des Somua MCL 5 réglementaires. Sur ces clichés nous distinguons aussi la présence de 3 Tracteurs lourds d’artillerie TAR H2 et de chenillettes d’infanterie Renault UE. Il est clair que d’autres unités que le 21e BCC se sont rassemblées au Haut Jacques, et réattribuer les véhicules visibles au seul Bataillon de char serait fort hasardeux

La décoration

Avertissement

Toutes les données livrées ci-dessous proviennent de l’observation de photos d’époque, toutes prises par le vainqueur. L’emport, et surtout l’utilisation d’appareils photographiques étaient moins répandus en France qu’en Allemagne, sans compter le poids des règlements. La confrontation de ces clichés avec l’historique et l’organigramme fournis par Monsieur Marcille a permis de dresser un tableau cohérent mais non confirmé des effectifs des 2ème et 3ème Compagnies. Nous avons attribué à certain chars, seulement partiellement photographiés, un nom que la lecture conjointe du cliché et de l’historique du Bataillon rendait probable. Nous espérons que les clichés qui encore régulièrement refont surface, nous permettront d’affiner ce tableau. C’est pourquoi dans les diagrammes, les zones grisées sont nombreuses. Elles représentent ce qui n’a pas pu être formellement confirmé par photographie, mais qui est vraisemblable.

L’ordre de bataille

Voici ce que nous pouvons considérer comme l’Ordre de Bataille plausible du 21e BCC. Ainsi qu’il a été dit, nous espérons pouvoir, avec le temps, combler les lacunes et transformer en certitude ce qui est pour l’instant essentiellement hypothèse. Nous serions hautement reconnaissant au lecteur qui posséderait des informations écrites ou photographiques complémentaires, de bien vouloir nous en confier une copie.

L’effectif théorique d’un bataillon de chars Légers est de 45 engins :

3 chars par section, 4 sections par compagnie soit 12 engins + 1 char du Chef de la Compagnie

Soit 13 chars par compagnie. 3 compagnies = 39 engins + 5 à la Compagnie d’Echelon + 1 au Chef de Bataillon

Ce total réglementaire est immuable, et le 21e BCC est naturellement, en théorie, bâti sur ce schéma. Mais l’on a vu qu’au moment de l’action 5 chars n’avaient pas encore reçu d’armement. Il est possible qu’ils soient restés au lieu de cantonnement, ou plus probablement qu’ils aient suivi la compagnie d’Echelon prêts à être complétés avec le matériel récupérable sur des engins mis hors de combat.

Quoi qu’il en soit, 40 chars seulement auraient pris part aux opérations. L’historique donne bien 13 chars à la 3ème Compagnie, plus 2 provenant de la Compagnie d’Echelon. Cet attachement, pensons nous, n’a eu lieu qu’après la mise hors de combat du Faucon et du Vautour le 19 juin. Ainsi, les autres compagnies ne pouvaient de toute évidence pas être au complet théorique si la compagnie d’Echelon comportait encore un volant de réserve, ce qui semble bien être le cas.

Donc, par hypothèse, les 1ère et 2ème compagnies ne disposaient pas de char de commandement, non plus que le Chef de Bataillon, et la compagnie d’Echelon gardait 3 chars en réserve : Le Taon, le Gerfaut, et peut être le Gibon dont il existe plusieurs clichés. Ce dernier ne présente aucun marquage distinctif de compagnie ou section, seulement l’écu aux positions habituelles, ce qui conforte l’hypothèse de son appartenance à la Cie d’Echelon.

mise à jour 24/11/2014 Antoine Misner

 

1ère COMPAGNIE

2e COMPAGNIE

3e COMPAGNIE

Commandant de Cie

Commandant de Cie

Commandant de Cie

 

Cne Gil

 

Cne Brock

L'AIGLON 50963

Cne Perat

Cal Argenvilliers

1ère section

1ère section

1ère section

LA PANTHERE      

 

LE HERISSON 50968

Lt Gout

LE FAUCON 50828

Lt Desjoncquières

LE COUGUAR

 

LE SCORPION 50841

 

LE VAUTOUR

Cal Lejeune

Ch Varnier

LE LION       50827

 

LA SALAMANDRE 50853

 

L'EPERVIER  5084X

Lt Desjoncquières

Ch Bayon

2e section

2e section

2e section

L'OURS        50868

 

L'ALLIGATOR  50842

? Avouts

LE CONDOR 50953

Lt Lesueur

L'AUROCHS  50820

 

LE CROCODILE 50845

 

LE GRAND-DUC 50809

Sgt Chauffour

LE BUFFLE    50836

 

50890

 

LE VAMPIRE 50882

Sgt Lavoine

Ch Chassier

3e section

3e section

3e section

LE TIGRE

 

LE BOA     50835

S-lt Tixier

LE CHIMPANZE

 

?

 

LE COBRA 50818

 

LE GORILLE 50833

Sgt Schneider

Ch Boutrou

?

 

?   50850

 

L'ORANG-OUTANG

 

section

4e section

4e section

?

 

LE DRAGON 50859

 

LA GUEPE 50849

Adj Sarrazin

?

 

LA CHIMERE 50856

 

LE FRELON 50893

 

?

 

"3 écus"    50839

 

LE BOURDON 50846

 

 

 

Attachés provenant de la Cie d’échelon

Non encore attribués : LE BISON             LE JAGUAR

LE TAON 50894

Adj Orsa ?

LE GIBON 50821

50819

50853

LE GERFAUT

 

 

 

Le camouflage

Tous les Renault observés au 21ème BCC portent le même style de camouflage. Celui récemment décrit par Pascal Danjou et qui comptait jusqu’à huit teintes distinctes ! Ces teintes semblent être réparties de façons légèrement différentes selon l’engin. Une ligne directrice est cependant nette. Les teintes sont apposées en bandes ondulantes plutôt horizontales et délimitées par un cerne de couleur foncée appliquée au pinceau. Les teintes sont généralement plus foncées vers le bas de l’engin, et vont en s’éclaircissant vers le haut. Sur les chars du 21ème BCC, ce schéma qui est omniprésent peut parfois être perturbé par des retouches effectuées sur la tourelle probablement pour effacer des marquages n’ayant plus cours ou pour tenter d’intégrer les épiscopes nouvellement installés.

Les marquages

Nous sommes maintenant persuadé que les marquages du 21ème ont connu 2 époques.

La première époque témoignait d’une uniformité que les instructions de mise en condition de campagne ont brisée. Tous les chars du 21ème BCC portaient l’écu  au trois "7" de part et d’autre de la tourelle sur les épiscopes. Un nom d’animal était peint en oblique, et d’une belle calligraphie "cursive" sur la face tribord de la tourelle, entre épiscope et tourillon du canon. Les animaux appartenaient à la même catégorie au sein d’une même section. On ne peut pas vraiment parler races et espèces puisqu’il y a même des animaux fabuleux. A bâbord, une lettre majuscule identifiait la Compagnie : "H" à la 1ère, "S" à la seconde et "V" à la 3ème sans que l’on en sache la signification. Des cercles blancs visant à améliorer la visibilité en conditions de conduite nocturne étaient apposés sur la porte du moteur tribord, sur le glacis au dessus de l’immatriculation, et sur la queue de franchissement. Les grenades blanches frappées du chiffre "1", classiques sur les Renault apparaissaient aux emplacements normaux, sur les coffres à outils.

La deuxième période coïnciderait avec la mise sur le pied de guerre de l’unité. Instruction est alors donnée d’apposer des cocardes visibles sur toutes les faces des chars. Au 21ème BCC, l’on place une cocarde à l’avant, à l’emplacement de la plaque constructeur, et une de chaque côté de la porte de tourelle. La cocarde qui doit être visible du ciel a donné lieu à diverses interprétations au sein du Bataillon. A la 2ème Compagnie par exemple, on l’a peinte sur le disque blanc de circulation nocturne que l’emplacement sur le glacis quasi horizontal devait rendre à peu près inefficace. A la 3ème Compagnie, c’est un peu l’anarchie semble-t-il puisque l’on voit des cocardes sur le glacis, mais aussi des cercles de circulation intacts. La cocarde peut alors se trouver peinte sur le tourelleau, ou alors être même totalement absente. L’autre grande modification est l’apposition du chiffre identifiant la section. Là encore, l’interprétation de l’instruction varie d’une Compagnie à l’autre, voire d’une section à l’autre. A la 2ème Compagnie, le chiffre est peint, lorsqu’il l’est, ce qui ne semble pas systématique, sur la porte de tourelle. A la 3ème Compagnie, le chiffre est peint sur les épiscopes latéraux de tourelle, et l’écu qui s’y trouvait est masqué par une teinte camouflante, sauf à la 1ère Section où il est possible, si l’on extrapole à partir du Faucon du Lieutenant Desjonquières, que le chiffre soit superposé à l’écu toujours présent face tribord uniquement. A moins que ce ne soit une particularité du seul chef de Compagnie. Les données manquent pour la 1ère Compagnie, mais les rares clichés disponibles ne montrent aucun chiffre, et la persistance de l’écu.

Il est à noter que la livraison tardive des armements provoque une particularité remarquable. Aucun canon ne porte de traces du camouflage multi-teintes, et tous semblent être restés dans leur teinte d’origine, foncée sur les clichés, vraisemblablement le vert olive foncé classique.

Les planches

Les planches représentent des exemples de camouflage tels qu’ils ont pu être portés au 21e BCC lors des opérations de fin juin 1940.

Le nuancier a été proposé par Pascal Danjou et comporte 16 teintes regroupées en 3 catégories : Teintes de sol, teintes d’ombre et teintes de ciel. J’invite le lecteur à découvrir ces teintes dans les revues Minitracks et/ou GBM de 2009 citées dans la bibliographie.

En principe, le camouflage devrait comporter un seul représentant de chaque catégorie. Mais les constructeurs semblent avoir interprété les instructions de façon très libre, et chez Renault, il semble que l’on ait atteint des sommets dans la fantaisie.

Les planches proposées sont notre interprétation des clichés noir et blanc disponibles des camouflages visibles sur les chars décrits. Les contours sont aussi précis que possible. Mais les teintes sont supposées, et nous avons pris plaisir à donner 3 exemples de ce qui est plausible. Sur chaque char, nous avons essayé de respecter l’intensité relative des teintes. Nous ne pouvons cependant affirmer que notre choix de combinaison des teintes soit le seul admissible. Seule une diapositive couleur d’époque permettrait un taux de confiance raisonnable.

Notons que ces planches sont des schémas, et en aucun cas des plans fiables quant aux dimensions et proportions des véhicules.

 

Les Diagrammes

Les diagrammes proposés sont des représentations schématisées du R 35 comme s’il était vu de dessus. Il ne s’agit en aucun cas de plans à l’échelle, et donnent simplement des indications sur la distribution et l’emplacement des différents marquages avec une relative précision. Des nuances telles que, par exemple, une cocarde ayant visiblement un centre bleu de plus grand diamètre, ou bien dont l’emplacement n’est pas conforme au standard, sont dans la mesure du possible prises en compte.

Le maquettiste dispose avec ces diagrammes et le schéma général de camouflage de données raisonnablement fiables pour représenter une bonne partie des Renault du 21e BCC.

Les marquages sont représentés à leur place constatée d’après photo, ou alors à leur emplacement logique, mais ils sont alors en gris.

La calligraphie des noms d’animaux n’est pas exactement celle utilisée au 21e. La vraie calligraphie est représentée sur les planches.

Le camouflage n’est pas représenté parce qu’il varie d’un char à l’autre, et seule une représentation 3D de chaque char refléterait vraiment la réalité. Nous ne pouvons de plus, le faire que pour très peu de chars, car un tout petit nombre a été suffisamment photographié pour y parvenir.

La 1ère Compagnie, trop peu documentée n’est pas représentée sous forme de diagramme. Seul un exemple hypothétique extrapolé de ce que l’on sait peut être proposé.

Le Buffle : Son appartenance à la 1ère Compagnie est quasi certaine bien que la face bâbord de sa tourelle ne soit pas visible. Cette face bâbord est extrapolée de l’observation des quelques clichés disponibles de Renault de cette Compagnie. L’immatriculation est 50836.

 

2e Compagnie

Commandant la compagnie : Capitaine Brock

1ère section             2ème section         3ème section                    4ème section

Lt Goût                     Lt Avouts                    S-Lt Tixier                      Asp Remond (non confirmé)

Curiosité:

Le Crocodile, après sa capture a été partiellement repeint aux couleurs allemandes. La couleur utilisée pour masquer les marques françaises n'est pas confirmée, et pourrait tout aussi bien être grise, brune ou de toute autre nuance foncée disponible.

 

 

Notes:

1ère section: Le Hérisson, bien qu'il ne semble pas équipé de TSF a été attribué arbitrairement au chef de section, car il semble être le seul à porter le chiffre "1".

2ème section: L'Alligator porte sur la queue passe tranchées une marque blanche de circulation nocturne rectangulaire et portant à nouveau l'immatriculation, le tricolore, et un cœur de petite taille. Ce symbole semble être unique au 21e BCC et la couleur rouge est supposée, mais fort probable car elle apparaît sur les photos d'un gris de même intensité que le rouge du drapeau.

3ème section: Le Boa, équipé d'une antenne TSF porte sur la queue passe tranchée une marque blanche de circulation nocturne en forme d'écu. Mais ici, seul le tricolore y est apposé. Ni immatriculation, ni signe tactique n’y figurent. Le cercle blanc sur la porte du moteur est de taille inférieure à la normale, et disposé moins décalé sur la droite que sur les autres chars de la compagnie.

Le nom du 50850 n'est visible sur aucun cliché ni mentionné dans aucun document connu de nous à ce jour. Il semble ne pas être équipé de queue passe tranchée.

Le Cobra semble ne pas avoir de marque de circulation nocturne/cocarde sur le glacis, ce qui est exceptionnel pour ce bataillon.

4ème section: Le 50859 LE DRAGON semble être le char du chef de section (antenne), et a probablement tardivement reçu des épiscopes à la place des diascopes, ce qui expliquerait les différences de camouflage constatées. Il n'est pas possible de savoir pour l'instant s'il portait une queue passe tranchée ou non. Cela serait très vraisemblable car à la 2ème Compagnie, les 3 autres chefs de sections supposés l'ont.

Faute de nom visible, nous avons appelé "3écus" le R 35 50839 qui présente cette particularité, semble-t-il unique. Il est équipé d'une queue passe tranchées avec une marque blanche probablement rectangulaire.

 

3ème Compagnie

Commandant la compagnie: Capitaine Pierre Perat

1ère section           2ème section              3ème section                    4ème section

Lt Desjonquières          Lt Lesueur                 Lt Bienvenu                 Adj-Chef Sarrazin

 

 

Notes :

Les photos existantes des engins de la 3ème Compagnie montrent des caractéristiques communes : tous les chars ont une queue passe-tranchée. Seuls deux chars semblent avoir eu une antenne, et même de façon inconstante pour La Guêpe. Aucun char ne porte l’écu du 21e BCC sauf le Faucon de la 1ère section, et encore, d’un seul côté. Les marquages, lettres et chiffres semblent souvent être apposés sur des zones ayant reçu un voile de peinture camouflante appliquée au pistolet. L’instruction d’appliquer des cocardes visibles d’en haut a été diversement interprétée et l’on voit des cocardes peintes sur le tourelleau, et d’autres sur le glacis avant. Ce qui n’est pas photographié est donc extrapolé de ces données.

1ère section : Le Faucon ne semble pas être équipé de TSF. Il n’a pas d’écu sur le flanc bâbord de tourelle, et sur le flanc tribord, les marquages "V" et "1" sont plus clairs que l’écu et le nom d’animal. Teinte différente de ceux-ci ou bien peinture plus fraîche de ceux-là ? Fort probablement la deuxième hypothèse est elle la bonne.

2ème section : Nous n’avons aucune photo d’engins de la 2ème section montrant à coup sûr immatriculation et nom de totem. Nous avons attribué au 50809 qui a été pas mal photographié lui, mais jamais son nom, le titre de Grand-Duc car l’un des clichés montre le corps d’un des membres d’équipage étendu devant son char. L’historique du Régiment nous amène naturellement à la déduction qu’il ne peut s’agir que du Sgt Chauffour chef d’engin du Grand-Duc, mort au combat. Un cliché montre le char 50953 ayant le volet horizontal du pilote de guingois, et il porte une antenne. Nous en déduisons qu’il peut s’agir du Condor du Lieutenant Lesueur, car nous relevons cette phrase dans l’historique : "Au cours de ce premier contact, une pièce antichar allemande (…) ouvre le feu sur le char du Lieutenant Lesueur, arrachant au premier coup la charnière du volet du mécanicien… ".

3ème section : Nous n’avons en photos qu’un seul char de la 3ème section, et encore a-t-il complètement brûlé. Heureusement, ses marquages restent discernables, il s’agit du Gorille. Le nom des 2 autres est connu par l’organigramme inclus dans la notice rédigée par Christophe Marcille.

4ème section : Selon le même organigramme, c’est le Bourdon qui serait l’engin du chef de la 4ème Section. Nous n’en avons hélas qu'un seul cliché, et la Guêpe ayant porté une antenne radio, nous avons pris la liberté de lui attribuer ce rôle.

Commandant la Compagnie : La 3ème Compagnie est la seule où un char de commandant de Compagnie soit identifié. Il se nomme l’Aiglon et porte des marquages très particuliers : des chevrons supposés rouges, sur fond blanc, et en lieu de chiffre de Compagnie, la lettre "P", probablement la lettre initiale de cet officier, le capitaine Pierre Perrat.

Les barres vertes symbolisent le dispositif porte-fascines

Nous savons que deux chars de la Compagnie d’Echelon ont été rattachés à la 3ème Compagnie. Nous connaissons deux clichés du Taon. Il porte ce que l’on pense être les restes d’un dispositif porte-fascines. Ce dispositif a été testé au cours de l’hiver 1939-1940, et l’on en voit les vestiges sur des R 35 de nombreux bataillons. L’autre est le Gerfaut et nous n’en avons identifié aucun cliché, à moins qu’il ne s’agisse du R 35 jusqu’ici non identifié photographié près du présumé Condor, ce qui est plausible puisque l’on a vu que la 2ème Section du Lieutenant Lesueur a pu être recomplétée par un char se la Compagnie d’Echelon. Et le troisième qui pourrait appartenir à cette compagnie d’Echelon serait le Gibon (sic). L’artiste lettreur a effectivement écrit le nom du quadrumane avec une faute d’orthographe.

Ainsi qu’il a été dit, nous espérons pouvoir compléter, amender, rectifier l’Ordre de Bataille du 21e BCC et le lecteur est invité à apporter sa contribution à ce travail. Nous ne manquerons pas de publier les avancées significatives dans la connaissance de cet attachant Bataillon de Chars de Combat.

Remerciements :

Je tiens à remercier tout particulièrement Laurent Rochelle pour sa présence tout au long de la rédaction de cet article.

Merci aussi à Pascal Danjou, Laurent Lecocq, Christophe Marcille, Antoine Misner et Jean Claude Pionnier pour leur assistance morale et/ou matérielle.

bibliographie :

Trackstory N°4 Renault R35/R40 Editions du Barbotin 2005

Juin 1940-Le mois maudit Roger Bruge Fayard 1980

Minitracks N°8-2 1er semestre 2009

GBM N° 89 4eme trimestre 2009.

Historique de la 2eme Compagnie du 1er BCC. Patrick Binet et Erik Barbanson PBCO Editions 2009.

Site à consulter :

http://www.atf40.fr/ATF40/