1944  2e REGIMENT DE CHASSEURS D'AFRIQUE

 

Souvenirs du Maréchal des Logis Georges Dépollier


Chef de char du MARENGO

 

Campagne de France 1944 – 1945

31.8.1944
Embarquement du matériel au port d'Oran.

2.9.1944
On quitte le port de Mers-el-Kébir pour Oran. A 2 heures, on quitte l'Afrique.

6 au 9.9.1944
On est en mer. Au large de la Sardaigne on écope d'une tempête. Les chaînes qui amarraient les chars sautent. Il faut que d'autres LST viennent se mettre au plus près pour couper les vagues. II faudra tout réamarrer, le lendemain le calme est revenu.

9.9.1944
On arrive sur une plage de France dans les parages de Saint-Tropez. plage de la Nartelle. On voit que des combats ont eu lieu, les maisons sont trouées, démolies. Sur la plage, trois chars et un avion détruits.

10.9.1944
A 2 heures on débarque, on se rend entre Gassin et La Croix. De grosses batteries allemandes ont été abandonnées.

11.9.1944
On quitte le bivouac. Itinéraire : Cogolin, Grimaud, Le Luc, Flassans sur Issole, Brignoles (bivouac), Tourves, Saint Maximin, Pourrières, Rousset. Direction Air en Provence.

12.9.1944
Rousset, Chateauneuf le Rouge, Aix en Provence, Saint Cannat, Lambesc, Senas, Orgon, Saint Andiol, Montfavet, Le Pontet, Sorgues.

13.9.1944
Sorgues, Courthézon, Orange, Piolenc, Mornas, Mondragon, Lapalud, Pierrelatte, Donzère, Montélimar, Loriol, Livron.

14.9.1944
Livron, Francey, Valence, Pont-de-l'Isère, Tain l’Hermitage, Saint Vallier, Saint Rambert d'Albon, Pont de Pessau, Serrières, Condrieu, Ampuis.

15.9.1944
Repos.

16.9.1944
Ampuis, Givors, Briguais, CV 42, Tassin-la-Demi-Lune, Ecully, Champagne, RN 6, Lisieu, Anse, Villefranche, Belleville, Pontauvaux.

17.9.1944
Repos à Prissé jusqu'au 19.

20.9.1944
Défilé à Macon.

21.9.1944
Macon, RN 6, Tournas, Sennecey, Chalon, Chagny, RN 74, Nuits-Saint-Georges, Vougeot, Morey, Chambolle.

22.9.1944
RN 5, Auxonne, CD 20, CD 12 par Tizme, Cromary, Gy, Joncourt, Grondé en Vérez.

24.9.1944
Noidans, Raze, Vaivre, Vesoul, Frotey, Calbantier, Pomoy, Amblan, Lure.

25.9.1944
On est en position défensive.

28.9.1944
Le 3ème escadron monte à l'attaque sur Fresse, le col de la Chevestraie. La bagarre est dure, l'adjudant Beliot est tué, le MdLC Darme, Ruiz, Feauet, Lecke aussi. Seitz, Canadas, Rodriguez, Nataly, Desjardin, Martin sont blessés.

3.10.1944
On quitte Lure pour Servance.

4.10.1944
On est au contact.

5.10.1944
Tir indirect sur les position allemandes.

7.10.1944
On reçoit un arrosage copieux d'obus qui ne nous font pas de blessés mais me détruisent tout mon matériel de toilette, linge.

8.10.1944
Terrier est légèrement blessé à la tête par un éclat.

14.10.1944
On fait mouvement à La Corbière pour repos.

15.10.1944
On apprend l'accident de Nicot.

21.10.1944
On part de La Corbière pour le col du Mesnil. Itinéraire : Bouchotte, Faucogney, Rupt, Ramonchamp, Remiremont, Vagney, Zinviller, Thiéfosse, Saulxures, Travexin. Le col du Mesnil.

22.10.1944
On reste toute la journée dans les chars pour ne pas être repérés. Le soir on va prendre position dans une carrière.

24.10.1944
On quitte la position pour Thiéfosse.

25.10.1944
On descend au repos. Itinéraire : Remiremont, CD 23, Val d'Ajol. Saint Coup, Conflans, Meurcourt, Vélarcey. R.A.S. jusqu'au 15 novembre.

15.11.1944
Alerte. On part pour Vellevaux. Itinéraire : Meurcourt, Saulx les Vesouls, Erotay, Quincey, Villersexel, Baume-les-Dames, Pont-les-Moulins, Passavant, Vandevillers, Vellevaux, Tournedos. On repart une heure après avec le 3ème peloton pour remplacer un char en panne. On attaque avec le premier peloton. D'Ecot en direction de Berche. Le char DENAIN est mis en flammes, l'équipage est indemne.

16.11.1944
Le soir on couche à Ecot. Les morts allemands emplissent le patelin. Ce n'est guère beau à voir.

17.11.1944
On réintègre le 2ème peloton. On attaque et nous arrivons sans encombre à la côte 421 en vue de Voujeaucourt et Berche. L'objectif est atteint.

18.11.1944
A 2 heures du matin on part pour Blamont. Itinéraire : Sud de Vilars, Gour, Doublin, Pont de Roide, Blamont. On fait les pleins et on repart pour Croix. Itinéraire : Clay, Mesliers, Abbevillers, Croix. Tout ceci s'est effectué par un froid de canard. On a eu la pluie, la neige, on a couché dans un bois, on était morts de froid.

19.11.1944
Itinéraire : Croix, Saint Dizier, Delle, paverais. Courtelevant, Seppois, Oberdorf, Grentzingen,Yllers, Hundsbach, Jettingen, Helfranzkirch, Bartenheim, Roseau. Le groupement se porte sur Delle et Courtelevant, sur Seppois où il livre un court mais brutal combat. puis il continue sur Bisel où il rencontre à nouveau une vive résistance qu'il réduit.
Sans attendre le nettoyage de cette localité il continue sa marche sans désemparer, semant la panique parmi les éléments ennemis éparpillés sur son itinéraire. C'est avec tous ses phares allumés que le groupement Gardy, peloton de Loisy en tête, atteint le Rhin à Roseau. Il est 17h30. Dans la nuit tombante les habitants surpris regardent avec étonnement passer cette colonne blindée.
Lorsqu'ils s'aperçoivent que ce sont des chars français ils manifestent une joie délirante et font au détachement un accueil inoubliable. C'était le 19 novembre 1944 que le peloton de Loisy de l'escadron de Lambilly a atteint le Rhin, 1er de l'armée française pour la plus grande gloire du 2ème R.C.A.

20.11.1944
Le groupement prend immédiatement la direction de Mulhouse . Après une vigoureuse action sur les lisières des faubourgs Sud de Mulhouse pénètre dans l'agglomération peloton Coquard en tête. La nuit tombe et il est difficile de conserver une bonne direction. Heureusement un courageux F.F.I. alsacien, Arthur Brobst, s'offre comme guide. Le groupement atteint le canal du Rhône au Rhin aux abords de la gare centrale et met la main sur le pont d’Altkirch intact. commandant Gardy installe son PC dans l'ancienne poste militaire allemande dont le personnel surpris vient de décamper. Le char PRAGUE de l'escadron de Lambilly est allé dans la nuit reconnaître les ponts sur le canal à proximité de la gare. Au moment où il s'engage sur le pont intact, le pont saute et le char tombe de cinq mètres de hauteur dans le canal. Le conducteur est tué et les autres membres de l'équipage sont rescapés par miracle. La nuit se passe sans incidents.

21.11.1944
Le groupement Gardy, peloton de Loisy en tête fait irruption dans Mulhouse au lever du jour. II traverse la ville très rapidement du Sud au Nord et se porte vers les ponts sur la Doller qu'il prend intacts. Au cours de cette progression il attaque à la mitrailleuse des détachements allemands complètement surpris et les décime. L'ennemi retranché dans les bâtiments militaires prend sous son feu ceux qui tentent de s'approcher. Le chef d'escadron Gardy passant devant la Caserne Coehorn en half-track est pris sous une rafale de balles incendiaires. Le véhicule prend feu le commandant est blessé d'une balle dans la jambe et deux chasseurs sont atteints. Au pont sur le canal de décharge, le char du lieutenant de Loisy reçoit un coup de panzerfaust qui lui coupe une chenille. Le tireur allemand est décapité par un obus. Le char est rapidement réparé grâce à l'équipage du RIVOLI (MdLC Laroche) qui prête la main tandis que je surveille le pont avec le MARENGO. Réparation terminée nous poursuivons notre avance jusqu'à Kingersheim où le commandant nous fait stopper et revenir au pont de la Doller que je serai seul à garder. Le F.F.I. qui m'a servi de guide et qui a été blessé lors d'un tir sur la caserne Coehorn par le recul du 75 passe sur l’AUSTERLITZ du lieutenant de Loisy avec qui il continuera de servir de guide.
A midi je suis relevé au pont sur la Doller pour aller attaquer les arrières de Coehorn et surtout empêcher les allemands de sortir. Là je suis blessé et soigné par les hommes du commandant Gardy avec les moyens dont nous disposions (pansement individuel). Je reprends le commandement de mon char et ce n'est que le soir que n'en pouvant plus une Jeep vient me chercher pour me conduire à l'infirmerie et ensuite à l'hôpital, le bras et l'épaule traversés par balle et éclats.

22.10.1944
A L'hôpital ce sont des médecins allemands qui pratiquement ne s'occupent pas de nous. L'hôpital subit un tir de mortier allemand, les vitres volent en éclats, je reste dans mon lit ne voulant pas être descendu aux sous-sols.

23.11.1944
On nous charge dans des G.M.C., d'autres en ambulance pour partir en direction de Belfort. Hélas nous sommes obligés de nous réfugier dans ce qui devait être un préventorium car une colonne de S.S. qui cherche à rejoindre l’Allemagne nous empêche de continuer. Refoulés par la Suisse, ils retournent dans les Vosges et il faudra attendre le 25 novembre pour regagner Belfort qui vient de tomber aux mains des français. Les hôpitaux sont pleins à craquer. On nous sert un thé chaud, on nous change de véhicule et nous voilà repartis pour Besançon.

26.11.1944
Je passe la visite. Je suis radiographié l'après-midi, j'ai un éclat dans le bras et un plus petit dans l'épaule.

28.11.1944
A 11h30 je suis opéré par le docteur Gozland. R.A. S.

29.11.1944
J'apprends par le MdL Fromont également blessé que le lieutenant Jean de Loisy a été tué, que son conducteur gravement blessé est ici aussi et mourra peu après. Seul l'aide conducteur Bévillon s'en est sorti. C'est pour moi une très grave perte.

29.1.1945
Je pars pour rejoindre le 2ème R. C.A. en Alsace, convalescence suspendue (attaque de von Rundstett dans les Ardennes). Le voyage ne sera pas fait sans péripéties car les trains sont bondés, heureusement que le fourgon bagages peut en dépanner quelques-uns et ce n'est que le 6 février que j'arrive au PC du 4ème escadron où je retrouve mon équipage qui a pour chef de char un camarade d'École Supérieure le MdL Alfred Désaire. Comme après la visite médicale je suis déclaré exempt de service et aux soins, mes blessures n'étant pas cicatrisées, le capitaine de Lambilly ne me redonne pas de char. Je participe néanmoins en tant que volontaire à la liquidation de la poche de Colmar avec le half-track de dépannage. L'escadron descend au repos à Gandolsheim. Je suis envoyé à l'école des cadres de Rouffach. A la visite médicale je suis reconnu inapte et renvoyé au corps avec un mois de repos au corps. A ne rien faire on s'ennuie et j'accepte la proposition du capitaine de faire l'instruction des jeunes qui se sont engagés volontaires voici peu de temps.

3.4.1945
L'escadron quitte Gandolsheim pour Colmar.

9.4.1945
Je suis envoyé à Belfort pour ramener des chars qui vont remplacer ceux qui ont été détruits. Je rejoins l'escadron à Obernai.

11.4.1945
On quitte Obernai en direction de l'Allemagne.

12.4.1945
Itinéraire : Obernai, Molsheim, Mutzig, Strasbourg, Brumath, Haguenau, Soultz. Wissembourg, Kandel, Offenbach, Cartheim. Vestheim, Pont de Guemersheim, Karlsruhe. A Strasbourg un pont de bois s'est effondré sous le poids de mon char et nous avons chuté dans le lit d'un canal. Pas de mal de personne mais il faudra 2 wreckers et 1 recovery (M 31) pour nous tirer de ce mauvais pas. Nous avons perdu une journée et il a fallu mettre les bouchées doubles pour rejoindre de nuit.

13.4.1945
Rastatt, Maggenstheim, Oos. Zinzen, Haudbach, Buhl. Achenau.

14.4.1945
Sutzbach, Waggsut, Renchen, Erlach, Appenweier.

15.4.1945
Offenburg. Au cours de ce périple, étant char de pointe, j'ai du détruire une arme antichar (75mm PAK) pour que l'escadron puisse poursuivre sa route. C'était à Renchen. Au cours d'un engagement un obus a décapité un chêne sous lequel j'étais camouflé. Une énorme branche est tombée sur le canon et m'a fait sauter les pignons d'entraînement de la tourelle.

16.4.1945
Mon char étant pratiquement inopérant, j'étais en queue de peloton quand le MdL Vial (M 4 SAINT GERARD) a reçu une balle qui lui a traversé le poignet. Il a du quitter le char et sur ordre du capitaine je suis allé le remplacer comme char de pointe.

17.4.1945
A Hasbach, étant char de pointe, je tombe sur un blockhaus, un obus et le canon allemand est détruit mais un peu après, arrivé à hauteur du blockhaus, je saute sur un barrage de mines. Tout le train de roulement côté gauche est pulvérisé, le char se couche dans le fossé. Nous devons tuer des tireurs camouflés pour pouvoir ensuite faire prisonniers les gars du blockhaus (15 personnes) et nous n'étions que cinq. Le peloton d'attaque a été relevé et remplacé et au village suivant, c'est le char du MdLC Coquilleau qui est atteint et son chef gravement blessé. Nous attendrons jusqu'au soir avant d'être tiré de cet endroit et conduit à la caserne de Freiburg où deux chars (MdL Augy et BC Weingartner) nous attendent, leurs chars étant comme le mien, « Foutus ». Je rentre au GERD où je reste jusqu'au 26 avril.

26.4.1945
Ayant récupéré une petite voiture DKW, 2 cylindres, 2 temps, je pars avec le MdL Augy pour rejoindre l'escadron et le lendemain avec la camionnette Hansa Lloyd je vais récupérer les deux équipages qui ne servent à rien à Freiburg et le 30 on arrive à destination à Wurzach.

1.5.1945
On va relever le MdLC Missey à Herbertingen.

4.5.1945
On rentre au GERD à Schussenried.

6.5.1945
Je me rends à l'escadron à moto chercher le courrier.

12.5.1945
On quitte le bivouac avec les chars, on couche à Offenburg.

13.5.1945
On quitte Offenburg pour Strasbourg où on laisse le matériel.

17.5.1945.
On quitte Strasbourg pour Landau où j'apprends que je dois quitter le régiment pour rejoindre le 4ème Cuirassier avec d'autres camarades : Bohinaust, Weingartner, Morchaud, etc..
Encadrement de la nouvelle division en formation.

20.5.1945
On quitte l'Allemagne pour Strasbourg. Paris où nous restons une journée et Vendôme.

22.5.1945
Arrivée de nuit à Vendôme. Le lendemain, je présente le détachement au colonel qui à ma demande nous accorde 15 jours de permission.

15.6.1945
Je rentre au 1er Escadron où je suis chef de peloton au PHR. Je m'occupe en particulier du matériel roulant : camion, auto, moto, side-car. Je m'occupe également du ravitaillement, ce qui me permet d'être souvent de sortie. Je vais à Orléans où je retrouve le capitaine de Charnace, le MdLC Bersbod, Darman qui comme moi ont été versés à l'encadrement d'un autre régiment blindé. Je reste à Vendôme jusqu'en septembre.

7.9.1945
Le capitaine me conduit à Orléans où je suis démobilisé à compter du 20 septembre 1945. Je rentre en Haute Savoie.
Ma vie militaire est terminée.