Image                                                  HISTORIQUE des Combats de la
                                  
                                             4e DIVISION CUIRASSÉE

                                                                                           16 Mai - 25 Juin 1940

 

 

I INTRODUCTION
1°) CONSTITUTION DE LA DIVISION
La 4e D.C.r, s'est constituée sur le champ de bataille même.
Elle fut engagée dès le 17 Mai à l'aube dans une action de LAON sur MONTCORNET. Or l'Etat-Major de la Division venant de VESINET, s'installa à BRUYERES, au Sud de LAON, dans la nuit du 15 au 16. Les Bataillons de chars venus du Centre, du Sud, de l'Est, débarquent dans la journée du 16 et la nuit du 16 au 17, une compagnie de chars rejoindra son bataillon dans la journée du 17, en plein cours de l'action. Le 47ème Bataillon de Chasseurs portée est directement jeté du train dans la bataille.
La 4e D.C.r. s'est constituée peu à peu au cours même des combats.
Le 17 mai, elle ne possède encore que le gros de ses chars et le 4e B.C.P. Le 47e Bataillon de Chars B et le 44e Bataillon de Chars R 35 arrivent le 21 Mai, le 2e Groupe d'Escadron de chars Hotchkiss du 3e Cuirassiers, seulement la 25 Mai. Le 10e Cuirassiers, Régiment de découverte, rejoint dans la nuit du 17 au 18 Mai. Le 17 Mai, la Division est encore dépourvue de la majeure partie de ses éléments à pied et de son artillerie. Le 7e Régiment de Dragons Portés arrive en deux morceaux : le 1er Bataillon le 21, le 2e Bataillon le 24 Mai.
Le Tableau suivant concerne l'Artillerie Divisionnaire.

 
Unités Arrivée Départ Observations
322e R.A.T.T. - 1er Groupe 17/05/1940    
322e R.A.T.T. - 2e Groupe 17/05/1940    
10/80e B.D.A.C. 20/05/1940    
11/86e D.D.A.C. 20/05/1940    
Etat-Major - A.D. 23/05/1940    
1020e Bie du 404 D.C.A. 23/05/1940    
1er Gr. 305e R.A.T.T. (105) 23/05/1940 06/06/1940 Réparti à la R.G. D'art.
665e B.D.A.C. 25/05/1940    
51e Bie Anti-chars aut. 27/05/1940    
661e B.D.A.C. 28/05/1940    
 

Ainsi la constitution de la Division devait se poursuivre jusqu'à la fin Mai.

2°) ETAT DU MATERIEL
Les deux demi brigades de chars arrivent progressivement avec tous leurs moyens de combat. Le 3e Cuirassiers n'a aucun matériel de dépannage ou atelier de Corps, aucun moyen de ravitaillement en essence. Le 10e Cuirassiers est amputé de deux détachements de 3 A.M. mis le 16 Mai à disposition du Gouverneur de PARIS.
Les éléments à pied sont les plus mal dotés. Le 4e B.C.P. ne possède aucun matériel auto de combat, aucune des 5 A.M.D. prévues, aucune voiture T.T. de Commandement , seule la C.E. avait reçu depuis plusieurs jours ses voitures Latil à 4 roues motrices. Les motocyclettes Terrot sont plus des machines de liaison que de combat. Le Bataillon n'a pas de camion atelier et possède un seul camion de dépannage en mauvais état qu'il faudra abandonner dès les premières étapes.
Au 7e R.D.P. chaque bataillon est privé de son escadron d'A.M.R. Les caisses de bandes de mitrailleuses et d'obus de 81 mm manquent, les pourvoyeurs prendront des seaux dans les localités pour transporter les munitions sur la ligne de feu. Plusieurs canons de 25 mm n'ont pas leurs freins réglés et sont inutilisables. Les cuisines roulantes faisaient totalement défaut. Au 2e bataillon. une centaine d'hommes n'avaient pas touché de casque.
Enfin, à part les deux demi-brigades de chars, les Unités de la Division sont dépourvues de matériel de transmission. Aucune liaison par T.S.F. ne pourra être établie au cours des opérations entre ces unités et le P.C. de la Division.

3°) INSTRUCTION DU PERSONNEL

Dans beaucoup d'unités, l'instruction du personnel est demeurée très incomplète.
A la 6e demi-brigade. La 46e Bataillon, primitivement destiné à utiliser des chars légers venait d'être transformé en Bataillon B. L'instruction suffisante en ce qui concerne la technique pratique du Char était à peine ébauchée quant à son emploi. Le bataillon n'avait fait aucune évolution de compagnie, exécuté qu'un seul tir au 75.
Au 3e Cuirassiers, aucun des Lieutenants, frais émoulus de SAINT-CYR , n'avait jamais commandé un peloton blindé. Les Chefs de Chars, dans la proportion de 4 sur 5, provenaient de régiments hippomobiles Spahis, ils montaient dans un char pour la première fois ignorant tout de la conduite de celui-ci, de la vie et du tir sous tourelle. Les conducteurs, recrues de Novembre 1939 n'avaient jamais suivi d'instruction dans le cadre du groupe et du peloton. Sur 119 motocyclistes orienteurs ou agents de transmissions, à peu près tous manquaient. Dans ce Régiment hâtivement formé, les cadres n'avaient pas eu le temps de connaître leurs hommes et inversement.
Le 16 Mai 1940, le 3e Cuirassiers ne pouvait être considéré comme une Unité apte à être lancée le lendemain dans la Bataille.
Le 7e R.D.P était formé : moitié de jeunes recrues de 6 mois, moitié de récupérés de vieilles classes des Dépôts de Remonte et hôpitaux vétérinaires. Sauf de très rares exceptions, Officiers, gradés et hommes n'avaient servi jusqu'alors que dans des formations montées.

4°) COMMANDEMENT

Malgré toutes ces insuffisances en matériel, malgré l'inexpérience d'une grande partie des combattants, la Division devait se battre durant 45 jours de façon magnifique.
D'une part les hommes et les Chefs feront preuve d'un cran et d'un allant admirables. D'autre part, la Division sera commandée :
- du 16 Mai au 6 juin - par le Général DE GAULLE, qui quitta le Commandement de la Division pour devenir Sous-Secrétaire d'État à la Guerre (Chef d'Etat-Major : Lt-Colonel RIME-BRUNEAU, puis Commandant CHOMMEL).
- du 6 au 7 Juin - par le Colonel CHAUDESOLLE, Chef de l'A.D. (Chef d'Etat-Major : Commandant FAIVRE).
à partir du 7 Juin, par le Général de la FONT qui vient de rentrer de Belgique (Chef d'Etat-Major : Commandant FAIVRE).

5°) UTILISATION DE LA 4e D.C.r.

Au début, la 4e D.C.R. passe à l'offensive .
Dans la région de LAON, les 17 et 19 Mai elle attaque en direction de MONTCORNET et des ponts de la SERRE. pour arrêter l'avance allemande en direction de PARIS et de l'Ouest. Dans la Somme, elle attaque les 28 - 29 et 30 Mai pour réduire la tête de pont d'ABBEVILLE.
A partir du mois de Juin, durant la bataille et retraite de FRANCE. elle luttera défensivement.
D'une part, usée par les combats du mois de Mai, elle n'aura plus de force offensive suffisante. D'autre part, la pression ennemie de plus en plus dangereuse obligera la Division à de perpétuels engagements au profit des Grandes Unités, afin de les dégager, tenir le terrain et permettre leur décrochage.

II    LES OPERATIONS DEFENSIVES

I°) LES COMBATS AUTOUR DE LAON
A- Les combats de MONTCORNET
Le 17 Mai 1940 ; la Division attaque sur l'axe LAON - MONTCORNET afin de refouler l'ennemi de la Région de LAON vers le Nord et l'Est. Ce fût une opération profonde, menée sur un front restreint rapidement, au bénéfice de la 6e Armée.
Deux demi-brigades de chars y prennent part, la 6e demi-brigade de chars lourds (1 Bataillon de B et 1 Compagnie autonome D 2) sous la commandement du Lieutenant Colonel SUDRES, la 8e demi-brigade de chars légers (2e et 24e Bataillon de R 35) sous le commandement du Lieutenant-Colonel SIMONIN avec le soutien de l'infanterie du 4e B.C.P. (Commandant BERTRAND). La 6e demi-brigade doit fournir l'effort principal en progressant le long de la route de LAON MONTCORNET, la 8e Demi-brigade assurera la protection à l'Est tout en progressant dans la direction de LISLET.
La mise en place des unités se fait aux lisières Est de la forêt de SAMOUSSY, dans la nuit du 16 au 17. Le débouché a lieu à 4h15. Peu après, 6 chars B s'enlisent dans une zone marécageuse, le temps ayant manqué pour reconnaître le terrain ; 5 pourront être récupérés dans la soirée. Les chars réduisent des îlots ennemis peu nombreux mais résistants, installés dans les vergers des villages de CHIVRES, de BUCY, dans les boqueteaux de la VILLE aux BOIS.
Dans l'après midi, les chars pénètrent dans LISLET et MONTCORNET après avoir détruit de nombreuses armes anti-chars très bien camouflées et souffert de mines posées sur la chaussée.
Mais le 4e B.C.P. débarqué dans la matinée, doit quitter ses chars assez loin de la zone du feu et ne peut suivre les chars qu'avec un assez long retard. De plus, le flanc gauche de la Division est découvert au Nord Ouest et des auto-mitrailleuses ennemies, des troupes transportées en camions, une poussière d'éléments motorisés à chefs entreprenants, avançant dans toutes les directions libres, agissant derrière les derniers échelons de chars, cherchent à atteindre les éléments du 4e B.C.P. et les P.C. Ces actions ennemies obligent à un constant nettoyage par chars et infanterie.
La nuit vient, l'infanterie manque pour tenir MONTCORNET et LISLET. Les chars subissent une violente attaque aérienne. Le Colonel DE GAULLE décide de regrouper la Division dans la région à l'Ouest de la ligne CHIVRES - SISSONNE. Le 4e B.C.P. assure la couverture du mouvement en tenant les passages du canal d'assèchement de PIERREFONT à SISSONNE.
b) Les combats de la Serre et de Laon (19 Mai)
Le gros des forces ennemies, au lieu de diriger sur PARIS marche d'Est en Ouest, suivant l'axe MARLES - LA FERE. La 4e D.C.r. reçoit la mission de l'attaquer dans son flanc, suivant la direction générale LAON - CRECY-sur-SERRE - PARGNY les BOIS.
L'opération est menée par trois groupements, constitués respectivement d'Ouest en Est par les chars SOMUA du 3e Cuirassiers, la 6e et 8e Demi-brigades qui reçoivent pour objectifs :
1) Ruisseau de CHERY les POUILLY - Moulin de BARENTON,
2) Ponts de la Serre de CRECY à MORTIERS,
3) Éventuellement , la ligne MONTIGNY sur CRECY - PARGNY les BOIS, lisière Sud du bois de PARGNY.
La couverture est assurée par le 10e Cuirassiers régiment de découverte (sous les ordres du Lieutenant Colonel HAM) et par deux compagnies du 4e B.C.P. qui occupent CHAMBRY et gardent les ponts sur le ruisseau de BARENTON, les autres compagnies en réserve.
Les chars atteignent la ligne de la SERRE, mais ne peuvent la dépasser. Ils sont en butte au tir très ajusté et meurtrier d'armes anti-chars. Les ponts sur la rivière sont minés. Au début de la matinée, un avion de reconnaissance ennemi a survolé les chars. Dès lors les bombardements par avion, qui opèrent en piqué se succèdent sans interruption. Les Chars en souffrent peu mais il en résulte une dispersion qui rend difficile le commandement des unités.
Le Colonel de GAULLE décide de regrouper la Division au Sud Est de LAON dans la région de LAVAL MONTCHALONS, VORGES, CHAMOUILLE.
Durant toute la journée, des éléments légers ennemis, flanc-gardes des colonnes qui, au bord de la SERRE, marchent vers l'Ouest attaquent le flanc et les arrières de la Division. Le 4e B.C.P. encerclé dans CHAMBRY, se dégage à grand peine avec l'aide du 10e Cuirassiers. Dans la nuit du 19 au 20, la pression ennemie s'accentue au Nord et à l'Est.
Le Colonel de GAULLE décide de reporter la Division au Sud de l'Aisne dans la zone : JONCHERY, MURVILLE, ARCIE le PONSART, FAVEROLLES, en utilisant les couloirs d'URCEL - CHAVIGNON, VAILLY - BRAISNE et celui de BRUYERE - VANDRESSE - FISMES. Le 10e Cuirassiers renforcé d'un bataillon de chars R 35 couvre le mouvement. En raison des nombreuses infiltrations ennemies, chaque Unité doit se couvrir pour son propre compte et soutenir une série d'escarmouches. C'est une véritable guérilla où l'emportent l'esprit d'initiative et le courage réfléchi. Les unités du Train sont attaquées sur le plateau de CRAONNE et éprouvent des portes importantes en personnel et matériel. Les troupes franchissent l'Aisne dans de bonnes conditions durant la matinée. Le dégagement de l'arrière-garde, cernée à FESTIEUX, fut extrêmement pénible. Le Colonel donne ordre aux médecins de rester aux chevets des nombreux blessés et, sous la protection des Chars, il tente une sortie, réussit à bousculer l'ennemi et à rejoindre l'AISNE dans l'après-midi du 20 Mai. Le 19 mai à 24 heures, le 10e Cuirassiers disposait encore de 35 A.M.D. Il n'en possédait plus que 11 le 20 Mai au soir.
Les combats dans la région de LAON des 17 et 18 Mai ont causé à la Division de grandes pertes en matériel. Mais la 4e D.C.r. en a également infligé de très lourdes à l'ennemi, elle a arrêté sa progression en direction du S.O. ralenti sa marche en direction de l'Ouest et permis aux troupes françaises de s'installer solidement sur la ligne de l'AISNE.
2°) LES COMBATS AU SUD d'ABBEVILLE (29 - 30 Mai)
Du 22 au 24 Mai, la 4e D.C.r. se déplace de l'AISNE à la SOMME, de la région de FISMES à celle d'AMIENS, de la VIe à la VIIe ARMEE. Le Haut Commandement envisage de l'engager d'abord à l'Est d'AMIENS en corrélation d'une attaque de l'Armée du Nord partie d'ARRAS, puis au Sud d'AMIENS pour réduire la tête de pont. Finalement, le 27 Mai, il décide de lancer la 4e D.C.r. sur les positions tenues par l'ennemi au Sud d'ABBEVILLE.
La Division reçoit en renfort le 22e R.I.C. et l'Artillerie de la 2e D.L.C. Le Général DE GAULLE décide de faire effort sur l'Axe : LIMEUX - VILLERS sur MAREUIL - Mont de CAUBERT - Camp de CÉSAR - tandis que le 3e D.L.C. à gauche exploitera l'avance de la 4e D.C.r. sur la gauche en direction de CAMBRON.
La base de départ est jalonnée par SAINT-MAXENT en VIMEUX, WARCHEVILLE, LIMEUX, les lisières Nord du bois de BAILLEUL - côte 104 - bois des HETRON - bois de FRECHANCOURT, le deuxième par BIENFAY, MESNIL TROIS FOETUS - Camp de CÉSAR et, sur la droite les marais de la SOMME. Une préparation d'Artillerie de 15 minutes précédera le débouché de la base de départ. L'attaque décidée pour 17 heures, part avec un retard de 30 minutes à 1 heure selon les unités, dû au long trajet que les chars ont du parcourir pour se mettre en place. La préparation d'Artillerie doit se prolonger. Les Chars précédent l'Infanterie. A l'Ouest, la 6e Demi-brigade entraîne le 4e B.C.P. à l'attaque de HUPPY et de la cote 104, au centre la 8e Demi-brigade entraîne le 22e R.I.C. en direction de la crête de LIMEUX, de CAMBRON et de HUCHENNEVILLE, à droite le 3e Cuirassiers aide l'action du 7e R.D.P. commandé par le Lieutenant-Colonel de LONGUEMARD, vers le Bois de FRECHANCOURT et les rives de la Somme.
A la nuit le premier objectif est atteint malgré une défense anti-chars très nourrie et une forte résistance à HUPPY et à HUCHENNEVILLE. Mais l'heure d'attaque trop tardive ne permet pas d'exploiter la surprise de l'ennemi et le succès de l'attaque. De plus les effectifs d'Infanterie sont trop faibles sur ce front de 15 kilomètres pour attaquer, nettoyer, défendre et organiser les positions.
Le 29 à 4 heures du matin, l'avance reprend en direction du Mont de CAUBERT et la vallée de le Somme à l'Est. Grâce au temps couvert, l'activité de l'aviation ennemie est faible, mais la Division se heurte au feu d'armes automatiques, à des tirs de barrage de 105 et surtout à une défense anti-chars très étoffée, très bien organisée, sans aucun doute renforcée au cours de la nuit. La Division atteint sensiblement le 2e Objectif, sans pouvoir toutefois prendre pied sur le Mont de CAUBERT.
Mais sur la gauche, les éléments de la 2e D.L.C. avancent trop lentement en direction de CAMBRON. Au cours de l'après midi les Allemands contre-attaquent dans le bois de VILLERS contre le 4e B.C.P. et le 22e R.I.C. et en direction de MIANNAY et MOYENNEVILLE. Le 10e Cuirassiers, renforcé par un bataillon du 7e R.D.P. arrêtent l'ennemi.
Le 30 Mai, malgré la fatigue et les pertes la Division tente un nouvel effort pour réduire les élément ennemis qui tiennent encore au Sud de la Somme. Le Colonel DE GAULLE décide de porter son effort sur la gauche, sur l'axe : MOYENNEVILLE - CAMBRON afin de déborder le mont de CAUBERT fortement organisé. L'attaque sera menée par le 10e Cuirassiers renforcé du 2e Bataillon du 7e R.D.P., des chars SOMUA et HOTCHKISS du 3e Cuirassiers. Au Centre, le 4e B.C.P. avec les chars de la 6e demi-brigade attaquera MESNIL TROIS FOETUS et YONVAL. Le 22e R.I.C. et la 8e demi-brigade progresseront sur les pentes Ouest du Mont de CAUBERT. Le 1er Bataillon du 7e R.D.P. tiendra les rives de la SOMME déjà atteintes. L'attaque sera appuyée par l'artillerie et l'aviation de bombardement. A L'Ouest la 5e D.L.C. et les Britanniques tacheront d'avancer jusqu'à la Somme. Heure de l'attaque : 17 heures.
Au début avance générale, mais bientôt des canons anti-chars fort bien camouflés sur le Mont de CAUBERT et la route de MIANNAY à CAMBRON stoppent l'avance des chars qui éprouvent de grandes pertes. Des barrages violents de 105 arrêtent l'Infanterie.
Vers 20 heures, les allemands contre-attaquent sur notre gauche, dont les éléments reviennent à leur base de départ BIENFAY et MOYENNEVILLE
Le lendemain 30 Mai, une Division Britannique relève la 4e D.C.R. ramenée à l' arrière dans la région de MARSEILLE en BEAUVAISIS. L'Artillerie reste sur place trois jours encore pour appuyer de nouvelles attaques.
Certes, la 4e D.C.R. n'a pu supprimer la tête de pont au Sud d'ABBEVILLE, mais elle l'a réduite considérablement, si bien quelle ne pouvait plus servir efficacement de base de départ.
Certes, la 4e D.C.R. a subi des pertes lourdes en hommes et matériel, mais elle a détruit de nombreuses armes anti-chars par son artillerie, elle a décimé la 57e Division Allemande. Elle a capturé des prisonniers et un matériel important.
III - LES OPÉRATIONS DÉFENSIVES
LA RETRAITE DE FRANCE (4 - 25 Juin 1940)
Le 4 Juin 1940, quand se déclenche l'attaque allemande sur la SOMME, la 4e Division Cuirassée est stationnée au Nord de BEAUVAIS.
Trois jours de dur combat dans la région de LAON, les marches et contre-marches, de l'AISNE à la SOMME, l'attaque au Sud d'AMIENS et surtout les trois jours de combat pour réduire la tête de pont d'ABBEVILLE l'ont considérablement usée. Les tableaux suivants en font foi.
1°) Chars de la 4e D.C.r.

Unités Dotation Normale Disponibles le 5 Juin
46e B.C.C. ( Chars B1 bis) 33 3
47e B.C.C.           "
33 5
Total chars B 66 8
2e B.C.C (Chars R 35) 45 3
24e B.C.C.      " 45 3
44e B.C.C.      " 45 22
Total chars R 35 135 28
19e B.C.C. (Chars D 2) 45 14
3e Cuirassiers - SOMUA S 35 H 35 40 + 40 2 + 11
10e Cuirassiers - A.M.D. P 178 48 10
 

Comme tout renfort la Division ne recevra que 10 Chars B et une compagnie qui rejoint avec un seul char. Elle récupérera quelques chars provenant d'un P.E.D.
2°) Effectifs de 3 Unités typiques

 
Unités Officiers S/Officiers H. de Troupe Total
6e demi-brigade de chars 16 Mai 89 183 1221 1473
5 Juin 78 147 1047 1272
10e Cuirassiers 16 Mai 35 139 763 937
5 Juin 18 45 213 276
4e Bataillon de chasseurs portés 16 Mai 27 118 831 976
15 Juin 15 89 464 568
 

La 4e D.C.r. se trouvera constamment prise entre deux nécessités.
1°) se refaire pour récupérer une force offensive
2°) contenir la pression ennemie, rétablir la situation des corps d'Armée et des Armées dans le territoire desquelles elle se trouvait.
La deuxième l'emportera sans cesse. La Division luttera jusqu'à l'extrême limite de ses forces au profit du G.A.3 des Xe et VIIe Armées, de l'Armée de PARIS ; des Xe et XXVe C.A. Elle couvrira la retraite des Armées.

LES COMBATS DU NORD DE LA SEINE (8 - 10 JUIN)

Sur l'ordre du G.A. 3, la Division se porte dans la nuit du 7 au 8 Juin, au Nord de BEAUVAIS, pour agir contre les formations blindées qui, d'une part, foncent vers ROUEN, et d'autre part, menacent BEAUVAIS et la direction de PARIS.
Contenu devant BEAUVAIS, l'ennemi progresse rapidement vers la Basse-Seine à l'Ouest, vers l'Oise à l'Est. Pour ne pas être débordées les Armées doivent battre en retraite vers la Seine. La 4e D.C.r. couvre vers l'Ouest le mouvement du XXVe C.A.
Le 9 Juin, le 10e Cuirassiers pousse vers GOURNAY et GISORS des reconnaissances qui entrent en contact avec l'ennemi glissant vers le Sud-Ouest. Les Chars de la 8e demi-brigade et le 4e B.C.P. prennent part à de vifs combats de décrochage dans la région de ON en BRAY. Facilement contenu de face, l'ennemi tente de déborder nos éléments par les flancs.
Dans ces engagements, les allemands révèlent une tactique qu'il répéteront maintes fois dans la suite, ils prennent le contact avec des motocyclistes, A.F. ou troupes en camions, une fusée verte avertit de la présence des chars. Des armes anti-chars sont poussées, placées et camouflées avec une rapidité et une habileté remarquables.
Le 10 Juin tandis que le gros de la Division passe la Seine au pont de POISSY, un groupement mixte (8e Demi-brigade, 4e B.C.P., 1 batterie de 47) aux ordres du Lieutenant Colonel SIMONIN, couvre au Nord de la Seine, la gauche du XXVe C.A. installé défensivement sur la ligne US - VILLENEUVE, PUISEUX, VRIGNY, il protège la retraite de la 85e D.I. vers l'OISE et la mise en place du IIe R.T.T. sur le massif de l'HAUTIL.
A partir de 9 heures, le groupement est fortement accroché. L'ennemi prend contact avec des A.M., des motocyclettes et des cavaliers, il simule une attaque de front avec une préparation de mortiers, de 77 et de 105 et action immédiate des anti-chars sur nos chars légers, mais il déborde par les deux ailes vers US et VRIGNY, des fantassins et des cavaliers occupent l'arrière de nos positions, le repli de nos postes doit se faire sous les feux de face et de flanc. Le Groupement SIMONIN ne se repliera qu'à partir de 17 heures après entente avec le Général Commandant la 85e D.I.
Des éléments du 4e B.C.P. attendent la nuit pour traverser les lignes ennemies.
Les chasseurs et les Dragons portés, soutenus par l'Artillerie défendent les rives Sud du fleuve jusqu'à leur relève par le XXVe C.A. le 11 Juin au matin.
2°) LES COMBATS DE LA LOIRE (12 - 19 Juin)
Le 12 Juin, la 4e D.C.r. est mise, par l'Armée de PARIS, à la disposition du Xe C.A. qui doit interdire la franchissement de la Seine de MANTES à BONNIERES et couvrir le flanc gauche de l'Armée menacé par les forces allemandes débouchant de VERNON. La 4e D.C.r. reçoit mission de contre attaquer entre VIRE et EURE.
Mais dans la nuit du 12 au 13, l'Armée de PARIS menacée d'encerclement aussi bien à l'Est qu'à l'Ouest, décide d'abandonner le défense de la Capitale et de se replier vers le Sud. La 4e D.C.r. couvrira la gauche de l'Armée sur l'Axe : Lisières Ouest Forêt de Rambouillet - Lisière Ouest forêt d'ORLEANS.
Le général de la FONT articule la Division en 3 groupements mixtes :
- Groupement SUDRE
6e demi-brigade de chars
4e B.C.P.
1 batterie de 75
Éléments de 47 et de 25 D.C.A.
- Groupement SIMONIN
8e demi-brigade de chars
1 Bataillon du 7e R.D.P.
1 batterie de 75
Éléments de 47 et 25 D.C.A.
- Groupement LONGUEMAR
1 Bataillon du 7e R.D.P.
3e Cuirassiers
1 batterie de 47
Le 10e Cuirassiers, avec ses dernières A.M. et ses dernières motos, continuera sa mission journalière. Grâce à lui, le Commandement sera constamment renseigné sur l'ennemi et celui-ci sera durement éprouvé.
Quant aux éléments lourds et non combattants, ils sont groupée en une "base arrière" véritable usine de ravitaillement et de réparations. La "Base arrière" stationnera à 20 ou 30 km en arrière des unités combattantes et synchronisera avec elles ses déplacements.
Le 15 Juin, sur ordre de l'Armée de Paris, la 4e D.C.r. tient le nœud routier de CHARTRES et interdit la directions d'ORLEANS et CHATEAUDUN.
Elle aide le 4e Zouaves à se dégager au Nord?Ouest de CHARTRES. L'ennemi manifeste une grande activité aérienne, de plus en plus violente au cours de la journée. A 20 heures, une batterie de 25 est mitraillée au sol par des avions volent à 20 mètres, la batterie ne cesse de tirer et a deux blessés graves.
Le 16 Juin, un trou se produit dans le dispositif du Xe C.A. les Allemands en profitent et poussent leurs engins blindés et leurs colonnes motorisées jusque dans la région de PARAY, BOISVILLE , LOUVILLE, ANGERVILLE, l'escadron DELARUE est durement accroché à BERCHERES.
Le 17, la menace se précise, de plus, les allemands occupent ORLEANS et menacent de couper la retraite vers les ponts de la LOIRE. Le Xe C.A. décide de transporter ses troupes en camions et de passer le fleuve, la 4e D.C.r. doit assurer la couverture du mouvement. Le Groupement SIMONIN tient le pivot de BONNEVAL. Le Groupement de SUDRE défend la droite, dans la région d'ORGERES EN BEAUCE, il détruit plusieurs A.M. et pièces de 105. Le Groupement de LONGUEMAR pousse un escadron et une batterie de 47 au pont de BEAUGENCY, le reste se replie avec le 10e Cuirassiers et l'escadron DELARUE sur la CONIE.
Dans l'après midi la lenteur des embarquements de la 84e D.I. impose un temps d'arrêt à la retraite de la 4e D.C.r. Celle-ci fait front au Nord et à l'Est pour protéger la 84e D.I. malgré la menace d'une attaque allemande sur son flanc droit. Le groupement SUDRE doit repousser à VILLEMPUY, une colonne motorisée appuyée de violents tirs de 77 et 105.
Le 7e R.D.P. est dirigé sur BLOIS, le 4e B.C.P. sur MER pour renforcer la garde des ponts. Les demi-brigades se décrochent partir de 21 heures et passent la LOIRE sans incident au cours de la nuit.
Les 18 et I9 Juin, la 4e D.C.r. défend la coupure de la LOIRE.
Au sud d'ORLEANS, les détachements de la base, sous le commandement des Commandants PARIAT et GROTH, contiennent l'ennemi durent 48 heures.
A BEAUGENCY, l'ordre de faire sauter le pont est donné le 17 à 23 heures, après le passage des derniers éléments du 19e R.T.A. Mais la dispositif de mines de fonctionne pas. L'ennemi franchit le pont, bouscule les éléments du 7e R.D.P. et du 10e Cuirassiers qui se retranchent à 1 km au Sud du Pont.
Le Pont de MER saute parfaitement grâce aux mesures prises par le Colonel CHAUDESOLLES, Commandant l'A.D.
A BLOIS, une irruption d'A.M. et de motos ennemies est arrêtée par le feu des mitrailleuses. Le dispositif de mines fonctionne partiellement, un tir bien ajusté de 75 détermine de nouvelles explosions et la destruction du pont. Le Groupement SIMONIN reçoit la mission d'interdire la franchissement de la LOIRE dans la Région de Blois.
Le 19, une action de chars repousse des éléments infiltrés au Sud-ouest de la ville, et l'Artillerie détruit un équipage de pont déjà installé sur le fleuve.
Vers l'Est, en raison d'incursions allemandes en SOLOGNE, le groupement SUDRE, renforcé d'un bataillon du 7e R.D.P. barre la direction de BEAUGENCY et de NOEUNG en SOLOGNE, tandis que le 10e Cuirassiers multiplie les découvertes et les accrochages avec les éléments avancés de l'ennemi.
Le 19 Juin, les Allemands occupent au début de la matinée ROMORANTIN et SELLES sur CHER. Un Bataillon du 7e R.D.P. est rapidement poussé à SAINT-AIGNAN pour arrêter la progression ennemie dans la vallée du Cher. La 4e D.C.r. va se battre toute le journée pour aider au décrochage du Xe C.A. qui se replie au sud du CHER. Elle résiste en de multiples petits combats à la forte pression ennemie qui, de BEAUGENCY à SAINT-AIGNAN menace les lignes de retraite du C.A. Dans la soirée, la Division passe le CHER par les ponts de THESEE, BOURRE, MONTRICHARD.
3°) DE LA LOIRE A LA CHARENTE (19 - 25 Juin)
Inlassablement, la Division poursuit le combat contre l'envahisseur avec des forces réduites, mais une volonté tenace. Elle est sans cesse engagée : reconnaissances et combats d'automitrailleuses du 10e Cuirassiers, contre-attaques de chars des 6e et 8e demi-brigades, résistance acharnée du 4e B.C.P. et du 7e R.D.P.
Toujours au profit des autres unités, la division se bat le jour, retraite durant la nuit, travaille sans répit. La même tâche se renouvelle sur la LOIRE, au CHER, du CHER à l'INDRE, de l'INDRE à la CREUSE et à la CHARENTE : couvrir la retraite de l'Armée de PARIS, et du Xe C.A., assurer la soudure de l'Armée de PARIS avec la VIIe Armée au Nord des rivières, rétablir les situations compromises, permettre le décrochage des Divisions, protéger le passage des ponts, au sud, retarder leur franchissement par l'ennemi, se décrocher au dernier moment pour éviter l'encerclement.
Le 20 Juin, la Division, mise à la disposition du XXVe C.A. couvre sur la droite le repli de l'Armée de PARIS jusqu'à la coupure de l'INDRE. Dans la nuit, elle franchit l'INDRE par les ponts de LOCHES, PERRUSSON, SAINT-GERMAIN et se regroupe dans la zone BETZ le CHATEAU, ST-FLOVIER, forêt de SAINT-JULITTE.
Le 21 Juin, le XXVe C.A. ne peut tenir sur l'INDRE, la 4e D.C.r. couvre son repli, tout en assurant la soudure du 1er Corps qui se maintient encore sur la rivière. La 6e Demi-brigade subit dans la région de ST-FLOVIER une attaque par A.M. et un bombardement de 105. Un char D 2 à sa tourelle coincée, mais 4 A.M. allemandes sont détruites. La 6e Demi-brigade doit attendre la nuit pour se décrocher.
Le 22 Juin, la 4e D.C.r. couvre la droite du XXVe C.A., bouche l'intervalle entre le XXVe et le 1er C.A. dans la zone de contact entre l'Armée de PARIS et la VIIe Armée. Il assure le repli sur la CREUSE. L'ennemi cherche en vain à acculer la Division aux marais de la BRENNE. Un détachement du 10e Cuirassiers cerné dans PREUILLY sur CLAISE, se dégage grâce à une action de chars de la 6e Demi-brigade.
A partir du 23, l'Armée de PARlS et la VIIe Armée se replient loin vers le Sud, jusqu'à la ligne CHARENTE - VIENNE supérieure. La 4e D.C.r. et la 2e D.L.M. à sa gauche sont laissées en plein no man's land pour couvrir le décrochage des deux armées.
Le 24 Juin au matin, la Division est disposée face au Nord et à l'Est dans la zone : USSON DU POITOU - CHATEAU-GARNIER - MAUPREVOIR. Par suite du décrochage au cours de la nuit, de la 2e D.L.M., la 4e D.C.r. se trouve absolument seule dans l'espace. Une colonne ennemie descend de CIVRAY et de RUFFEC sur ANGOULEME qui est occupée à la fin de la matinée.
Au nord et à l'Est, la 9e Panzerdivision se montre très pressante et cherche à s'infiltrer en de multiples endroits. A USSON du POITOU les allemands arrivent par le Nord, surprenant le poste du B.C.P., s'emparant des moyens de transport du bataillon, ils sont arrêtés par les postes plus au Sud. Les deux compagnies engagées en tête de pont à l'Est du village peuvent se replier et faire face au Nord. Une compagnie de chars R 35 de la 6e Demi-Brigade arrive à la rescousse et éprouve le feu des armes anti-chars (un char détruit) ; le 4e B.C.P. se retire, partie à pied, partie sur les camions et chenillettes de la 6e Demi-brigade.
Dans l'après midi, la Division se replie en un premier bond dans la région de CHAMPAGNE - MOUTHON à CONFONANS - en un deuxième bond dans la zone de CHABANAIS à MONTABOEUF - PRESSIGNAN, à l'ouest de ROCHECHOUART. Elle est en butte à des attaques sur son flanc gauche à CHARROUX - CHAMPAGNE MOUTHON, SAINT CLAUDE et CHASSENEUL où le 10e Cuirassiers, avec ses dernières A.M. tient tête à de nombreux éléments ennemis. Mais la Division a permis l'embarquement des troupes de l'Armée de PARIS et de la VIIe Armée qui vont s'installer derrière la VEZERE.
Dans la nuit du 24 au 25, quand intervient l'Armistice, la 4e D.C.r. fait front vers le Nord en direction de CONFOLENS, vers l'Ouest, en direction d'ANGOULEME. Elle se bat encore 20 minutes avant la fin.
Du 5 au 25 Juin la 4e D.C.r. a parcouru 700 kilomètres et livré d'innombrables combats. Elle fut, vingt jours et vingt nuits sans peur et sans reproches.