39e BATAILLON DE CHARS DE COMBAT

 

ENCADREMENT
Formé à Maubeuge avec un noyau actif de l’école des chars et des réservistes originaires du département du Nord, armé de chars R 35.
Capitaine MAZIER, Commandant provisoirement le bataillon.
A partir du 14 mai, Chef de Bataillon MAUREL.
Lieutenant BONDUEL, Adjoint technique.
Lieutenant DUMONT, Officier de Liaison.
Lieutenant TAULE, Officier de Renseignement.
Lieutenant PRIVE, chargé des Détails.
1ère Compagnie
Capitaine de VALLAVIELLE.    Lieutenant MAULET.       Lieutenant KNYGT.
Lieutenant ROUX.             Sous‑Lieutenant BOLLE.    Aspirant LE PIENNEC.
2e Compagnie
Capitaine CAILLOU.           Lieutenant ANDRIS.       Lieutenant REGENT.
Lieutenant BAILBY.           Sous‑Lieutenant GOUPIL.   Aspirant BOUILIEZ.
3e Compagnie
Capitaine ROBYN.             Lieutenant BOULAN.       Lieutenant PILLOT.
Lieutenant LECLERCQ.         Lieutenant COURCOUX.     Sous‑Lieutenant SPRIET.
Compagnie d'échelon
Capitaine CHATOT.            Lieutenant DUBURQUOY.    Lieutenant PETIT.
Lieutenant HUBER.            Lieutenant DELILLE.      Aspirant CHANDERIE.
CITATIONS
Légion d'Honneur : 9       Médaille Militaire : 8.
Citations         à l'Ordre de l'Armée : 8.
                  à l'Ordre du Corps d'Armée : 14
                  à l'Ordre de la Division : 19
                  à l'Ordre de la Brigade : 2
                  à l'Ordre du Régiment : 45.
PERSONNEL            Officiers        S‑Officiers          caporaux et Chasseurs
        Tués .               7                    9                           28
        Blessés .           5                    4                           37
        Disparus .         4                   12                           60
MATERIEL
Détruit du fait de l'ennemi : Chars 42 sur 42. Tracteurs 8 sur 8.
Détruit à Dunkerque tous les véhicules        100 %
L’historique du bataillon se divise en trois périodes.

1. ‑ 28 AOUT 1939 ‑ 9 MAI 1940.

Le bataillon cantonné à Eclailles et Eeuclin (Nord), est rattaché au G.B.C. 519, fait mouvement sur Etreux (Aisne).
Au cours de cette période, l'instruction du personnel est activement poussée, manœuvres, tirs, exercices de cadres. Instruction indispensable à des équipages ignorant tout du matériel moderne.
 
II. ‑ 10 MAI 1940 ‑ 30 MAI 1940.

12 MAI. ‑ Embarquement du matériel chenillé à Etreux. Les éléments sur roues font mouvement par voie de terre.

13 MAI. ‑ A 14 heures débarquement des chars à Chatelineau (7 km est de Charleroi). Mouvement sur Jodion, bois sud‑est du village (8 km ouest de Namur. Le bataillon est mis à la disposition de la 5e D.I.N.A. et reçoit l'ordre de coopérer à la préparation d'une contre‑attaque face au nord dans la région de Saint‑Mard (3 km nord de Namur).

14 MAI. ‑ Au petit jour, la liaison est prise avec le Colonel Cdt le 24e R.T.T. Une reconnaissance d'emploi est effectuée sur Champion (6 km nord‑est de Namur). Puis dans la nuit lorsque les compagnies se portent sur leur P.D., bois de St‑Mard à 23 heures, la division, en raison de la situation créée par le repli profond de la IIe Armée entre la Sambre et la Meuse, le bataillon est mis à la disposition du 6e R.T.M. en vue de couvrir le flanc droit de la D.I., sur la rive droite de la Sambre.

15 MAI. ‑ Les unités sont dirigées au Nord de Flawinne (4 km est de Namur) pour y occuper une position d'attente leur permet­tant de passer la Sambre en direction du sud.
Des reconnaissances d'itinéraires sont effectuées sur les bois de Malonne. A 17 heures, le bataillon, relevé de sa mission, s'installe en P.A. dans les bois de Fays.
Au cours du déplacement le Cdt du 24e R.T.T. demande qu'une compagnie assure la mission de protection qui primitivement avait été donnée au bataillon sur la rive droite de la Sambre. La 2e Cie est désignée pour assurer cette mission. Mesure qui va scinder le bataillon. Jusqu'au 21 mai cette compagnie mènera une action indépendante.
La 1ère est mise à la disposition du 24e R.T.T. pour contenir la poussée ennemie sur Temploux.
La 3e Cie s'installe en position défensive au nord de Jodion.

16 MAI. ‑ Le bataillon est chargé d'assurer la protection du repli de la D.I., de part et d'autre de la route Temploux‑Jemmepes à la lisière est des bois du Fays, 1ère Cie au nord de la route, 3e au sud. A 10 heures, la mission accomplie, les compagnies se replient par échelons sur les lignes successives suivantes : Sortie ouest des bois Est de Jemmeppes, Est d'Auvelais, Est de Keumiee.
Toute la journée de brefs engagements au canon ont lieu avec des éléments ennemis qui disparaissent dès qu'ils sont pris à partie. A la nuit le bataillon stationne à Pironchamp.

17 MAI. ‑ Repli sur Charleroi et Binche. Une Cie est mise à la disposition de chacune des deux colonnes formées par la D.I.
A 13 heures, la 1ère Cie dégage le carrefour de Vieux‑Campinaire (N 21) où l'ennemi presse l'arrière‑garde de très près.
A 17 heures, la 3e Cie en soutien de l'infanterie, au pont de Le Roux (voies ferrée et route) ; la 1ère assure la même mission de part et d'autre de la route Charleroi‑Fontaine‑l'Evêque. P.C. du Btn à Epinay avec le P.C. D.I., à 21 heures, le village et ses abords attaqués par des parachutistes est nettoyé par la 1ère Cie.
A 22 heures, l'ordre de repli est donné : Axe, Binche, Estinnes, Mont‑Givry, Aulnois. Les compagnies assurent l'appui des arrières-gardes.

18 MAI. ‑ En fin de journée le bataillon stationne à Aulnois.

19 MAI. ‑ Des troupes françaises étant encerclées à Maubeuge, la D.I. monte une attaque en vue de les dégager. La 1ère Cie attaque le Gros‑Chêne fortement occupé. La 3e progresse sur La Longueville qui est pris sans effort.
A 13h30, nouvel ordre de repli le bataillon se porte sur Louvigny‑Queue‑au‑Leu, en vue d'attaquer la lisière nord est de la forêt de Mormal H. 15 heures.
A 14h45, les unités sont à leur P.D., mais l'infanterie est encore à La Longueville. Après reconnaissances rapides sur Merquignies, Cibles, Maison Forestière, le bataillon part à l'attaque. Il occupe d'abord la lisière de la forêt, la 1ère Cie sur la route Bavay Englefontaine, vers Les Caches‑Surloton, la 3e sur la Maison Forestiere et le carrefour 2 km sud sur la route Gomegies‑Pont‑sur‑Sambre. Au cours de l'action le capitaine de Valavielle est tué.
A 21 heures, l'infanterie occupe la lisière de la forêt.

20 MAI. ‑ Les deux compagnies sont aux ordres des deux commandants des avant‑gardes de la D.I. qui engagent les sections isolément aux carrefours. Jusqu'à la route Jolimetz‑Locquignol, la progression s'opère assez facilement. De fortes résistances se révèlent vers les cotes 147 et 149 (pièces antichars et chars lourds)
Au carrefour de la cote 153, la section Courcoux (3e) détruit une forte colonne motorisée défendue par des pièces antichars qui sont réduites au silence. Plusieurs citernes d'essence brûlent, les occupants fuient dans la forêt, laissant de nombreux cadavres sur terrain. Les sections Courcoux et Spriet (3e) sont ensuite engagées sans appui de feux sur la route 153‑149 et le layon 153‑147. Dès leur débouché elles sont soumises aux feux de pièces antichars e. de canons automoteurs. Elles ripostent, détruisent plusieurs engins mais finalement, sont détruites et incendiées. Deux chars seulement rentrent dans nos lignes. Le mouvement est arrêté sans que la sortie du bois ait été forcée.
Pendant ce temps la 1ère Cie progressait de part de la route de Bavay‑Englefontaine avec le 24e R.T.T. A partir du carrefour Moulin‑Rouge, les résistances s'affirment, de nombreuses mitrailleuses dans les arbres laissent passer les chars puis arrêtent l'infanterie, les chars ne cessent de revenir en arrière pour rejoindre l'infanterie. A 1.000 mètres une formation motorisée est surprise, nos chars l’incendient, les occupants s'enfuient à travers champs.
Au sud d'Allouet une résistance est attaquée et détruite. Une formation blindée débouchant de Jolimetz contre‑attaque, elle est repoussée, laissant sur le terrain trois engins. Le nettoyage de la région d'Allouet est entrepris. Une section du 38e B.C.C. protège le flanc droit et nettoie les vergers à l'ouest de la route.
La contre-attaque ennemie progresse, le feu redouble d'intensité. Quatre chars sont détruits, le Commandant de la 1ère Cie est blessé. La compagnie est réduite à un seul char qui rejoint le reste du bataillon dans le layon nord‑est du carrefour de la Grande‑Carrière.
La D.I. est bloquée de tous côtés. La situation paraît désespérée lorsque des reconnaissances d'infanterie constatent que l'ennemi s'est retiré sur tout le front de la D.I., laissant le chemin libre vers Englefontaine. A 20 heures, la progression est reprise sans opposition jusqu'à la lisière des bois.
Dans Englefontaine, la colonne est prise à partie par des tirs de mitrailleuses. En pleine nuit cette surprise crée un certain désordre dans les rangs des tirailleurs. Les trois chars encore disponibles qui formaient l'arrière‑garde accompagnés de trois tracteurs de ravitaillement sont poussés en avant, rendent confiance à l'infanterie qui reprend son mouvement.
Le même incident se reproduit devant Verchain où une erreur d'itinéraire a conduit la colonne sur une résistance ennemie solidement tenue. A nouveau le désordre est inexprimable et il faut tout le sang‑froid des cadres pour rétablir l'ordre. De nombreux accrochages ont encore lieu avec des patrouilles de motocyclistes ennemis. La colonne arrive à Denain mais les trois derniers chars du bataillon ont été détruits.
Les éléments du bataillon qui ont pu sortir de cette retraite sont regroupés à Abscon. Le bataillon est libéré par la 5e D I.N.A.

2e COMPAGNIE

15 MAI. ‑ A 17 heures, la compagnie prend congé du bataillon et gagne le pont de bois de Floriffoux qu'elle franchit char par char à 23 heures. Elle se porte ensuite sur Le Roux (route Namur Charleroi).

16 MAI. ‑ Par une marche pénible, ponctuée d'attaques d'isolés souvent civils, sur une route dépourvue d'indication de direction, parsemée de débris de toutes sortes, la compagnie arrive au petit jour. Le personnel en marche depuis 2 jours et 3 nuits est fourbu. A 8 heures, elle reçoit l'ordre de dégager le village de Fosses où des éléments ennemis sont installés. Les sections Regent, Goupil et Boulle attaquent, réduisent les résistances et contiennent la pro­gression de l'ennemi.
Vers midi, la Cie est mise à la disposition du groupe motorisé formant arrière‑garde ; le détachement marche par bonds sur l'axe Namur‑Charleroi.
A la fin du premier bond, une violente attaque aérienne se dé­clenche sur l'arrière‑garde. Le Capitaine Caillou est grièvement blessé, deux chars sont détruits. Le lieutenant Regent prend le comman­dement de la compagnie. L'unité reçoit l'ordre de se regrouper à Chatelet, puis à Avesne. A 21 heures elle part, les routes sont en­combrées, soumises à de continuels bombardements d'avions, au cours de l'un d'eux un char est détruit. Beaumont étant occupé par l'ennemi la compagnie est dirigée sur Thuin en feu, le pont est détruit. Arrêt à Assevent. Les équipages tombent de fatigue.

17 MAI. ‑ La Cie se porte sur Mont‑Doulers où elle est rejointe par la 1ère Cie du 6e B.C.C., qui se met aux ordres du Lieutenant Regent. Mont‑Doulers étant fortement tenu par l'ennemi, les deux compagnies s'installent en D.C.B. sur la route afin de protéger les troupes défilant au nord de Maubeuge. Toute la journée ces deux unités restent en place.

18 MAI. ‑ Le Commandant Bonnet, du 26e B.C.C., isolé avec les trois chars qui restent de son unité (son bataillon ayant été détruit sur la Meuse) prend le commandement des éléments des 6e et 39e B.C.C. et décide de forcer le passage sur Avesnes. Les chars partent mais reviennent rapidement, poursuivis par des chars lourds ennemis. Durant l'engagement le Cdt du 6e R.T.M. donne l'ordre aux chars de se porter sur Boussois pour participer à la défense des ponts. Arrivés à Boussois à 22 heures les chars s'installent en halte gardée.

19 MAI. ‑ A 4 heures, des chars ennemis attaquent les ponts. La 2e Cie est mise à la disposition du 6e R.T.M., chargé de la défense des ponts d'Assevent et de Boussois.
Durant la matinée l'artillerie ennemie bombarde les positions. Une première attaque a lieu au pont d'Assevent et est repoussée par la section Goupil. Une seconde attaque au pont de Boussois n'obtient pas plus de succès. Devant ces essais infructueux l'ennemi attaque par Maubeuge où la section Bailby intervient plusieurs fois pour repousser l'ennemi pressant nos fantassins qui se replient sur Asse­vent.

20 MAI. ‑ Dès le lever du jour, l'ennemi bombarde par avions en piqué et par d'intenses tirs d'artillerie. Vers 17 heures, les chars interviennent en direction des buttes de tir occupées par de nom­breux éléments allemands.
Les sections Bailby, Goupil et Pacaud du 6e B.C.C. interviennent. Elles sont prises à partie par un PzKw II et un PzKw III. Trois de nos appareils sont détruits, un char ennemi est mis hors de combat. Malgré la disparition de leurs chefs (quatre officiers sont tués) les équipages quelque peu désemparés poursuivent leur mission. Notre attaque n'a pas brisé la pression de l'adversaire qui progresse bien au delà du front tenu par nos chars. Les équipages se replient dans les bosquets à l'entrée d'Elesmes. Les tourelles et les trains de roulements sont perforés, sur certains appareils on relève une cen­taine d'impacts de 37 et de balles perforantes. L'essence est épuisée, il en est de même des munitions. Le Cdt du 6e R.T.T. donne l'ordre de mettre hors d'usage les chars.

21 MAI. ‑ A 2 heures un violent bombardement s'abat sur Beussois, l'ennemi pénètre dans le village, le P.C. est investi.

III. ‑ 21 MAI 1940 ‑ 8 JUILLET 1940.

21 MAI. ‑ Il ne reste au bataillon qu'un seul char, épargné parce qu'il était en réparation à la C.E. et des véhicules autos. Tous ces éléments sont dirigés sur Dunkerque.

27 MAI. ‑ Une équipe de dépannage est détruite par un tir d'artillerie sur la route de Caestre (sud de Steenworde) alors qu'elle allait dépanner des chars engagés au nord d'Hazebrouck.

28 MAI. ‑ Le détachement du bataillon parvient à Dunkerque. L'Aspirant Chanderis est mis avec son char à la disposition du 38e B.C.C. désigné pour coopérer à la défense de Dunkerque.
Par Killen les éléments du bataillon font mouvement sur La Panne. En cours de route au Pont‑à‑Mouton, un violent bombarde­ment fait de nombreux morts et blessés dont 13 du bataillon.
A 21 heures, à l'est de Bray‑Dunes les véhicules sont abandonnés et incendiés. De nuit et à pied le détachement poursuit son mou­vement le long de la voie ferrée Dunkerque‑Furnes puis le long du canal de Furnes.

29 MAI. ‑ Le bataillon arrive à Malo‑Plage, le personnel s'abrite dans les dunes à l'est de la ville. A 15 heures, arrive l'ordre de porter le détachement sur les remparts à l'est de Dunkerque (bas­tion 32) occupé par le Cdt du secteur et de la Marine. A peine sur place un bombardement par plusieurs centaines d'avions s'abat sur la ville. Un officier du 9e  B.C.C. qui s'était joint au bataillon est tué avec plusieurs de ses hommes.
A 10 heures ordre de gagner l'Embectage. Vers 18 heures, le bataillon avec des éléments d'autres unités de chars, bivouaque sur la place à l'ouest de l'entrée du port.

30 MAI. ‑ Vers 3 heures, l'ordre est donné de rejoindre à Dun­kerque les points de stationnement de la veille. A 10 heures, nouvel ordre d'embarquement à l'Embectage. A 15 heures, l'E.M., les 1ère et 3e Cies sont embarqués sur le Foudroyant, la C.E. sur le Bouclier.

31 MAI. ‑ Arrivée à Douvres. Embarquement en chemin de fer. Le bataillon est scindé en plusieurs fractions, l'E.M. et la 3e Cie sont dirigés sur Exeter.

1‑2 JUIN. ‑ Stationnement à Exeter.

4 JUIN. ‑ Embarquement à Plymouth sur le Ville d'Alger qui gagne Brest par convoi escorté.

5 JUIN. ‑ Débarquement à Brest, transport par voie ferrée Evreux. Cantonnement à Aviron (nord‑ouest d'Evreux ).

6‑7-8 et 9 juin. ‑ Stationnement à Aviron.

10 JUIN. ‑ Embarquement en chemin de fer en gare d'Evreux. Bombardement par avions de la gare, 6 tués et 13 blessés.

11 JUIN. ‑ Retour à Aviron.

12 JUIN. ‑ Embarquement sur camions, mouvement par Chartres, Bonneval, Châteaudun, Vendôme et Contres (20 km. sud‑est de Blois).

13 JUIN. ‑ Séjour à Couddes.

14 JUIN. ‑‑ Mouvement par St‑Aignan, Chatillon‑sur‑Indre, Le Blanc, Montmorillon et stationnement à Champagne‑Mouton (42 km nord‑ouest d'Angoulême).

15‑19 JUIN. ‑ Séjour à Champagne‑Mouton. Les 9e et 39e B.C.C. sont amalgamés sous l'appellation Btn 939.

20 JUIN. ‑ Mouvement par Angoulême, Ribérac, Bergerac. Stationnement à Rampieux (20 km sud‑ouest de Bergerac).

21 JUIN ‑ 26 JUIN. ‑ Séjour à Rampieux.

27 JUIN. ‑ Déplacement sur Mirepoix (Gers).

28 JUIN ‑ 7 JUILLET. ‑ Séjour à Mirepoix.

8 JUILLET. ‑ Dissolution du bataillon.
 
Faits Remarquables
L'existence du 39e est liée à celle du 38e, tous deux appartenant au G.B.C. 519 et affecté au 5e C.A. Alors que le 38e suivra le sort de la 12e D.I.M., le 39e celui de la 5e D.I.N.A. Missions identique :
Sacrifices semblables, même destinée.
Durant toute la campagne la vie du bataillon sera marquée par l'imprévu.
Le Commandant Pennec qui depuis la mobilisation commandait le bataillon était muté en avril 1940. Son successeur n'était désigné que le 10 mai. Le Commandant Maurel venant du dépôt d'Angoulême ne rejoint le bataillon que dans la nuit du 13 au 14 mai, sautant dans le dernier train de chars de l'unité quittant la gare de Maubeuge.
Cette prise de commandement « au vol » n'est qu'un incident banal mais assez grave du point de vue psychologique car le lendemain, au petit jour, le premier contact de ce chef avec son unité sera l'ordre d'engagement du bataillon. Malgré ce désavantage l'exécution des missions s'effectuera avec brio, tout à l'honneur du chef qui sut s'imposer et du personnel qui immédiatement sut apprécier l'autorité du chef de guerre.
La suite des événements est une suite ininterrompue de combats sans espoir où les chars de bout en bout n'auront pour mission que de protéger une infanterie bousculée, lui évitant une désorganisation prématurée.
Le bataillon satisfait à toutes les demandes, dans toutes les directions qui en cinq jours le réduira à néant.
A Caches, le 19, le Cdt de la 1ère Cie avec une section attaque des pièces antichars. Combat d'une rare violence, vivement mené, où le Capitaine de Valavielle et le Sous‑Lieutenant Bollée trouveront la mort.
Le 20 sera la journée cruciale, les chars se sacrifieront jusqu’au dernier pour ouvrir la route à l'infanterie, à bout de force, talonné par un adversaire audacieux.
L'héroïsme de tous sera total. Malgré les objections des Cdt d'unités et du Cdt du Btn les chars seront engagés isolément sans aucun appui.
La section Courcoux (3e) surprend une forte colonne motorisée défendue par des pièces antichars, les réduit au silence et met en fuite la colonne allemande.
Le Lt Maulet, Cdt la 1ère Cie et le Lt Gouiric du 38e (qui isolé s'était regroupé au bataillon) sont blessés. Le chasseur Hauteclocque ­conducteur du Cdt de Cie, sous le feu de l'ennemi, vient chercher le S‑Lt Gouiric, le retire de son char lorsqu'une rafale de mitrailleuse le frappe mortellement et achève le Lieutenant. Un obus traverse le tourelleau du char du S‑Lt Goupil, le tue, blesse son mécanicien qui trouve encore assez d’énergie pour ramener son char à la P.D. avec le corps de son officier.
Au soir du 20, le bataillon ne possède plus d'appareils. Avant de libérer les rescapés du 39e, le Cdt de la 5e D.I.N.A. remercie le Chef de bataillon en termes particulièrement chaleureux pour sa collaboration, le félicite pour la superbe attitude au feu de tous les éléments de son unité pour le soutien remarquable qu'ils ont apporté à l'infanterie pendant la retraite et notamment en forêt de Mormal. Serre la main de tous et ajoute : « toute la résistance était sur vous, vous avez fait tout ce qu'il était possible de faire. je vous remercie. »
Quant à la 2e Cie, isolée du bataillon dès le début de l'engagement, elle ne cessera durant deux jours de courir du sud au nord et de l'est à l'ouest. Dirigée sur Le Chatelet puis sur Avesnes, trouvant la route de Beaumont coupée par l'ennemi, elle revient sur Thuin. retourne sur Maubeuge d'où elle est lancée vers Mont‑Doulers. Quelle magnifique unité ! Lorsque le 18, à 22 heures, elle parvient à Boussois, les équipages tombent de fatigue, ne pensent qu'à dormir et cependant ils procèdent tant bien que mal aux pleins et aux graissages sans aucune nervosité, sans récrimination. Le moral est admirable.
Le 21 mai, le Colonel Mariage se rend au Général allemand. Celui‑ci manifeste « son extrême étonnement de trouver devant lui si peu de force . »
Si le bataillon ne combat plus, les souffrances ne sont pas disparues. Le pénible embarquement de Dunkerque durant les journées des 29 et 30 seront encore une nouvelle épreuve.
Le 29 partant pour l'Embectage, le personnel est rassemblé en colonne par trois. A la sortie de Dunkerque, un Général est arrêté, aussitôt le bataillon est mis au pas cadencé et défie tête gauche tout comme à une prise d'arme en garnison, Le Général manifeste sa satisfaction au Chef de Bataillon (Marine Dunkerque, par Maurice Guierre, page 252 ).
Le 30, contre‑ordre est donné pour l'embarquement. Ce faux‑départ sera pour le personnel l'heureuse chance de la campagne, car le torpilleur le Douaisien sur lequel il devait être embarqué fut torpillé et coulé alors qu'il voguait vers l'Angleterre.
Bravoure, discipline, cohésion, esprit de sacrifice, sans aucune défaillance, les équipages du 39e ont vaillamment combattu et pourtant comme ceux du bataillon frère du 38e les conditions morales étaient des plus pénibles. Originaires du Nord, ils se sont battus chez eux, dans leur village. Malgré cette atroce situation les équipages du 39e n'ont pas failli à la tradition de l'Arme.

Extrait de l'ouvrage « Nouvelles vérités sur les Combattants » de Jean Labusquière.
Au 5e Corps, la 5e D.I.N.A. continue sa lutte extrêmement violente pour sortir de la forêt de Mormal. Le 39e bataillon de chars qui l'appuie tente, au crépuscule de nettoyer la forêt. Il s'y battra toute la nuit, détruisant de nombreux chars, mais perdant la plupart des  siens qui sautent sur les mines ou qui sont écrasés sous les coups de 77.
A la fin de la matinée du 20 tous ses engins sont détruits et une de ses compagnies, la 3e, partie avec 121 officiers, sous‑officiers et hommes ne possède plus que 3 officiers et 37 sous‑officiers et chasseurs. Le 21 lorsqu'il gagne Denain il ne restera plus qu’un char au Bataillon.