2e RÉGIMENT DE DRAGONS

Historique 1940 1945

 

 

 

Le Français semble au saule verdissant
Plus on le coupe et plus il est naissant
Et rejetonne en branches davantage
Prenant vigueur de son propre dommage
RONSARD.

Certains noms prestigieux dans le domaine de notre histoire restent pour tous les Français les symboles de la religion, du patriotisme, de l'art, de la littérature, des sciences, de la politique, de l'héroïsme.
Saint‑Louis, Jeanne d'Arc, Pascal, Le Nôtre, Watteau, Lavoisier, Pasteur, Richelieu ; Bournazel sont de ceux-là !
Ainsi, dans les fastes de notre armée certains régiments symbolisent la gloire, l'héroïsme, le devoir... Qu'ils appelle Enghien Cavalerie (1635), Condé Cavalerie (1646), Condé Dragons (1775), 2e Régiment de Dragons (1791), Dragons du Doubs (1813), le 2e Dragons est un de ces Régiments !
Aussi, sa disparition des cadres de la Cavalerie française devait‑elle être de courte durée.
L'Etat‑Major de l'Armée choisit, pour reconstituer la petite armée accordée par l'armistice, les régiments héritiers d'un passé glorieux ; en effet, elle voulait faire de cet embryon, le levain qui, un jour, ferait lever toute la pâte et aiderait à chasser l'ennemi hors de France.
Après quelques semaines d'indécision, où chacun ne savait pas bien ce qu'il allait devenir, un jour, la bonne nouvelle arrivait : le 2e Dragons allait être reconstitué à Tarbes. En Août 1940, les éléments devant constituer cette unité s'embarquaient joyeusement vers une nouvelle destinée. Finalement, ce ne fut pas à Tarbes, mais à Auch que le 2e Dragons allait revivre ; nulle région ne pouvait mieux convenir à notre Régiment que ce pays des Cadets de Gascogne, illustrés par Rostand dans Cyrano de Bergerac. Comme eux, ceux du 2e Dragons étaient toujours prêts à se battre, à mourir pour une grande cause.

Le 5 Septembre 1940, le Lt‑Colonel Schlesser, cavalier brillant entre tous, qui devait se couvrir de gloire plus tard, durant la campagne de France, adressait l'Ordre général N° 1 au 2e Régiment de Dragons :
« A l'heure où je prends le commandement du 2e Régiment de Dragons, j'adresse à ses morts l'hommage de notre pieuse pensée. Devant vous tous, Officiers, Sous‑Officiers et Dragons, qui êtes justement fiers d'appartenir à un des Régiments les plus lourdement chargés de gloire de l'Armée Française, je prends solennellement l'engagement que le 2e Régiment de Dragons restera le digne héritier de toutes les traditions qui ont fait l'honneur de notre arme.
Rien ne pourra mieux vous mettre dans l'ambiance de ce Régiment que de vous faire connaître des extraits de la petite brochure de propagande que le Lt‑Colonel Schlesser et notre camarade du Chazaud avaient rédigée.
Cette brochure, d'une présentation élégante, contenant de nombreuses photographies, avait pour titre : « Le Régiment de la France en Marche ».
Elle définit ainsi la vie nouvelle au 2e Dragons :
« Héritier d'un Passé si lourd de gloire et d'héroïsme, le 2e Dragons devait à ses Anciens et particulièrement à ceux qui ont offert leur vie pour sauver la France, d'être un Régiment d'Avant‑Garde.
« Dès sa création, le 2e Dragons est un régiment jeune, ardent, sportif. Ses cavaliers, fiers d'appartenir à l'Armée et de tenir haut l'Étendard de la Cavalerie, sont animés d'un profond sentiment du devoir envers la Patrie.
« Continuant à maintenir les traditions qui ont fait de la Cavalerie une arme d'élite, le 20 Dragons s'est affranchi
des routines et des erreurs passées... Il fonce dans une voie nouvelle : la voie des jeunes, ardents et fiers qui savent que la France est à rebâtir, que l'Armée en est le premier élé­ment et que, porter l'uniforme, c'est être un des premiers ouvriers du redressement national.
« Amis de l'Armée, et vous les jeunes qui avez le devoir de « Servir », en regardant ces pages, vous comprendrez l'effort qui a été fait et qui se poursuit chaque jour. Vous aurez à cœur de travailler pour la plus grande France en vous rangeant derrière notre Etendard.
Puis un plan où sont indiqués autour d'Auch, les maisons d'accueil du 2e Dragons que le Colonel avait créées dans un rayon de plus de 100 km autour de sa garnison. Entre autres, ce chalet de Payolle, au Sud de Bagnères, où par pelotons ses Dragons pouvaient venir passer une quin­zaine de jours : cure d'air pur, ski, qui donnaient santé, souplesse et cran à ses Dragons.
Une page consacrée au quartier Espagne en 1828 ; une à ses unités : deux Escadrons à cheval, trois Escadrons cy­clistes, un Escadron d'Autos‑Mitrailleuses, un Peloton de Transmissions, la Fanfare.
On reconnaît à la belle tenue de cette Fanfare, à ses trompettes aux flammes de couleur, aux gants blancs à cris­pins, aux chevaux blancs merveilleusement tenus, que celui qui commande ce Régiment fut l'animateur des splendides fêtes d'avant‑guerre au Grand Palais ! Fêtes consacrées à la Gloire de l'Armée Française qui revivait sous les yeux émer­veillés des spectateurs, dans ces splendides uniformes que le Commandant Schlesser, entouré d'un Etat‑Major d'artis­tes, avait su faire renaître pour le charme de nos yeux et la fierté de nos cœurs.
Il comprenait tellement l'utilité du cérémonial militaire que son Ordre général N° 2 daté du 9 Septembre 1940 était consacré aux honneurs à rendre aux couleurs
« Le Salut aux Couleurs qui évoque la grandeur de la France Eternelle, exige un Cérémonial aussi majestueux dans sa forme que minutieux dans son exécution.
« Gestes précis et sonneries ardentes commandent à tout Français une prière muette, un fervent acte de foi dans les destinées de la France.
« A partir du 10 Septembre
« Les Honneurs aux Couleurs seront rendus deux fois par jour (en principe à 8 heures et à 17 h. 30) par :
‑ Un peloton d'honneur,
‑ Le poste de police,
‑ La fanfare (en partie ou en totalité). »
A côté de ce sentiment d'honneur, le Colonel développa chez ses hommes le goût de l'effort et le goût du risque.
Effort, risque, vitesse, audace, lutte, sont mis en pratique au Régiment et représentés par des photos impressionnantes.
Le nouveau 2e Dragons se livre à tous les sports : cano­tage, horse‑hall, boxe, athlétisme, lutte, courses cyclistes, montagne ; sur quarante-trois rencontres de football : 31 victoires ; sur trente-huit rencontres de basket-ball : 32 vic­toires.
Mais il fallait aussi penser à ce que deviendrait le cava­lier à la libération. Aussi, tout en servant son pays, chaque homme apprenait un métier conforme à son goût. Le Colonel créait des ateliers professionnels.
Certains apprenaient le dessin, la photographie, l'im­primerie, d'autres se consacraient à des métiers industriels ou à l'agriculture.
Le Régiment acheta trois fermes. Des ingénieurs agro­nomes dirigèrent les travaux des pelotons. Deux cents hec­tares de terre furent labourés, ensemencés, récoltés par nos Dragons. La production permit de nourrir le Régiment et de revendre des produits à la population.
Dans la forêt voisine d'Auch on fabriqua du charbon de bois qui permit de donner aux véhicules gazo du Régi­ment le combustible nécessaire.
Le contact entre officiers et hommes, comme il existera plus tard au combat, exista à chaque instant au Régiment.
Le Colonel, les Officiers vivaient au quartier. C'était la maison du régiment.
L'armement fut réduit et camouflé pour ne pas éveiller les soupçons, mais les hommes, pendant les heures où il leur fut confié, travaillèrent avec acharnement.
Aussi, le 2e Dragons devint bientôt un des Régiments les plus admirés de France. Un de nos Généraux inspecteurs pouvait dire en parlant de cette unité : « Aux heures graves que traverse la Patrie, il est réconfortant de voir quels résultats peuvent obtenir en quelques semaines, des hommes de cœur, unis par un même et noble idéal. »
L'Ordre Général N° 4 du Colonel Schlesser en date du 2 Octobre 1940, nous indique la merveilleuse ossature sur laquelle allait se greffer le nouveau 2e Dragons.
Elle devait en faire quelques années plus tard un des plus glorieux Régiments parmi ceux qui aidèrent à libérer la France.

Ordre Général N° 4
Le 2e Régiment de Dragons totalise :
18 Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur ; 6 Médailles Militaires;
158 Citations dont 18 à l'Ordre de l'Armée.
A tous ceux qui sur les champs de bataille de France et de Belgique, les ont si justement méritées,
J'adresse, au nom du Régiment, mes affectueuses félicitations.
Officiers, Sous‑Officiers et Dragons, vous avez le droit, malgré les dures épreuves d'une défaite imméritée, de marcher la tête haute.
Vous avez le droit d'être fiers d'appartenir à un Corps qui rassemble dans ses rangs tant de courage et tant de vaillance.
Auch, le 1er octobre 1940.
Le Lt‑Colonel SCHLESSER Cdt le 2e  Rgt de Dragons, Signé : SCHLESSER.

Pendant deux ans, le Colonel pousse activement l'entraînement de ses hommes en vue des combats de la Libération que tous espèrent sans en savoir la date.
Novembre 1942. ‑ Les Alliés débarquent en Afrique du Nord. Le 11 Novembre, les Allemands envahissent la zone libre et occupent nos garnisons.

Le 28 Novembre, l'Allemagne exige la dissolution de l'Armée !
C'est alors que le Colonel Schlesser, pour graver à tout jamais dans le cœur de ses hommes l'amour de leur Régiment et leur donner, quoi qu'il arrive à l'avenir, le désir de servir leur Pays, a cette magnifique idée
Les Adieux du Régiment à son Etendard.

C'est la nuit ‑ le 30 Novembre 1942 ‑ le quartier est encerclé depuis quelques jours par les troupes allemandes ; dans la cour, face à la galerie centrale, les hommes en civil, groupés par escadrons, attendent l'arrivée de leur Chef.
Soudain, les trompettes sonnent à l'Étendard. Les projecteurs percent la nuit et dans la galerie du premier étage apparaît l'Étendard auréolé de lumière, entouré de sa Garde.
A la gauche de l'Étendard, en pleine lumière des projecteurs, le Colonel, en uniforme, gants blancs, prend la parole
« Officiers, Sous‑Officiers et vous tous mes Amis, nous communions aujourd'hui dans la même indéniable souffrance. Notre Régiment, ce Régiment que j'ai eu l'honneur de reformer, ce Régiment que j'avais ressuscité, à qui j'avais donné la vie, notre Régiment vient d'être lâchement assassiné, et, vous tous qui m'entourez, vous, mes petits, dont j'étais si fier ‑ je ne vivais que pour vous ‑ vous qui étiez ma raison de vivre, vous n'avez plus d'uniforme, on vous l'a arraché ; vous n'avez plus d'armes, on vous les a brisées.
« Malgré ma volonté de résister, je suis à cette heure, contraint d'exécuter l'ordre qui m'est imposé et qui nous commande de nous séparer.
« Des larmes dans les yeux, le cœur rempli d'amertume, j'obéis ! Mais rien n'est fini, il reste, quoi qu'on fasse et quoi qu'on veuille, il restera toujours l'Étendard, notre Etendard, qui porte dans ses plis trois siècles de vaillance militaire. Je veux que tout à heure en baisant son étoffe sacrée, si lourde de gloire, vous juriez de vous grouper autour de lui, demain à l'appel de la Patrie qui ne peut pas mourir ! Je veux que vous répétiez notre serment de donner notre vie pour que vive la France ! »
Escadron par Escadron, les Officiers en tête, les Pelotons montent les marches jusqu'à leur Etendard. Un par un, genoux à terre, ils en baisent les plis...
Tous sentent que l'adieu de ce soir n'est qu'un signe de ralliement...
Le Colonel a décidé qu'une partie du Régiment passerait par l'Espagne pour rejoindre l'Afrique et que l’autre partie, sous les ordres du Capitaine de Neuchèze, apporterait son soutien à ceux qui se battent en France dans la clandestinité...
Le Colonel, le premier, passe par l'Espagne suivi de groupes désignés à l'avance, qui, chaque semaine, par petits paquets, de cinq à dix, dans la nuit, franchissent la frontière. Mais hélas, ce n'est pas encore la liberté rêvée, Lérida, Pampelune, Figueras, Saragosse, Barcelone, Gerone, Miranda, les geôles espagnoles se peuplent des Cavaliers du 2e  Dragons... Durant de longs mois, ils attendront l'embarquement sur les vieux bateaux français « Gouverneur‑Général‑Lépine » et « Sidi‑Brahim » qui ‑ oh joie ! ‑ les débarqueront après deux jours de traversée à Casablanca.
Pour ceux restés en France, les uns formèrent des Equipes de charbonnage qui leur permirent de dissimuler des armes du Régiment dans les bois ; d'autres constituèrent dans le Gers des Centres de Résistance.
Ainsi, ayant échappé à l'emprisonnement allemand, soit en passant par l'Espagne, soit en vivant dans le maquis, ceux du 2e Dragons se préparaient à faire revivre une deuxième fois leur régiment.
Résurrection glorieuse celle-ci, car ils allaient prendre part à l'Épopée grisante de s Rhin et Danube » qui, de victoires en victoires, allait les conduire des Côtes de. Provence aux rives du Rhin et du Danube.
Pour compléter les effectifs des Anciens venus d'Auch par un périlleux voyage, il reçut la valeur de près de trois Escadrons du 2e Spahis Algériens et quelques éléments du 6e Spahis Algériens. C'est ainsi que pour la première fois dans l'histoire de la Cavalerie française, on vit combattre, sous l'écusson blanc et noir des Dragons, avec les galons d'argent pour les sous‑officiers et ceux de laine jaune pour les brigadiers, de nombreux indigènes.
Modèle de la nouvelle Armée française, le 2e Dragons réunit sous son Etendard et conduit des plaines de l'Oranie aux montagnes du Tyrol, dans une épopée prestigieuse, les engagés, évadés de France, réservistes et indigènes de l'Algérie. En arrivant en France, les gars du maquis viendront les rejoindre en grand nombre.
Le Général Giraud annonce que le 2e Dragons sera reformé autour de son Etendard et la mesure est rendue officielle le 18 Novembre 1943. Le commandement est confié au Lt‑Colonel Sauzey.
Un télégramme du 7 Décembre 1943 constitue le Régiment en Régiment de Tanks Destroyers.

Le 21 Décembre 1943, le Général Giraud, Commandant en Chef, remet officiellement l'Étendard au 2e Dragons devant de nombreuses personnalités françaises et étrangères.

Le 24 Janvier 1944, le Régiment se rend à Saint‑Denis-du‑Sig, en Oranie, pour y faire son instruction aux côtés du 9e R.C.A.

Le 30 Avril, le Régiment commence à percevoir son matériel à Casablanca (auto‑mitrailleuses, jeeps, half‑track) et ses chars à Oran.
Peu après, le Général de Lattre, Chef de la Première Armée Française, inspecte le 2e Dragons. C'est à notre Régiment, dès le débarquement, qu'il confiera son fils, engagé volontaire à seize ans.

Le 31 Mai 1944, le Lt‑Colonel Demetz prend le commandement du Régiment. Le Colonel, spécialiste de l'Arme blindée, sait tous les soins et toutes les connaissances qu'exige de ses équipages, ce matériel. Aussi, de jour et de nuit, pousse‑t‑il à fond l'instruction de son Régiment ; le 2e Dragons renaît vraiment à la vie. Il inculque à ses hommes amour de leur matériel. De même que la qualité d'un cavalier se jugeait à la façon dont il soignait son cheval, on reconnaît la qualité d'un équipage à la façon dont il soigne son char.
Aussi, pour faire vivre ce matériel dans l'imagination des hommes, le Colonel va donner un nom à chacun des chars, motos, véhicules.
Notre Régiment ayant été en garnison à Paris en 1939, ce sont des noms empruntés à la Capitale qui seront donnés aux véhicules du 2e Dragons.
‑ L'A.M. du Colonel s'appellera « Paris ».
‑ Les 36 Chars porteront les noms des monuments de la Capitale : « Louvre », « Notre‑Dame », « Arc‑de‑Triomphe », « Sainte‑Chapelle », etc.
‑ Les 20 A.M. recevront des noms de quartiers : « Ile‑Saint‑Louis », « Passy », « Champs‑Elysées », etc.
‑ Les Jeeps, des noms de places, de rues ou de stations de métro : « Alma‑Marceau », « Bastille », « Rue de la Paix », etc.
‑ Les Half‑Tracks rappelleront les stades et vélodromes : « Parc‑des‑Princes >», « Buffalo », « Vel'‑d'Hiv' ».
‑ Les Command‑Cars, les Hippodromes : « Longchamp », « Auteuil », « Saint‑Cloud ».
‑ Les Motos s'appelleront : « Tabarin », « Maxim's » et autres boîtes de nuit ou théâtres.
‑ Les camions porteront les noms de banlieue ouvrière: « Pantin », « Billancourt », « Suresnes ».
Ainsi les hommes emporteront avec eux au combat tout Paris. Ils le purifieront de la honte de l'occupation par la gloire de la bataille.

Dans la nuit du 13 au 14 Août éclate, comme un coup de tonnerre, la nouvelle : « La Flotte appareille. »
L'embarquement du Régiment commence le 15 Août et se termine le 25 à Mers‑el‑Kébir et Oran (Chars, A.M. et véhicules avec leurs conducteurs embarquent sur trois Liberty‑Ships : le «  John‑Sargeant », « Benjamin‑Latrope », «  William East Land ». Les hommes montent à bord du «  Santanosa »).
En mer, le Régiment reçoit par radio un message de son ancien Chef, le Colonel Schlesser
« Depuis quatre ans, je vous ai dit : « Un jour viendra où vous rentrerez derrière votre étendard sous les acclamations et sous les fleurs. Malgré votre impatience, le grand jour est venu. Vous allez, vivre la plus belle aventure derrière votre magnifique Colonel.
« Vous partez pour libérer triomphalement les villes de France qui acclameront votre Etendard.
« Je pense à vous, à vos familles, à vos amis que vous aurez la joie de délivrer et vous dis, à tous, mes vœux affectueux. »

Le 30 Août à l'aube, après cinq longs jours de traversée, les machines des bateaux font halte. La côte de France présente, surgie de l'ombre, apparaît dans la splendeur et le rayonnement de son été.
Cependant, le temps n'est plus à la méditation, mais au spectacle de la plus prodigieuse entreprise de l'activité humaine et au rôle qu il faut y tenir.
En tous sens, les bateaux amphibies et les embarcations légères qui assurent le débarquement parcourent le golfe, où, par dizaines, cuirassés, croiseurs, transatlantiques, liberty‑ships trouvent leur place.
Silencieux, rapides, précis, les hommes se hâtent ; les embarcations les emmènent à terre. Descendu sur la plage le premier, le Colonel longuement salue.
Les colonnes se forment et s'enfoncent dans la forêt de pins .
Au fond du golfe de Saint‑Tropez, à Beauvallon exactement, le Régiment a retrouvé la France. Le 2e Dragons ressuscité a repris pied sur le sol de la Patrie.
A travers l'enthousiasme émerveillé des foules, le Régiment passe et les Dragons prennent une conscience accrue de leurs devoirs : une Armée qu'accueille ainsi l'immense ferveur du Pays n'a pas le droit de décevoir.

Débarqué le 30 Août, le Régiment se regroupe à Eyguille, le 31 Août et le 1er Septembre à 140 km de son point de débarquement.

Le 2 Septembre 1944, le Régiment fait partie d'un groupement tactique qui se porte sur Montpellier et escorte le Général de Lattre lors de son entrée dans cette ville.

Le 4 Septembre, le Régiment part vers le Nord pour opérer en direction de Lyon. Le 6, il est mis à la disposition du 2e C.A. pour couvrir son flanc gauche ; il atteint Paray‑le‑Monial.

Le 7, il y prend contact avec le 8e Dragons F.F.I. qui va coopérer avec les T.D. comme soutien d'infanterie

Le 8, le gros du Régiment se porte sur Autun, en vue de détruire, ou mieux, de s'emparer des forces ennemies qui sont à ce moment‑là immobilisées par des F.F.I., et de couper les colonnes allemandes venant du centre de la France, en particulier de la région de Nevers.
La ville d'Autun reste remplie d'ennemis. Le Colonel Demetz décide de s'en emparer en l'encerclant, puis de marcher sur les colonnes descendant du Morvan pour les détruire le plus rapidement possible.
Dans l'après‑midi, l'encerclement est réalisé, mais les Allemands continuent de s'infiltrer vers Autun. Dans la région d'Etang‑sur‑Arroux, au carrefour de Fontaine‑la‑Mère, les Allemands, qui veulent passer, livrent de violents combats où ils perdent, camions, matériel, prisonniers. Dans la soirée, la ville haute d’Autun était atteinte au cours de combats acharnés, mais l'ennemi résistait en force dans la partie Nord.

C'est le 9 Septembre au matin, que la pression convergente sur la ville devait amener la libération d'Autun. A 9 heures, le Colonel Demetz s'installait à la Préfecture.
Il fallait alors faire face à d'importantes colonnes ennemies en mouvement vers le Nord‑Est : c'est autour d'Autun que les 8, 9 et 10 Septembre, se sont livrés les plus violents combats, en particulier au carrefour de Fontaine‑la‑Mère et au Pont Saint‑Andoche.
La victoire d'Autun se soldait par la reddition de la colonne Bauer. Un important matériel tombait entre nos mains. Trois mille prisonniers défilent devant nos Dragons. L'un d'eux se penche vers son camarade et murmure
« Cette heure nous paie de beaucoup d'autres ! »
Malheureusement, les pertes du 2e Dragons étaient douloureuses : le Chef d'Escadrons de Neuchèze, en particulier, avait été tué dans le char « Notre‑Dame » d'une balle en plein front (De Neuchèze ! Héros du Régiment ! Officier qui ne conçoit la vie d'officier que périlleuse, pétrie de risques, sublime. Toujours à l'avant. Toujours le premier face au danger. En 1940. il fonce avec les A.M. de son groupe‑franc dans des raids téméraires et dévastateurs à l'intérieur des lignes ennemies. A Auch à peine rétabli ¢e ses blessures, il devient l'âme de la préparation à la lutte nouvelle. Arrêté et emprisonné par la Gestapo, il s'évade du camp sinistre de Compiègne, puis, surmontant tous les obstacles, porteur de l'Etendard du Régiment, rejoint l'Afrique à bord d'un sous‑marin.).
Mais la double mission du 2e Dragons était accomplie Autun était libre. L'ennemi stoppé et anéanti.

Le 12 Septembre, des patrouilles du 2e Dragons réalisaient la liaison avec les Américains venant du Nord.

Le 1er Octobre, le 2e Dragons rejoignait la 2e D.I.M. dans la région de Villersexel, puis la 3e D.I.A. dans la région de la Bresse (9 octobre). Il participait aux actions sur la Bresse et sur Cornimont, s'emparait de plusieurs villages, et livrait de durs combats dans ces régions montagneuses, en particulier à Planois, Cornimont, le Haut‑du‑Paing.
Le Commandant en second, Chef d'Escadrons Lambert recevait, le 11 Octobre, une blessure grave à laquelle il ne devait pas survivre.

Le 30 Octobre, le Régiment se regroupait en cantonnement de repos dans la région de Saint‑Loup‑sur‑Semouse.

Le 11 Novembre, le Régiment rejoignait la 2e D.I.M. pour participer à l'opération offensive qui devait amener la prise de Belfort et celle de Mulhouse.

Le 24 Novembre, le Régiment atteint la région de Grandvillard : une partie de ses éléments (3e et 4e Escadrons) participait brillamment à la destruction des Allemands qui, à travers les bois de l'Oberwald (région de Rechesy), avaient réussi à couper les communications de la glorieuse 1ère D.B.. victorieuse à Mulhouse.

Le 2 Décembre, le Régiment prenait les lignes sur les bords de la Doller, de Morschwiller à Pont d'Aspach ; il y restait jusqu'au 20 Janvier 1945, agissant par ses feux sur la rive gauche de la Doller, tandis qu'un Escadron participait à la défense du secteur Rhin.

A partir du 21 Janvier, le Régiment va se trouver engagé dans la dure bataille pour la réduction de la poche d'Alsace, devant Cernay et dans les cités des Mines de Potasse. Il y subissait des pertes cruelles en personnel et en matériel.

Mais, le 3 Février, des éléments du 2e Dragons entraient à Wittelsheim, dégageant ainsi les cités Else, Graessergeste, Langenzug, tandis que le 5 février, d'autres éléments participaient à la prise de Cernay et à la liaison faite entre les Français et les Américains près de Rouffach : l'Alsace était libre.

Le 17 Février, le 2e Dragons était mis en repos à Masevaux.

Le 1er Mars, le Colonel Clerck remplaçait le Colonel Demetz à la tête du Régiment.

Le 28 Mars, le Régiment partait pour la Région Sud de Spire et le 1er Avril, ses blindés (4e Escadron), après avoir détruit des casemates de la rive droite du Rhin, franchissaient le fleuve, les premiers de tous les blindés de la 1ère Armée Française et se lançaient à la poursuite de l'Allemand en direction de Karlsruhe.
A la suite de ce beau fait d'armes, le Colonel de Clerck rédigeait l'Ordre du Jour suivant :

Ordre du Jour N° 135 du Lt‑Colonel de Clerck :
Officiers, Sous‑Officiers, Brigadiers, Cavaliers du 2e Dragons,
II y a quelques mois à peine, votre Chef de Corps à la veille de la bataille pour la Libération, faisait au nom de tous, à notre Etendard évadé de France comme par miracle, le serment de le ramener chez nous, paré d'une Gloire nouvelle.
Ce serment est maintenant tenu, dépassé. Nous avons franchi le Rhin, premiers éléments blindés de la 1ère  Armée Française, sur les traces du Vieux‑Condé Dragons, des Armées d'Austerlitz ; nous envahissons l'Allemagne à notre tour pour la bataille de conquête, pour laver définitivement l'injure faite à nos foyers, à notre Patrie !
Vivant symbole de l'Unité Impériale puisqu'il réunit aujourd'hui dans ses rangs les Français et les Indigènes de nos départements d'Afrique, aux Evadés de France et aux Maquisards retrouvés, tous animés d'une commune et farouche résolution, le Régiment saura se montrer digne. d'un passé déjà si lourd de gloire.
2e Dragons, en avant pour la Victoire. Vive la France !
P.C. le 1er avril 1945.
Le Lt‑Colonel DE CLERCK, Commandant le 2e Dragons.

Le 2 Avril, de durs combats avaient lieu à Hochstetten et Graben.

Le 3 Avril, après avoir pris plusieurs villages, un des détachements du Régiment atteignait Weingarten. Au cours de violents combats de rues contre des Allemands fanatisés, retranchés dans les maisons, disposant de blindés, de canons anti‑chars, les 1er, 3e et 4e Escadrons parvenaient au cœur de Weingarten qui était occupé en totalité le 5 avril grâce au mouvement débordant de la 5e D.B.

Le 14 Avril, le Régiment repassait le Rhin et se rendait à Strasbourg.

Le 16, il commençait à repasser sur la rive droite du Rhin.

Le 17, le 2e Escadron livrait un brillant combat sur les contreforts Ouest de la Forêt Noire à Oberkirch, puis cet Escadron, détaché au Groupement Lebel devait, au cours d'étapes démesurées, bousculant un ennemi désemparé, atteindre Constance le 26 Avril.
Le reste du Régiment, sous les ordres du Colonel, était chargé de verrouiller la sortie Est des vallées de la Forêt Noire.

Le 22 Avril, le 4e Escadron, placé en bouchon dans le village de Saint‑Georgen, est au prise avec une colonne allemande, appuyée d'automoteurs et décidée à passer coûte que coûte. Pratiquement encerclé dès le début de la matinée, les efforts pour le dégager du 3e Escadron qui perd deux chars, sont d'abord infructueux, puis l'arrivée de l'Infanterie et la manœuvre du 1er Escadron soutenu par des T.D. du 3e Escadron, amènent l'Allemand à se déclarer vaincu.

Le 25 Avril, le Régiment, moins le 2e Escadron, est appelé au P.C. de la 4e D.M.M. à Schwenningen (Schwenningen est situé environ à 30 km. Sud‑Est de Freudenstadt, au nord de Donaueschingen (Pays de Bade), région E du Schwartzwald).). Les S.S. du 18e C.A., encerclés dans la Forêt Noire, ont réussi à submerger le point d'appui de Marsbach faiblement tenu et poussent vers l'Est : ils sont plus de 15.000, bien armés et résolus.
Le Colonel partage le Régiment en deux détachements qui se voient adjoindre l'un et l'autre une compagnie de tirailleurs.
Le 1er Détachement ( Chef d'Esc. de Toulouse‑Lautrec, 1 peloton du1er Esc. et le 3e Escadron) partant de Schwenningen s'empare de dix villages, 21 Officiers, dont le Major Staffer, chef du 14e Panzer grenadiers Rgt. 2.170 prisonniers, un matériel considérable, rétablit la liaison avec Donaueschingen et avec un bataillon de tirailleurs encerclé à Aasen, réussit enfin, après deux jours de combats violents et victorieux, à donner la main au C.C.6 à Immendigen.
Le 2e Détachement (Chef d'Esc. Ballotte, 3 Peloton du 1er Escadron et le 4e Esc.) s'empare de plusieurs villages, de 300 prisonniers et, poussant à travers bois, vient par le Nord rejoindre le Premier Détachement, au prix de combats violents, dans le village de Zimmern.
La sonnerie «  Cessez le feu » trouve le 2e Dragons au Château d'Heilingenberg chez le Prince de Fürstenberg, dans la région d'Uberlingen.
Après avoir bouté l'ennemi hors de France, franchi le Rhin et pénétré profondément en Allemagne, le Lt‑Colonel de Clerck pouvait écrire l'Ordre du jour suivant que tous, anciens et jeunes du 2e Dragons, liront avec fierté :

Ordre du Jour N° 157 du Lt‑Colonel de Clerck
Officiers, Sous‑Officiers, Brigadiers et Cavaliers du 2e Dragons,
Le général de Gaulle a proclamé aujourd'hui la cessation des hostilités. Ce moment‑ci, longtemps espéré, qui semblait parfois si lointain des rives d'Afrique, du fond des geôles espagnoles ou des impénétrables maquis de France, est consacré par la capitulation sans conditions de l'Armée Allemande.
En ce premier soir de victoire, je vous exprime ma légitime fierté d'avoir été votre Chef pendant ces dernières semaines de combats glorieux et ma confiance en vous pour l'avenir.
Aux mâles et sanglants travaux de la guerre vont succéder les tâches aussi nécessaires, certainement plus ingrates de l'occupation. Rappelez‑vous qu'il y a toujours noblesse à servir.
Soldats vainqueurs, vous représentez ici la Patrie. Gardez la fierté de l'uniforme des fils de France, l'orgueil de la tenue du 2e Dragons.
P.C., le 8 mai 1945.
Le Lt‑Colonel DE CLERCK, commandant le 2e Dragons.

 

 

 

 

 

Chars TD M10 du 2e Régiment de Dragons  (1944-1945)                        

 

E.H.R. 

 

PC du colonel : M20 

PARIS

 

 

 

MONTMARTRE

 

P.C. du Cdt en second M20

PASSY

 

1er escadron de reconnaissance 

 

E.M. : M20 

ILE ST LOUIS 

 

 

 

MENILMONTANT

 

1er peloton : M20

 

 

 

 

 

 

2e peloton : M8 

CHAILLOT 

 

 

 

LES GOBELINS 

 

3e peloton : M8 

LA MUETTE 

 

 

 

MONTPARNASSE

 

4e peloton : M8 

LE MAIL 

 

 

 

BONNE NOUVELLE

 

2e escadron 

 

 

E.M. : M20 

CHAMP DE MARS 

 

1er peloton 

 

ARC DE TRIOMPHE 

 

 

463752

ARC DE TRIOMPHE II

 

 

 

TOUR EIFFEL 

 

 

 

QUAI D’ORSAY 

 

 

 

CARROUSEL

 

2e peloton 

 

CRILLON

 

 

463753

CRILLON II

 

 

 

LOUVRE

 

 

 

OPERA

 

 

 

BAGATELLE

 

3e peloton

 

GRAND PALAIS

 

 

 

NOTRE DAME DE PARIS 

 

 

 

PORT ROYAL 

 

 

445911

LAUZUN 

 

3e escadron

 

E.M. : M20 

LES TERNES

 

 

 

LA CITE

 

1er peloton 

PONT NEUF

 

 

 

LUXEMBOURG 

 

 

 

PORTE ST DENIS

 

 

446067

L’OBSERVATOIRE

 

2e peloton 

 

SAINTE-CHAPELLE

 

 

 

ECOLE MILITAIRE

 

 

 

LA MADELEINE

 

 

 

ST GERMAIN L’AUXERROIS

 

3e peloton 

 

LE PANTHEON

 

 

446065

PALAIS ROYAL

 

 

445914

LES TUILERIES

 

 

446032

ST GERVAIS

 

4e escadron

 

 

 

E.M. : M20 

ETOILE

 

 

 

CONCORDE

 

1er peloton 

 

ST LOUIS EN L’ISLE

 

 

421147

DOME DES INVALIDES

 

 

 

PONT D’ARCOLE

 

 

 

PONT D’AUSTERLITZ

 

2e peloton 

 

LE TROCADERO

 

 

 

PORTE SAINT MARTIN

 

 

 

COLONNE VENDOME

 

 

 

LA SORBONNE

 

3e peloton 

446046

TOUR ST JACQUES

 

 

446063

ND DES VICTOIRES

 

 

 

LATOUR-MAUBOURG

 

 

 

L’ODEON