MORT-HOMME      501e RCC    3e Compagnie

 

M 4 A2 n° 36 matricule :  420-560  

Equipage :
Chef de char : Lieutenant Albert Bénard, blessé le 25 août 1944, remplacé par Georges Thiolet jusqu'au 15 octobre
               Lieutenant Bénard reprend son poste, à nouveau blessé le 17 novembre 1944
Tireur :
François Campani, blessé le 17 novembre 1944
Radio chargeur : Jacques Diot, blessé le 25 août 1944, remplacé par Lucien Fouchard, blessé le 17 novembre 1944
Pilote : René Champion, blessé le 17 novembre 1944
Aide pilote : Michel Duten, blessé le 17 novembre 1944

Paris     25 août 1944 Rue de Rivoli
A 13 heures, sous le commandement du commandant de La Horie, la 1ère section de chars (lieutenant Bénard) se lance à l'attaque de l'hôtel Meurice appuyée dans sa progression par deux sections d'infanterie du Tchad. L'hôtel Meurice est le Q.G. du général von Choltitz, commandant la garnison allemande du "Gross Paris". La progression commence le long de la rue de Rivoli ; les fantassins bondissent de pilier en pilier et de porte en porte ; le lieutenant Bénard défonce une barricade antichars et débouche sur la place de la Concorde.
Le Mort-Homme reçoit une grenade qui explose dans la tourelle, blesse grièvement le chasseur Diot, ainsi que le lieutenant Bénard et son tireur, François Campani. Le Mort-Homme commence à brûler, mais le conducteur Champion, faisant preuve d'un sang-froid remarquable, éteint l'incendie avec ses extincteurs et sauve le char sous le feu de l'ennemi.

Souvenirs de François Campani, tireur :
"J'ai été éjecté je ne sais comment par la tourelle, je me suis retrouvé les quatre fers en l'air sur la route, complètement sonné et en flammes, là, des gens m'ont tiré sous les arcades et ont étouffé les flammes, puis, j'ai été emmené non loin dans un hôpital.
Je me rappelle avoir été choqué par le fait que dans les lits il n'y avait que des Allemands alors qu'à même le sol et contre les murs il y avait des blessés Français, civils et militaires.
On m'amena dans une petite pièce, on me fit assoir sur une chaise, j'attendis un peu, pensant à mes camarades que je croyais morts, un médecin m'examina puis je l'entendis dire à une infirmière qu'il fallait me faire une piqure. Une piqure ? Hors de question, je me suis levé, j'ai bousculé le médecin, j'ai foncé dans la salle en foutant en l'air au passage plusieurs lits avec des boches (bon, je n'en suis pas fier, mais rappelez vous que j'étais blessé, en état de choc, et que je pensais que mes copains étaient morts).
En sortant de l'hôpital, je me retrouve presque nez à nez avec un officier Allemand un Lüger à la main, juste à coté, caché derrière un pilier un jeune résistant tétanisé, même pas 16 ans, je lui arrache des mains son fusil et j'explose la tête de l'officier d'un grand coup de crosse.
Je cours comme un dératé vers mon char, là, je vois tous mes copains, vivants, je tombe à genoux et je me mets à chialer comme une madeleine.
Voilà, pour moi, la libération de Paris ça a été ça. J'avais 25 ans, j'y ait laissé mes cheveux et mes sourcils et pendant quelques temps j'étais le sosie de Yul Brynner."
Transmis par son petit fils, Jean-François Campani.

Badonviller (Meurthe et Moselle)    17 novembre 1944
La section du lieutenant Bénard fait également du bon travail : elle encercle les faubourgs de Badonviller, où les Boches sont retranchés. Mais ce n'est pas sans pertes. En effet, alors que le lieutenant Bénard, chef de char du  Mort-Homme, atteint les dernières maisons, il reçoit un obus de 88, qui met le feu à un de ses réservoirs d'essence. Il saute dans le fossé qui borde la route, suivi bientôt des chasseurs Mouchard et Campani, ce dernier complètement sonné sur le moment. Le conducteur, le caporal-chef Champion, n'arrive pas à sortir du char qui brûle et est obligé de taper comme un forcené avec un outil pour ouvrir sa trappe. Il saute enfin en hurlant, mais n'est plus qu'une torche humaine. Ses camarades le roulent dans un fossé et réussissent à éteindre ses vêtements. Son char avait déjà brûlé à Paris, mais cette fois il a moins de veine qu'antérieurement : il ne s'en tirera que le visage abîmé. Il nous rejoindra néanmoins cinq mois plus tard et fera la campagne d'Allemagne comme chef de char du Mort-Homme II.
Cependant, à peine les vêtements de Champion sont-ils éteints qu'à travers la fumée le lieutenant Bénard aperçoit un Fritz qui, traversant la rue, vient sur eux : il prend son pistolet, tire deux coups et le rate. C'est une grande chance, car l'homme qu'il prenait pour un Allemand est le chasseur Duten, le cinquième membre de l'équipage.