PRAGUE     2e RCA     4e Escadron

 

M 4 A4  

Le 19 novembre 1944, dans la soirée, le 2e RCA pénètre dans Mulhouse. Le PRAGUE s'approche du canal du Rhône au Rhin. De l'autre côté, une mitrailleuse allemande ouvre le feu. Le conducteur qui pilotait la tête à l'extérieur (il faisait déjà nuit) est tué et le char incontrôlé bascule sur le chemin de halage en contrebas. L'engin sera récupéré ultérieurement. Les allemands font sauter le pont quelques instants plus tard. Les versions de l'évènement varient mais celle rapportée ci-dessus est celle du Maréchal des Logis Denier, chef de char.

Souvenirs de Georges Sagrandi
Conducteur de char au 4e escadron du 2e Chasseurs d'Afrique
"Le 16 novembre 1944, j'étais conducteur d'un sherman. Nous avions gagné dans la soirée et la nuit où il se mit à neiger la ligne de départ de l'attaque que nous allions mener dans la boucle du Doubs en vue de la prise de Montbéliard. J'étais char de tête et c'était mon baptême du feu. Cela fait une drôle d'impression d'avancer sachant qu'il n'y avait plus rien entre moi et l'ennemi que cinq centimètres d'acier. Même les démineurs étaient entre nous et le deuxième char. Une demi-heure plus tard, après avoir reçu deux obus anti-chars, notre char ayant reçu un Panzerfaust en plein réservoir d'essence était en flammes. Je restais longtemps à pied auprès de lui à voir les ronds de fumée sortir de la tourelle à chaque explosion d'un obus, pendant que tout brûlait à l'intérieur avec mes affaires personnelles. Puis je suivis dans un camion mon escadron qui, dans une cavalcade échevelée tous phares allumés, au milieu des allemands complètement surpris, atteignit le Rhin à Rosenau le 19 novembre, le premier de toutes les armées alliées.
Le char Prague entra le premier à Mulhouse le 20 à la nuit. Au moment où il passe le pont sur le canal, près de la gare, celui-ci saute, tuant le conducteur et projetant le char à la verticale sur la berge, cinq mètres plus bas où il reste planté. Le chef de char, un costaud tombe au milieu des trois allemands qui ont fait sauter le pont et à coup de poing, les précipite à l'eau. Le lendemain, le lieutenant me fit venir et me montrant le char me dit : "voilà ton nouveau char".
Après l'avoir remis à l'horizontale et nettoyé l'habitacle plein de sang, de morceaux d'os et de cervelle, d'huile et d'acide de batterie, je m'aperçus qu'il était plus large que la berge d'un demi-patin de chenille. Il fallait faire une centaine de mètres et monter par le plan incliné, un lampadaire me gène pour le passage et je réussis à le faire tomber en trois ou quatre coups de boutoir pendant que j'étais environné d'étincelles...
Arrivé en haut, une cinquantaine de mulhousiens applaudissent spontanément. J'en étais tout fier, pourquoi ne pas le dire, et tout heureux d'avoir retrouvé un char, comme un bernard-l'ermite qui aurait retrouvé une nouvelle coquille."