JOURNAL DE MARCHE DU
 
7e REGIMENT DE CHASSEURS D'AFRIQUE

 

 


Par décision du général d’Armée Major des forces terrestres est crée à la date du 1er avril 1943, une unité de tradition venant des Chantiers de la Jeunesse Française qui prend l’appellation de 7e Régiment de Chasseurs d’Afrique. Le régiment garde la tradition des Chantiers en portant son fameux béret vert et le Lieutenant-colonel Van Hecque, ancien commissaire des "Jeunesses" en Afrique du Nord, obtient l’honneur de commander le régiment qui devient régiment de Chasseurs de Chars.
Le régiment, très animé de l’esprit de revanche, s’installe dans la province d’Alger, à Ben Chicao. Il se prépare au combat, utilisant les compétences des jeunes des Chantiers d’Afrique du Nord, renforcés par les évadés de France par l’Espagne. Le 24 juin 1943, le régiment est passé en revue sur l’aérodrome de Bouffarik par SM le roi d’Angleterre, accompagné du Général Giraud. Le 14 juillet il défile à Alger devant le Général de Gaulle. D’abord incorporé à la 1ère D.B., il devient unité de réserve générale, adapté à la 3e D.I.A. pendant les opérations de 1944-1945.

CAMPAGNE D'ITALIE

Embarqué à Arzew le 27 décembre 1943, il débarque à Naples et Brindisi le 1er janvier 1944 et rejoint la zone des combats de Venafro pour combattre au sein du Corps Expéditionnaire Français (C.E.F.). Le régiment reçoit tout d’abord une mission de tir sur le mont Marino et le village d’Aqua Fontada occupés par les Allemands et que la 3e DIA doit attaquer. Le tir est déclenché le 12 janvier à 12h00 car l’ennemi a perdu des hauteurs très importantes et plusieurs localités. Le 15, le régiment est soumis à un violent bombardement de 23 h à 6 h du matin. Le 7e R.C.A. participe à l’attaque de la 3e D.I.A. sur Cassino et le Belvédère. Des éléments à pied du régiment renforcent une attaque d’infanterie sur le Monte Marino. En février, les attaques sont reprises par les Anglais et les Américains. Le Général Juin commandant le C.E.F. inspecte les éléments du régiment stationnés au Sud de Venafro et les félicite de leur belle tenue au combat, en particulier aux cours des opérations de la prise de Marino.
Le 11 mai 1944, c’est le jour J de la grande offensive qui va amener le C.E.F. jusqu’à Sienne. Les escadrons traversent le Garigliano et début juin participent à l’offensive sur Rome. La lutte est opiniâtre, le terrain est truffé de mines anti-char et de grosses destructions ralentissent la progression. Castelfore, Esperia, Pico, Radicofani sont autant de victoires au crédit du 7e R.C.A. Finalement le régiment se regroupe à Martapuis fait mouvement sur Villa Literno. Les pertes du régiment : 7 officiers, 52 gradés et chasseurs ont été tués mais il a détruit 30 chars ennemis et fait plus de 200 prisonniers. Regroupé à Tarente le 22 juillet, il embarque le 10 août 1944 pour arriver au large des côtes françaises le 16 août 1944.

CAMPAGNE DE FRANCE

L’E.H.R., les 2e et 4e escadrons débarquent à Saint-Tropez le 17 août, le 1er escadron à Cavalaire le 21, le 3e escadron à Marseille le 20 septembre 1944. Le régiment participe à la libération de Toulon, s’infiltre par le Nord après avoir atteint le Fort de Pierredon. Les équipages progressent dans la ville enfonçant les barrages qu’ils ne peuvent détruire et le 23 août le premier char arrive place de la Liberté au cœur de la ville ouvrant la porte aux colonnes qui s’engouffrent dans Toulon. Dés lors, c’est l’occupation de la région qui est entreprise, vers Bandol, Marseille, Aix en Provence puis en septembre Bourg Saint Maurice. Il traverse le Jura et au mois d’octobre le 7e RCA se trouve dans les Vosges. Une période difficile s’ouvre devant lui, mais il a l’honneur de compter parmi les premiers éléments français pénétrant en Alsace. 

Notes du Capitaine PETIT 4e Escadron           (Source Bulletin de L'Amicale du 7e RCA 2013)

10 août 1944 :
En mer, sur le "Fort Gaspéreau", le Cne nous réunit devant une carte du sud de la France où des flèches indiquent notre prochaine invasion de la côte méditerranéenne.
16 août :
Nous longeons la Corse de nuit et filons vers Saint-Tropez. Les nouvelles sont bonnes, je classe les cartes du Cne, dans le half-track "Dunkerque". A 16h dans le golfe de Saint-Tropez, pas de bruit de combat et au crépuscule nous touchons le fond à 150 m de la plage que le Génie aménage. A tribord, une usine, un fortin, 100 m derrière une passerelle relie la terre à un ponton, plus loin une passerelle détruite. Nous touchons terre entre les deux. Saint-Tropez s'étend dans une crique dominée par une forêt de pins. Paysage charmant, je n'ai encore aperçu aucun civil, sauf une fille à vélo sur la route le long du rivage. Les allemands se sont repliés sur Toulon, mais après avoir jeté l'ancre sept avions boches apparaissent et larguent bombes et grenades. La DCA réagit, deux avions sont abattus, aucun navire n’est touché. Nous craignons une autre attaque, les cibles ne manquent pas, des bateaux dans la baie par centaine.
17 août :
Nous dégageons les cales. Le Slt de Rochambeau et sa jeep "Dulcinée" touchent la terre de France. L'après-midi une cale est déchargée. Les véhicules sont arrimés aux filins et treuillés dans une barge qui, une fois chargée fonce vers la plage, abat l’avant, et les véhicules s'élancent dans 50 cm d'eau sur la rive aménagée par le Génie. Tout se déroule bien, sauf un orage et la foudre touchant une dizaine de saucisses qui s’enflamment. Jusqu'à minuit 4 alertes aériennes, pas d’avion.
18-19 août :
Déchargement de la deuxième cale. Je surveille le débarquement et "Dunkerque" roule déjà. Les rotations de la barge sont lentes, mais les nouvelles sont bonnes. Le front de la 3e DIA va en demi-cercle de Cannes à Toulon et on accélère la mise à terre d'unités pour occuper le terrain. Dans la matinée le Cne rejoint l’escadron et à 12h je pars le rejoindre dans le half-track "Dupleix" avec le bouc "Pico", récupéré au cours des combats. Emotion intense, enfin la France ! Mes pensées vont vers ma famille… A l’escadron, près de Cogolin, je peux fouler le sol de ma chère Patrie et recueillir un peu de terre pour la répandre sur la tombe de ma mère au retour à Alger. En lisière de bois le cantonnement s'organise, tente vite montée, lit de camp installé. (Ce lit a une histoire. Au départ de Brindisi, une partie du pont et une cale sont affectés aux troupes françaises. A bord, des américains convoient du matériel sur GMC, dont des lits de camp. Notre Intendance ne met pas à notre disposition ce "meuble" de confort répandu chez nos alliés. Un cavalier débrouillard découvre par où l'équipage passe pour les visites de sécurité et repère l'itinéraire allant à nos engins. Il pense emprunter un lit de camp et m'en parle. Au débarquement nous opérons le transfert de propriété). Le Cne m’envoie à Grimaud pour faire du pain avec notre farine. Je trouve une boulangerie : "Bonjour, pourriez-vous faire du pain pour mon unité ?" Air ahuri : "Impossible, je n'ai pas de farine". "Je la fournis". Marché conclu, je récupère la farine, la livre au boulanger, qui s’extasie devant la belle farine! Je récupère le pain le 19, un bon pain fabriqué en France. Une première distribution a lieu. Quel plaisir en croquant ce pain ! Le reste, évalué à une semaine, est mis dans un GMC. Je descends ensuite dans une vigne en contrebas et cueille les premiers raisins savourés en France. Mais les chars débarquent, à 12h le Cne m'appelle, nous partirons bientôt.
20 août :
9h30 départ de Grimaud, au compteur de "Dunkerque" 2.650 miles, Pujet-Ville, Les Mayons, Gonfaron, Pignans, Carnoules, Rocbaron, Signes, Le Camp. Les équipages souffrent de conjonctivite, une équipe sanitaire diagnostique une irritation par la poussière de bauxite. Lavage d'yeux, collyre, nous repartons. 18h30, Brulat, libéré depuis 14h, nous y passons la nuit. 2.707 miles au compteur.
21 août:
5h30 départ, 6h à Beausset avec les 2e et 3e Spahis. Passage par les gorges d'Ollioules, minées. A Ste Anne nous contournons par un chemin au pied de la Barre des Aiguilles face au fort du Pipaudon et retour sur la route. C'est là qu’est tué le Mdl Magnien, originaire de Toulon, premier mort de l'escadron en France. Il chantait souvent "Mon petit cabanon" et n'aura pas la joie de revoir sa ville natale. Nous atteignons Broussan, le col du Corps de Garde, les Pomets, sous des tirs d'artillerie et d'armes automatiques, dont "Dunkerque" porte les traces. Les boches tiennent solidement les forts. Les blessés et les morts sont nombreux, dont Simoni du 3e peloton. Les allemands ont même tiré sur les prisonniers, tuant un des leurs et un tirailleur qui les convoyait. Journée terrible ! Vivement que Toulon tombe. Il vaut mieux la montagne que ces forts, d'où l'ennemi cartonne. Nous passons la nuit aux Pomets.
22 août :
Un PC, 3e Tirailleurs, 3e Spahis et 7e R.C.A. s’installent entre Les Pomets et les Quatre Chemins, "Dunkerque" à 50 m pour faciliter les liaisons. Au compteur 2 720 milles, 113 km depuis Cogolin. Un obus éclate à 10 m, un deuxième passe au dessus et explose sur un talus voisin. "Vitiello, lâche le frein et avance". "Dunkerque" fait quelques mètres, un troisième obus explose où nous étions. Je gare mon blindé derrière un muret et prévient le Cne du changement. Les officiers, plongés dans l'examen d'une carte, n’ont pas réalisé la proximité des coups. Vers 9h les tirs cessent, Toulon est pratiquement encerclé, il ne reste aux boches que la route côtière vers Marseille ou peut-être par Ollioules.
23 août :
L'artillerie allemande tire toute la journée. Le Ltn René, 1er peloton, encerclé en ville avec un TD au canon HS et un char des spahis en panne d'essence, est dégagé par des blindés de la colonne Brossette. Après l’incident le Ltn René et le Mdl Ambrosini plantent un drapeau français sur les ruines de la Préfecture maritime et s’installent à 100 m en point d'appui, soutenus par les civils. Puis des AM de la colonne Brossette ont mitraillé et incendié l'arsenal. Plus d'une centaine de boches se sont rendus.
24 août :
10h30, le groupe de commandement est encore au P.C. entre Les Pomets et Quatre Chemins. Le Cne est parti avec le scout-car de l'infanterie et deux TD pour rejoindre le Ltn René et "coiffer" les résistances du secteur. Gêné par des antichars de 37, des mitrailleuses lourdes et des mortiers, il contourne pour rejoindre la Préfecture Maritime. J'apprends que le fort Ste-Catherine s’est rendu, que Paris, Marseille, Bordeaux, sont libérés. Bloqués à Toulon nous risquons de ne pas participer à la libération de la France. Patience !
25-28 août :
Nous sommes relevés par la D.I.M., sortons de Toulon par les gorges d'Ollioules pour Le Brulat. Pour la deuxième fois les habitants nous reçoivent chaleureusement. Dans la soirée je vais au Beausset avec des camarades boire un pastis. Le 27 nous quittons Le Brulat pour Aubagne et Allauch où nous bivouaquons. Accueil toujours sympathique. Le 28 je déjeune et soupe chez le facteur des Quatre Saisons à 300 m du bivouac. Le facteur a été emprisonné pendant cinq mois pour détention de tracts.
29 août :
Défilé à Marseille. En attendant la revue, face à la Chambre de commerce, près de l'endroit où Alexandre 1er et Barthou furent assassinés, je vois passer mon cousin Albert Cor qui a quitté Alger le 25 avec la mission financière. Nous bavardons un moment et le Cne m'autorise à passer l'après-midi à Marseille où nous convenons de nous retrouver à 15h au Splendid-Hôtel. Albert y dispose d'une chambre. (Aspirant au 1er régiment de Zouaves, il est affecté à la Mission financière du théâtre d'opérations Sud pour diffuser les instructions du gouvernement aux établissements financiers des régions libérées). Le défilé terminé je pars à la recherche d’amis de mes parents rue Albrand, mais ils seraient à Allauch, coïncidence ! A 15h je rejoins Albert. Nous passons l'après-midi et dînons dans un cercle militaire. A 21h30 je rentre à Allauch en stop.
30 août - 2 septembre :
Je retrouve les amis à Allauch. Retour à l'escadron pour le départ. Dans la soirée nous arrivons à Gréasque. Le 31, match de foot contre l'équipe du village, le soir bal sur la place. Départ de Gréasque le 1er septembre, vers Aix-en-Provence, nous remontons la Durance, traversons sur un pont de bateaux à Ste-Madeleine, puis Manosque, Sisteron, Serres et Aspres dans la nuit. La progression reprend le 2. Vers 15h, l’escadron longe le village du Gua, 20 km sud de Grenoble, après Pont de Claix, contourne Grenoble vers Saint-Pierre d'Albigny, où nous arrivons à la nuit noire, sous une pluie battante. Nous trouvons asile dans un ancien collège religieux.
3 septembre :
L’escadron moins le 1er peloton, plus un peloton de reconnaissance du 1er escadron, est intégré à la colonne du Lcl Goutard du 3e RTA. Objectif col de la Faucille. Derrière nous Le Bourget nous acclame alors que la colonne avance vers le tunnel du Chat, dont l’accès paraît libre, mais que peut cacher sa gueule noire ? Quelques minutes d'observation, nous nous engageons avec un brin d'appréhension. Il ne faudrait pas qu'il soit miné, que l'ennemi nous réserve un mauvais sort à la sortie. Le passage s'effectue sans problème, les boches se sont retirés. A Yenne, Lucey, Rives, Rochefort, enthousiasme partout. 13h40, nous sommes près d'un pont à 7 km au Nord de Rochefort, et à 62 km de Genève.
4 septembre :
La colonne reconnaît Culoz, Béon, Artemare, Don, Fitignieu, Lompnieu, Hotonnes, le col de Richemont, Billiat, Arlod et Bellegarde, sous des tonnerres d'applaudissements. A Bellegarde un cortège s'approche de nous, en tête une femme cheveux rasés, une mèche avec un ruban rouge sur le crâne, est poussée sous les quolibets de la foule. La malheureuse paie pour avoir un peu trop "fréquenté" les boches ! Nous rejoignons Longeray, Collonges, Logras et Gex, 40 km nord-est de Bellegarde, où nous passons la nuit dans une école. L'approvisionnement en essence n'a pas suivi, une partie de la colonne est bloquée à Gex.
5 septembre :
Les chars sont vers le col de la Faucille. Au village nous trouvons du pain à volonté. Hier et ce matin, repas au restaurant : œufs, jambon, bœuf, pommes de terre, tomates, fromages. Gex est un joli village, calme, reposant, le soleil brille, le coin est vraiment délicieux. 12h30, l'essence arrive, les pleins faits nous démarrons. 19h nous sommes au hameau des Pontets, près de Mouthe. Après la Chaux-Neuve, nous prenons le GC 46 par Le Crouzet, Boujeons, Remoray, Les Granges. Quelques instants d’arrêt au milieu d'une foule en liesse, puis nous continuons jusqu'à Oye et Pallet pour la nuit.
6 septembre :
6h30 départ vers Pontarlier, en tête 2 TD, sur lesquels sont juchés des tirailleurs, ¨Dunkerque et la jeep du Cne. Peu après, arrêtés en observation, un agriculteur nous renseigne, puis court vers un bâtiment et revient en roulant une meule de gruyère qu’il partage entre les véhicules. Au dernier point d'observation nous voyons une sentinelle sur le pont de la voie ferrée. Nous fonçons, le boche déguerpit. Après le pont nous essuyons les premiers tirs. La libération de Pontarlier commence. Par La Planée, Ste-Colombe, les Granges, Narboz, la colonne surprend l'ennemi, fonce sur la gare de Pontarlier et l'occupe. (En 1991 j’ai retrouvé l'hôtel du Pont aux Granges où fut pris en photo le groupe de commandement le 4 septembre 1944. Je montre la photo à une jeune femme qui appelle son mari, Mr Robbe. "Comment avez-vous eu cette photo ?" "Je ne me souviens plus, mais je suis sur le half-track". Mr Robbe s'éclipse et revient avec un dossier qui retrace l'histoire de l'hôtel. On y trouve la même photo. Il va chercher son père, cafetier en 1944, qui ne se souvient plus comment la photo lui est parvenue. Nous évoquons les souvenirs et Mr Robbe précise que dans la soirée un état-major s'était réuni pour monter l'opération du lendemain. 47 ans après j'appris où et comment avait été choisi l'itinéraire). Les mitrailleuses crépitent, nos TD lâchent leurs bordées, ça cogne dur. Pontarlier serait surtout tenu par des cosaques. Nous faisons 19 prisonniers. Vers 9h j'avance le half-track de 300 m contre la gare, puis je rejoins l'hôtel de ville. "Dunkerque" s'embosse devant l'entrée, la population arrive, le half-track est pris d'assaut, je désarme les mitrailleuses pour éviter l’accident. Tout le monde nous saute au cou. Que d'embrassades! Nous sommes pris en photo et laissons nos adresses. Verrons-nous ces photos ? Je ne sais plus où donner de la tête. Quelle joie ! Les pompiers jouent "Au Drapeau", la Marseillaise sort des poitrines. Le crépitement des mitrailleuses au centre ville ne semble pas faire peur à la population. Mais je dois retourner à la gare, avec un essaim d'enfants et de jeunes filles qui ne veulent plus quitter le blindé. 12h30, nous sommes plus tranquilles, la plupart des gens sont rentrés chez eux. Je viens de manger un peu, à l'écoute des TD qui appuient l'encerclement des casernes par les FFI. Fin d'après-midi nous quittons Pontarlier pour joindre les SAS français repoussés de Clerval par des blindés allemands. Nous passons par Nods, Eponoy, Longechaux, longeons le camp du Valdahon fortement tenu paraît-il par les boches, Bremondans, et nous installons à Pont-les-Moulins, chars en batterie à côté du pont sur le Cusancin. Nous repartons sur Clerval quand on signale une colonne de blindés remontant la route Roulans, Baume-les-Dames, Clerval. 10h50, à Crosey le Petit, 8 km sud de Clerval, nous faisons la jonction avec une soixantaine de parachutistes du régiment de mon frère Marcel. Je bondis vers trois d'entre eux qui sortent d'un bosquet. "Venez-vous d'Angleterre ?" "Oui." "Votre adresse est PO Box 244 ?" "Oui." "Connaissez-vous Marcel Petit ?" "Oui." "Est-il avec vous ?" "Non, sa section n'a pu être parachutée à cause du mauvais temps." J'apprends que mon frère a sauté en Bretagne où sa section a combattu 22 jours. (Mon frère, engagé aux FFL en 1943, a été parachuté dans la nuit du 13 au 14 août 1944 aux environs de Salornay sur Guye, entre Cluny et Montceau. Il combat ce jour là à Montceau-les-Mines, blessé en fin de matinée dans l’attaque d’un train blindé à Galuzo, évacué à l'hôpital de La Guiche, transféré à celui de Montceau-les-Mines.) Les paras, délogés de Clairval par des blindés allemands ont perdu une vingtaine de blessés et tués. A Crosey-le-Petit, nous surveillons la vallée du Doubs, la route, le chemin de fer, le canal, nos TD prêts à contrer toute attaque de blindés. 14h, nous allons à l'est de Crosey-le-Petit, au col de Ferrière, carrefour de six routes menant à Crosey-le-Grand, Clerval, Glainans, Tournedoz, Vellerot, Orve. Le peloton Sigwalt surveille le carrefour. Nous sommes couverts par de l'infanterie et des Spahis, "Dunkerque" au centre du dispositif. Après l’arrivée au col un accrochage a lieu avec une patrouille allemande appuyée par une AM récupérée par les boches qui ont revêtu les tenues US. Pétarades dans tous les coins. Le peloton Sigwalt capture l'AM… De 19 à 21h de violents tirs font cinq blessés dans nos rangs.
7-8 septembre :
Le matin, une reconnaissance bute contre un abattis sur la route de Glainans 1500 m devant nous et signale le bruit d’un moteur de char, plus bas à l'entrée de Glainans. Le Cne me demande de dégager le barrage à l'aide du treuil du half-track et me fait couvrir par une section FFI. Après m'être assuré que les troncs ne sont pas minés ou piégés, je les tire avec le treuil. La route dégagée, j'entends toujours le moteur du char allemand ; caché par un masque d'arbres, il nous a ignorés. Rejoignant nos positions, débouchant du tournant surveillé par notre première ligne, j'ai la surprise de voir au milieu de la route un canon antichar des tirailleurs et son servant se précipiter à son poste de tir. Heureusement, un gradé stoppe son élan en même temps que je me dresse pour me faire reconnaître. La pièce vient juste d'arriver et son tireur n'a pas été avisé de notre présence en avant du poste. Voir une gueule de canon vous confondre avec un ennemi, ça fait un drôle d'effet ! 14h10 il fait mauvais temps, une impression de jour qui s'achève, pas de luminosité. Le peloton de Rochambeau part, accompagné du scout-car "d'Assas", à bord duquel monte le SLt Laflèche, et s’engage sur la route de Glainans avec des éléments du 4e RTT et du 3e Spahis. 16h, un char léger des spahis est démoli à l'entrée de Glainans. (Au cours de l’accrochage, l'aspirant Seguin, père de Philippe Seguin député-maire d'Epinal et président de l'Assemblée Nationale, et l'adjudant Meyer, sont tués.) L'après-midi se termine par une violente contre-attaque allemande, 2 Cies appuyées par au moins un canon antichar de 37 jusqu’à moins de 200 m du carrefour. Après une préparation d'artillerie l'infanterie allemande se lance à l'assaut. Les boches approchent jusqu'à 30 m de nos mitrailleuses qui les clouent sur place, malgré deux attaques successives. Un obus de 37 atteint le scout-car des spahis, qui tirait à la mitrailleuse lourde, et lui crève les pneus avant. Un véhicule sanitaire allemand venu relever morts et blessés est abandonné à la suite de notre tir d'arrêt. La nuit du 7 au 8 est relativement calme à part quelques tirs d'armes automatiques, par des patrouilles. Tôt le matin, on retrouve le corps d’un officier allemand à 30 m d'une de nos mitrailleuses. (En 1991, de retour sur les lieux, je découvre une tombe allemande près de l'endroit occupé par "Dunkerque" le 7-9-1944. Je lis : Werner PAARSCH - 10-4-1922 / 7-9-1944). Le 8 midi, le Cne me replie de 300 m en contrebas de la route de Crosey. Avec Vitiello nous creusons pour nous abriter le plus possible en cas de nouveaux tirs d'artillerie. Mais à 16h nouvelle mission, les éléments du 4e escadron quittent le col de Ferrière, s'engagent en colonne, 100 m entre les véhicules, sur la route de Valonne. Nous sommes accueillis par des tirs de mortiers : deux blessés et la colonne est coupée. Le Ltn de Rochambeau, deux de ses chars et moi-même qui étions en queue, font demi-tour vers Vellerot. Le Cne organise alors une couverture au sud de Valonne et donne l'ordre de passer coûte que coûte. Dans Valonne, à vive allure, nous voyons une jeep retournée et un homme allongé dans le fossé. Le Cne rejoint. Le MdL Pouget et un cavalier manquent à l'appel. Aussitôt un TD repart à Valonne pour les récupérer. Pouget se plaint de contusions internes. Pas d’évacuation sanitaire possible, il est installé dans le char. La marche reprend par Champ-du-Moulin, Peseux, Froidevaux, Chatillon, et par nuit noire Saint-Hippolyte. Installation face au pont sur le Dessoubre. Une grand-mère et ses deux petites filles nous accueillent dans l'hôtel-restaurant Faivre, avec une bonne soupe et des conserves réchauffées. A minuit nous prenons un peu de repos dans la salle du restaurant.
9-10 septembre :
8h, prêts à partir, nous attendons. 11h ordre de s'installer sur place. Le peloton Sigwalt est engagé vers Tournedoz en appui d'un escadron de reconnaissance du RICM de la 9e DIM, le peloton de Rochambeau est indisponible, ses chars en réparation. Confirmation qu'à Pontarlier, le peloton de Rochambeau a fait 100 prisonniers, et le peloton Sigwalt 30. Le 10, pendant que le P.H.R. reste à Saint-Hippolyte, le peloton Sigwalt poursuit avec les éléments du R.I.C.M. vers Lanthenans, Hyemondans, attaque le village de Goux et y détruit un canon antichar de 37.
11 septembre :
Un peloton participe à l'attaque vers Villars-sur-Ecot ; le TD Duguesclin est touché par un automoteur de 105, le chef de char Lutz, l'aide tireur Zumbil, le radio Stenger sont carbonisés. Le TD de Pasqual participe à une reconnaissance vers de Dambelin et Goux. Nous apprenons le décès du MdL Pouget. Nous étions ensemble en primaire à l'école rue Négrier à Alger. 20h le peloton René rejoint St-Hippolyte. 13 septembre: nous quittons Saint-Hippolyte pour Saint-Julien. Le régiment se regroupe vers Le Russey, 18 km sud, il fait mauvais temps. Le 15 je vais à Charquemont, 7 km de Saint-Julien, installer un poste 608 sur le half-track "Dumbo" du 3e peloton. Nous révisons le matériel qui a souffert depuis le débarquement.
30 septembre :
Départ vers Sainte-Marie-en-Chaux, 4 km sud-ouest de Luxeuil, par Baume-les-Dames, Villersexel, Lure, Saint-Germain. Nuit au hameau Les Bas. A Sainte-Marie-en-Chaux nous sommes chez l'habitant à trois dans une pièce, mon lit de camp confortablement équipé d'édredon et duvet.
7-10 octobre :
Le 7 les sous-officiers et brigadiers chefs du P.H.R. fêtent un anniversaire ; bon gueuleton, gâteaux, champagne. Le 8, mouvement en direction de Luxeuil, Lure, Villersexel, Melecey et Villargent en fin d'après-midi sous une pluie battante. Un peloton TD est installé en bouchon AC depuis hier. Un puits est près de la route devant une ferme. Je saisis une nourrice, tourne la roue pour faire monter l'eau, quand la fermière m'engueule avec hargne, prétendant que je vais casser sa pompe et veut m'interdire de prendre de l'eau. Je réponds: "Madame, j'ai besoin d'eau, je me servirai, que ça plaise ou non." Elle rentre chez elle en maugréant. Le Cne revient des emplacements des TD, me demande d'installer le PHR au centre du village et de mettre le personnel à l'abri des intempéries. Le bâtiment devant nous comprend une grange, une écurie et l'habitation de la fermière en colère. Je frappe à sa porte, elle ouvre. Poliment je lui demande de permettre à mes hommes de passer la nuit dans la grange. Elle rétorque: "Je n'ai pas de grange, je n'ai pas de place". A travers la porte entrouverte j'observe que la grange comporte un plancher à trois mètres environ du sol. Je dis : "Madame, vous avez de la place dans la grange, je vais y loger une dizaine d'hommes". Réponse: "Les allemands se conduisaient mieux. Je vous interdis d'occuper ma grange. Je ne veux pas qu'en fumant on mette le feu". Je lui affirme que personne ne fumera. Elle tente alors de me pousser dehors. C'en est trop, je pointe ma mitraillette désarmée et lui ordonne de rejoindre sa cuisine. C'est la première fois en France qu'un pareil accueil nous est réservé. Installés à côté du foin dont l'odeur masque un peu celle de l'étable, nous sommes mieux que dehors. La drôle de bonne femme va, vient, observe, se rend compte que nous respectons ses biens et paraît se calmer. Notre groupe de protection occupe les barrages coupant la route d'Héricourt. Les boches seraient à un peu plus de 5 km et des éléments clairsemés nous couvrent. Il pleut.
18 octobre :
Le 3e escadron, Soudieux, relève le 4e qui se replie à Autrey-Le-Vay, 6 km ouest de Villargent. Le PC du régiment est à Esprels. Mon réseau radio ne pose pas de problème, mais les blindés nécessitent entretien et réparations. Hier, une note a été lue concernant les permissions pour la France. Pour l'Afrique du Nord rien n'est encore prévu. Le 31 octobre l'escadron quitte Autrey-le-Vay à 14h, traverse Lure, Luxeuil, Plombières, Remiremont et arrive à Bamont-sous-Saulxures. Nous cantonnons dans une filature, les balles de coton pour matelas. Il fait très froid, je grelotte toute la nuit. Le 1er novembre 2 TD sont engagés vers Cornimont, à l'affût d'un Ferdinand qui bombarde nos lignes. Derrière, l'artillerie n’arrête pas de travailler.
2 novembre :
Je vais à Cornimont installer une ligne téléphonique entre le P.C. d'un chef de bataillon des tirailleurs et la position du 1er Peloton TD. Le secteur, harcelé par l'artillerie allemande, il faut découvrir un cheminement avec un minimum de risques pour la ligne, moi-même et le cavalier qui m'aide. Le 3, avec "Dunkerque" j'accompagne le Cne au col de Cornimont pour régler un tir.
5 novembre :
Le Ltn René vient me chercher en jeep pour réparer la ligne téléphonique coupée par des éclats pendant la nuit. La réparation est effectuée alors que je suis pris au milieu de plusieurs "arrivées" qui m'impressionnent moins que la conduite "à tombeau ouvert" du Ltn qui me ramène à Bamont. Cornimont est régulièrement "arrosé", de nombreuses maisons sont détruites, particulièrement près du pont sur la Moselotte. Le 4e escadron ne reçoit pas de mission d'envergure. Nous attendons.
16 novembre :
14h nous quittons Bamont. Je monte à bord d'un dodge. "Dunkerque" a cassé une chenille et rejoindra après réparation. 15h l’escadron arrive à Dommartin-les-Remiremont pour quelques jours de repos.
21 novembre :
10h30 nous quittons Dommartin pour Rupt-sur-Moselle où le capitaine organise son P.C. Le 1er peloton s'avance sur la route du Thillot jusqu'aux avant-postes. L'attaque prévue pour midi est reportée car des opérations sont prévues sur les cols des Vosges pour pénétrer en Alsace. Le 7e R.C.A. serait réparti en appui des unités sur un front sud, de Gérardmer au Ballon d'Alsace. Nuit à Rupt-sur-Moselle.
26 novembre :
7h départ de "Dunkerque" pour le fort de Rupt pour recevoir les ordres. Les pelotons doivent être engagés vers le Thillot et le col de Bussang, Les combats à venir risquent d'être rudes. Le peloton René a déjà été accroché sur l'axe Rupt, Ramonchamp, Le Thillot. Le TD "Dompteur" saute sur mine le 21, le MdL Ambrosini chef du TD "Débrouillard" est tué le 22 au soir à Ramonchamp. Le 24 le MdL Baudinière et un cavalier sont blessés. Aujourd'hui un obus de 155 frappe le char "Diabolique" ; la mitrailleuse est HS, le MdL Bazin est légèrement blessé.
26 novembre :
Le Cne rejoint à 9h30 le fort de Rupt et m'apprend que le 1er peloton est bloqué par des tranchées interdisant de forcer les défenses allemandes du Thillot. Nous contournons par le sud. Le Cne prend le commandement de 3 chars légers M 5 du 3e Spahis, du half-track PC, et de quelques éléments à pied de protection. La colonne s'engage sur les crêtes, col de La Fourche, col des Croix, Château-Lambert, un M 5 en tête, puis "Dunkerque", jusqu'à une maison forestière où la piste descend vers St-Maurice à travers la forêt. Le Cne Guth décide de s'engager malgré un dévers abrupt. Le premier char passe ; dans ses traces Vitiello réussit à laisser glisser "Dunkerque". Les deux autres chars légers ne parviennent pas à suivre et rebroussent chemin. La protection à pied nous accompagne pour une descente acrobatique, au pas, sous la futaie. Il ne faudrait pas être surpris au détour d'un talweg mais l'ennemi ne se manifeste pas. 14h nous sortons de la lisière et entrons dans St-Maurice/Moselle à la surprise des habitants qui nous voient déboucher de la montagne quand ils pensaient nous accueillir sur la route du Thillot. Les allemands viennent de se replier vers le col de Bussang. Le peloton René piétine devant Le Thillot en raison des obstructions. Nous avalons quelques "beans" en attendant des renforts. Le 1er peloton rejoint et, par la rive gauche de la Moselle, nous fonçons vers Bussang. Trois TD s'embourbent, il en reste un pour accompagner le M 5 et "Dunkerque" qui reçoivent un accueil chaleureux à l’arrivée en ville à 17h30. Le P.C. du 4e escadron s'organise près de la gare. Mme Robert Antoine nous ouvre sa maison. Sans nouvelle de son fils au maquis depuis six mois, elle nous accueille comme une mère. Nous rencontrons Jeannette Come qui s'offre d'être la marraine de "Dunkerque". Très vite le gros des troupes arrive. Les artilleurs s'installent près de la gare et avant la nuit tirent sur le col.
29 novembre :
Depuis ce matin le col et le Drumont sont tenus par nos troupes, mais le tunnel résiste. Je loge chez Mme Robert Antoine. Par crainte des bombardements elle est dans sa cave et me laisse sa chambre, ce qui me permet de dormir sous les édredons, lorsque j'en ai le temps.
1er décembre :
Des éléments de l’escadron entrent en Alsace par le col de Bussang où le Génie travaille pour ouvrir une piste car le tunnel a sauté. J'attends l'ordre de quitter Bussang. Jeannette assiste à notre départ et me voyant mettre mon journal à jour, y trace ces lignes : "Les quelques derniers moments que nous passons ensemble avant que le Dunkerque passe la frontière des Vosges pour chasser le boche, qui oppresse encore l'Alsace si souvent meurtrie, resteront impérissables dans mon souvenir et seront toujours unis à mes pensées les plus sacrées, car ces instants depuis le 26 novembre 1944 à 10h30 sont les plus beaux que ma jeunesse aient vécus jusqu'à présent. 1-12-1944 Jeannette." 16h nous partons au col, nous sommes refoulés, les travaux ne sont pas terminés. Nous revenons à Bussang, des airs de musique nous parviennent, l’équipage va vers la place du village avec Jeannette. Au milieu de la population la musique des Tirailleurs offre un concert. "l'Alsace et la Lorraine", "les Africains", sont repris en chœur dans l'enthousiasme général. La soirée se termine gentiment chez Mme Antoine avec notre "marraine" Jeannette. A minuit trente je suis couché.
2 décembre :
7h30, je franchis le col par une piste ouverte par le génie au-dessus du tunnel, obstrué aux extrémités. je suis en Alsace, à 8h à Urbes. Des éléments à pied et le 2e peloton de TD m'y ont précédé hier.
4 décembre : Je vais en jeep au 3e peloton, entré en Alsace le 26 par l'axe sud du 4e escadron, pour réparer deux postes radio. Itinéraire : Mollau, Husseren-Wesserling, Mitzach, près de St-Amarin, occupé par des français au contact des allemands. Secteur relativement calme sauf quelques minens. Peu avant Mitzach j'ai essuyé une rafale de mitrailleuse. L'après-midi je descends à St-Maurice pour mettre au point mon matériel de réserve. Au retour on m'annonce que je vais partir à Cherchell. Le Cne confirme et ajoute : "Le colonel m'a chargé de vous dire que si vous renonciez à partir il vous nommerait dès demain adjudant". Après un instant je réponds : "Je suivrai mon sort. Je suis désigné pour être élève-officier, je préfère ne pas sortir de la route tracée par le destin qui m'offre le bonheur de voir bientôt mon fils."

 

BATAILLE DES VOSGES ET D'ALSACE

Le 1er Novembre l’Escadron GUTH est mis à la disposition du Général commandant l’l.D. de la 3ème D.I.A. (P.C. à BAMONT). Jusqu’au 16, les T.D. seront employés en montagne dans des conditions climatiques très pénibles, froid, boue, neige. Ce sont chaque fois de véritables acrobaties et dans plusieurs cas, de longues journées de travail seront nécessaires, pour désembourber nos engins. Des résultats très satisfaisants seront obtenus, l’ennemi abandonnant toutes les maisons prises sous le feu des T.D.
 
Le 16 Novembre 1944, l’Escadron fait mouvement sur DOMMARTIN-LES-REMIREMONT. 3 jours de repos, et le 20 mouvement sur RUPT-SUR-MOSELLE. Il relève le 4ème Escadron du 5ème R.C.A. et est mis à la disposition du Colonel AGOSTINI Commandant le 3ème R.T.A.
 
21-26 Novembre :
Actions ayant pour but de prendre CHATEAU-LAMBERT et le THILLOT.
Le peloton RENÉ est aux ordres du corps Franc POMMIES, à RAMONCHAMP. Le T.D. “DOMPTEUR” saute sur une mine, personnel intact. Le 22 et les jours suivants, ce peloton effectue des patrouilles sur la route RAMONCHAMP - l’ETAT - LE THILLOT. Le 22 le Maréchal des Logis AMBROSINI est tué par éclats d’obus ; le 24 le Cavalier BOUALLEG est blessé par balle.
Le peloton SIGWALT mis à la disposition du 11/3e R.T.A. évolue sur la route de CHATEAU-LAMBERT, fortement minée. Les Panzerfaust apparaissent ; réactions de minen aussi. Le 23, le fort de CHATEAU-LAMBERT et le col des CROIX sont atteints dans la matinée. Le 24 et le 25 des patrouilles blindées (T.D. et M 5) appuient la progression d’infanterie sur le village de CHATEAU-LAMBERT. Réaction ennemie des plus vives. Le 25 après midi, cependant, CHATEAU-LAMBERT est pris ; la route s’écroule sous le T.D. “DUGUESCLIN“.
Le peloton DE ROCHAMBEAU, jusqu’au 23 Novembre, est la disposition du III/3e R.T.A. à RAMONCHAMP.
 
Le 22 Novembre.
Les T.D. tirent sur le clocher du THILLOT ainsi que sur des mitrailleuses situées sur les pentes sud de 547 ;2 coups au but. Le peloton passe ensuite jusqu’au 26, en réserve à RUPT-SUR-MOSELLE.
 
A L’ASSAUT DES COLS ET DE LA TERRE D’ALSACE

26 NOVEMBRE — 1er DÉCEMBRE

a) Le peloton DE ROCHAMBEAU (4e Escadron) premier élément de la 3ème D.I.A. a foulé la terre d’Alsace.

Le 26, à 4 heures, départ de RUPT-SUR-MOSELLE, prise de contact avec le I/3e R.S.A.R. et le G.T.M. Midi : halte à SEWEN. 13 heures : un élément blindé aux ordres de l’Aspirant GENEVRIER (2 M 5, 1 T.D.) attaque RIMBACH. Le village est enlevé. Les goumiers n’arrivent que lorsque les blindés s’installent en bouchon pour la nuit. L’après midi, attaque des goumiers. Le 28 patrouille blindée (2 M. 5 et 1 T.D.) en direction de MOLLAU. Occupation de la ferme de LANGERMATTEN. Les goumiers aidés par le tir efficace des T.D., prennent la cote 1057 (Aspirant GENEVRIER, 3 M 5, 1 T.D.). A 16 heures entrée dans MOLLAU. Le 2/12/1944 : un élément blindé (S/Lieutenant de ROCHAMBEAU, 2 M 5 et 1 T.D.) pousse vers SAINT-AMARIN par la route nationale. Une patrouille identique, aux ordres de l’aspirant PIRIOU (3e RSAR) nettoie la sortie Est du village. A 12 heures. le S/Lt DE ROCHAMBEAU est blessé par éclat. 14 heures: un M 5 est détruit par Panzerfaust aux lisières Est du village. A 16 heures un second M 5 hors de combat : mêmes éléments, mêmes conditions. Le 4/12/1944 même position. De nuit, harcèlement ennemi sur nos positions de repos. Le 5/12/1944 relevé par le peloton RENE. Le Peloton GENEVRIER reste aux ordres du Capitaine JOURNAUX et fait mouvement sur VAGNEY.

b) Le Col de BUSSANG est atteint le 1er Décembre par le 4e Escadron.

Le 26 Novembre, un élément blindé composé de 2 T.D. et 5 M 5 pousse en direction, de BUSSANG, mais de grosses destructions obstruent la route et l’obligent à emprunter un itinéraire acrobatique dans la montagne ; seuls un T.D. et un M 5 parviendront vers 17h. à BUSSANG. Les jours suivants, les T.D. pousseront des patrouilles avec l’infanterie effectuant des tirs (canon et mitrailleuse) sur des lisières de bois. Le 1er Décembre, le col est atteint par la compagnie ALLAN. Les T.D. du S/Lt SIGWALT et les M 5 du 3ème R.S.A.R. participent à l’action et en dépit de grosses destructions arrivent à URBES à 19 heures.

La Terre d’ALSACE est atteinte.

FELLERING, ODEREN et KRUTH sont occupés en liaison avec le 5ème R.T.A. et le Corps franc POMMIES.

c) Le 2ème Escadron force les défenses du Col d’ODEREN (du 26 au 30).

Le 27 Novembre 1944 :
Le peloton DAUREL pousse sur le Col d’ODEREN. Précédés d’un char léger du 3ème R.S.A.R., les T.D. prennent le contact 200 mètres après des destructions, sous un tir précis d’artillerie et d’automoteur. Le char léger est atteint d’un coup de Panzerfaust et flambe. Les T.D. réduisent au silence les mitrailleuses qui arrêtent toute progression amie et qui cherchent à décimer le reste de l’équipage du “petit char”. L’ordre de repli pour les blindés arrive à la nuit.
Le peloton VIRIOT plus au nord, partant de CORNIMONT par XOULCE monte à la Chapelle du BRABANT. Un bataillon F.F.I. attaque le bois de la Roche des Bouchaux. La pénétration est dure et lente. T.D. engagés sur la route prêts à intervenir.
A la tombée de la nuit l’ennemi déclenche une violente contre attaque. Le T.D. de tête BIZERTE ouvre le feu à 1000 mètres sur les départs de balles traceuses : tous les explosifs du char y passent mais les armes automatiques se taisent et l’ennemi ne débouche pas du bois.
 
Le 28 Novembre 1944 :
Les T.D. de la Chapelle du BRABANT arrosent copieusement les lisières de bois, tirent sur la ferme de MOYENMONT au N.E. de la BRESSE.
 
Le 29 Novembre 1944 :
Le peloton DAUREL participe à l’attaque du Grand Ventron. Destruction d’abris en rondins. 5 allemands tués (et homologués).
 
Le 30 Novembre 1944 :
Reprise de l’attaque du col d’ODEREN en appui d’infanterie par les T.D. DAUREL et LEMAIGNAN. Mission : destruction des casemates qui flanquent le barrage antichar. Un sous-officier du 7ème R.T.A. accompagne les T.D. et désigne les objectifs. Casemates et nids de mitrailleuses sautent les uns après les autres malgré une vive réaction qui progressivement faiblit, et les blindés franchissent le col le 30. La terre d’ALSACE, est à leurs pieds. Mais d’énormes destructions au delà du Col empêcheront toute progression avant quelques jours.
 
d) Les tentatives pour atteindre le col de BRAMONT au nord, demeurent infructueuses (26 au 29)
Un groupement aux ordres du colonel VAN HECKE comprenant 2 pelotons de reconnaissance du 1er Escadron, 1 section du génie, un peloton de T.D. (VIRIOT), un bataillon du 51e R.I. (Colonel TRIOCHE) s’engage, fractionnée en 2 éléments en direction du col ; le commandant LE CANNELIER commande une colonne, qui dès le début, ne peut franchir le Chajoux débordé. Des dispositions nouvelles sont prises.
 
Le 27 Novembre 1944 :
La compagnie de tête du bataillon DUCHENE monte à la Chapelle du BRABANT par la piste de LANSAUCHAMPS. Elle s’abrite aux environs du col en attendant la progression de la colonne TRIOCHE. Une équipe du génie, pénétrant dans une ferme proche de la Chapelle provoque l’explosion d’un piège : 2 tués, 5 blessés. En fin d’après-midi, des éléments de patrouille de la compagnie Sud de la colonne TRIOCHE sont vus, entre les lisières sud du bois de la Roche des Bouchaux et la piste de la Chauderie. Un T.D. du peloton VIRIOT ouvre le feu sur les armes automatiques qui se sont révélées, et protège la retraite des éléments.
 
Le 28 Novembre 1944 :
La 5ème compagnie (Capitaine HALLONET) du 2ème Bataillon du Régiment de Franche-Comté (Capitaine DUCHENE) reste en position dans la Région des HUTTES - LA LOUVIERE, avec mission de protéger la BRESSE et de couvrir le débouché de la veillée de la VOLOGNE. La 7e Compagnie (Lieutenant GUILLAUME) et la 6e Cie (Lieutenant MONNET), déployées pour la progression se portent en avant à partir de 10 heures, en collant aussi près que possible aux tirs systématiques déclenchés à l’horaire par la batterie du 2/67 (Capitaine MOLINIER).
Le P.C. de la colonne est assis au Col de la ChapeIle du BRABANT. Faute d’autres moyens, la liaison avec les éléments de tête est faite par coureurs.
Le groupe Franc (Lieutenant ROBBE), demeure en réserve à la disposition du Commandant sur les pentes Sud-Ouest du Signal 1.063.
Les deux compagnies ont mission de progresser sur les lisières et à l’intérieur du bois de la poche des Bouchaux. La section de droite de la 6e Compagnie qui suit la lisière sud du bois de la Roche des Bouchaux et manœuvre en pleine vue de l’observatoire du P.C. porte un fanion, qui permet de suivre la progression et de redemander à l’artillerie d’appui direct, les tirs prévus en conservant la marge de sécurité nécessaire.
Vers midi, le bois de la Roche des Bouchaux est aux mains du 2/R.F.C. Sur le terrain le centre du dispositif est un piton abrupt et tout le bois est obstrué d’abatis dus aux tirs de l'artillerie. Sur la ligne atteinte, l’infanterie se heurte à une position allemande organisée.
A partir de 12 heures 30, l’ennemi réagit par des tirs de mortiers qui s’appliquent sur le bois, sur le glacis au Sud du bois, sur le Signal 1.063, et dans la région du col de la Chapelle du Brabant. A 14 heures, un T.D. du peloton VIRIOT franchit la crête à l’ouest du signal 1.063, et détruit un observatoire ennemi dans une ferme sur les pentes Sud de Moyen-Mont. A la tombée du jour, les 6e et 7e compagnies, à qui ont été apportés des outils de parc, s’organisent en P.A. dans le bois sur les positions conquises. La compagnie du Capitaine ROUCHE, du 1/51 tient le Signal de la Roche des Bouchaux et contrôle les pistes Nord de l’Eperon.
La C.A. du 1/51 tient une position sur la poste Sud de la Chapelle du Brabant et est en mesure de couvrir de ses feux tout le dispositif. La protection du versant Nord est assurée par la compagnie HALLONET.
 
Le 29 Novembre 1944 :
Le dispositif entier se maintient dans une situation statique offensive. A l'initiative du capitaine de la JONQUIERE, adjoint au commandant de la Colonne Nord, une patrouille armée d’un Bazooka prend le contact sur la droite du dispositif en provoquant une violente réaction de grenades à fusil : l’ennemi qu’on a entendu procéder à des abatis pendant la nuit et qui s’était manifesté par des tirs d’artillerie et de mortier jusqu’au lever du jour révèle ainsi qu'il demeure sur ses positions. A midi, un ordre du Sous-Groupement dissout la colonne Nord et d’autres dispositions entrent en vigueur.
Pertes : 5 tués. 19 blessés.
Les pionniers du 1er Escadron ont effectué un travail considérable. Plus de 400 mines “S” sont enlevées en moins d'une heure malgré les violentes réactions d’artillerie et de mortiers. Le peloton CIVET entre dans XOULCE, le 26. Une patrouille du 2ème peloton le 29, effectue une reconnaissance à pied dans la vallée du Mur des Granges, atteint la maison forestière et rapporte des renseignements importants.
 
e) L’activité du 3ème Escadron sur GERARDMER – (2 Nov. 5 Janv.)
Durant toute cette longue période, le 3ème Escadron, dispersé morcelé, fait tous les métiers : artillerie, appui d’infanterie, soutien moral, quelquefois anti-char et même génie, le T.D. pouvant l’occasion faire le bulldozer.
Il ouvre d’abord la route de GERARDMER, en participant la prise du THOLY et de GERARDMER. Le 2 Novembre, réserve de Division, cantonné à ST AME il est mis à la disposition du G.T. 4, pour être employé sur l’axe ST AME - LE THOLY.
 
Le 5, le char “CHAMBORD” saute sur mine aux abords du THOLY ; aucun blessé. (Après la prise du village, on récupérera le matériel de pêche du S/Lt. MAGNE.)
 
Le 15 le THOLY est pris (peloton FRACHON). La neige et le gel sont là (rappelant ACQUAFONDATA et TERELLE), et aussi les abattis et les mines, les tirs (les anti-chars et des auto­moteurs).
 
Le 18 Novembre :
Une lueur dans le ciel, c’est GERARDMER en flammes.
 
Le 19 Novembre :
Offensive sur GERARDMER. Les éléments avancés s’en trouvent à 3 km ; une reconnaissance rapporte que la ville semble abandonnée entourée de champs de mines et d’abatis.
 
Le 19 dans la soirée, le groupe de chars de l’Adjudant MAIGROT (Peloton MAGNE) entre dans GERARDMER, appuyant le peloton du 2ème R.S.A.R. (du Lt. DE MERGSON).
Le P.C. SOUDIEUX s'y installe ; la progression continue. GERARDMER : amas de ruines fumantes, de pierres calcinées, de décombres où s’entassent encore dix mille personnes. il fait froid ; il pleut ; le charbon manque.
A la date du 21 Novembre le groupement nord de la 3ème D.I.A. passe aux ordres du Colonel HOGARD qui dispose des éléments suivants : 2e R.S.A.R., 1er groupe d’Escadron de Franche ­Comté, 5ème Escadron du 7ème R.C.A., III/67 R.A.A., 1 Cie du génie.
La situation générale est la suivante :
En Haute Alsace, l’ennemi paraît complètement désorganisé.
Entre la Suisse et Belfort, la phase d’exploitation est commencée :
(les éléments du 1er C.A. ont atteint le pont de HUNINGUE ; BELFORT a été pris ce matin ; la 5e D.B. pousse sur l’axe Fontaine-Cernay ; un groupement de la 1ère D.M.I. fait effort sur l’axe CIRAURAGUY-CERNAY, en vue d’appuyer l’action de la 5ème D.B. et de prendre à son compte, en direction de CERNAY et de découvrir les débouchés des vallées descendant des Vosges.
Il ne peut plus être question de tenir un front, mais d’agir sur des axes. Le 3ème Escadron reçoit pour mission de reprendre progressivement le contact sur les axes GERARDMER - XONRUPT - LA SCHLUCHT. Du 20 au 25 le peloton FRACHON François tire sur divers objectifs : maisons, abris, bois.
Le 25 “on s’aperçoit” que l’ennemi a décroché. Progression. Le 9 Décembre le même peloton se trouve à Retournemer, avec le peloton MAGNE et des éléments du 2ème R.S.A.R. Divers essais de colonnes blindées sur la route de la SCHLUCHT puis sur les pistes restent sans fruits appréciables. (Col et route des Crêtes.)
 
Du 12 au 14
Tirs sur le col du LOUCHBACH, assaut sérieux au Pré-Carré où le Capitaine OSTEN (2ème R.S.A.R.) est tué.
 
L’ATTAQUE DU COL DU BONHOMME (12 Décembre)

Brillamment menée par un escadron de Spahis et des F.F.I. l’action réussit et le col est enlevé à 12 heures 30. Le Colonel LECOQ donne aussitôt l’ordre aux T.D. de s’y porter ; c’est le S/Lieutenant MAGNE qui en est chargé. Ce dernier pousse ses T.D. jusqu’à PLAINFAING et part en jeep avec son adjoint, l’Adjudant MAIGROT, reconnaître la “vieille route” du Col, ils poursuivent à pied, le chemin étant embouteillé par les spahis. A cent mètres du col deux obus tombent, l'Adjudant MAIGROT est blessé mortellement : déchiqueté, méconnaissable. MAGNE est grièvement blessé à l'abdomen, il perd son sang en abondance. Relevé aussitôt, il ne perd nullement connaissance et se rend parfaitement compte de ses blessures ; il s'occupe de sa jeep, demande qu’on prévienne le Lieutenant SOUDIEUX, et a cette suprême parole : “J’ai vu l’Alsace, j’aurais bien voulu y aller, le col est pris, je mourrai tranquille”. Malgré la rapidité des soins (évacuations, transfusions de sang), MAGNE succombe à ses blessures, le 13 dans la nuit à l'hôpital de REMIREMONT. Il avait 26 ans. Ses obsèques ont lieu le 13 après-midi. Il est enterré au cimetière de RUPT-SUR-MOSELLE ; MAIGROT l’est auprès de lui le 14.

Le 17, vers 14 heures l'Escadron RENAULT débouche du Col du BONHOMME. Frachon tire sur des casemates situées l’Est du LOUCHBACH et route du Lac Blanc. Le Maréchal des Logis SAUZEDE saute sur une mine : sans dommage. Le 18 le carrefour du Lac Blanc est atteint, et le contact est pris après avoir dépassé la Ferme du Gazon-du-Faing. Le 20 “train blindé“ sur le Gazon ; mais la progression est aussitôt stoppée : mines abattis et tirs d’automoteurs. Le 21 : second essai sans résultats et cette situation demeure jusqu’au 29.
 
Le 30, un groupe de chars de l’Aspirant DURVICQ part à ORBEY avec le 4ème R.T.T. Beaux résultats, belle conduite des chefs de char FEVREUR et GIACCOBI ; le 5, le groupe rejoint FRAIZE où le Régiment se regroupe pour voler à la défense de STRASBOURG : Après 85 jours de ligne... Dans la neige... Le froid. . . La glace.
 
LA VALLÉE DE LA THUR (1er Décembre - 15 Décembre)
 
Pendant que le 3ème Escadron, “en morceaux” lutte de la SCHLUCHT au BONHOMME, le 4ème Escadron, le 2ème et le 1er participent avec Tirailleurs, Goumiers et F.F.I. aux opérations dans cette vallée triste, brumeuse, encaissée, qu’est la vallée de la THUR.
 
OU L’ON MULTIPLIE LES EFFORTS POUR S’EMPARER DE LA “ROUTE DES CRÊTES” ET AUSSI DU RAINKOPF ET DU HOHNECK :
 
Après ODEREN, le 2ème Escadron se distingue à RUNSCHE et à la ferme SCHAFFERT

Le 1er Décembre 1944 :
Le peloton VIRIOT rejoint l’escadron, mais d’énormes destructions au-delà du Col d’ODEREN, empêchent toute progression de blindés avant plusieurs jours.
Le peloton DAUREL est en position sur le Grand Ventron.
2 T.D. dissimulés dans les bois surveillent une portion de la route des Crêtes. Une pièce d’artillerie de campagne allemande est signalée ; un premier T.D. ouvre le feu sur les chevaux, qui, affolés quittent la route et dévalent à travers champs ; la pièce est stoppée, et trois chevaux restent étendus sur place. Les artilleurs s'éparpillent et se réfugient dans une maison. Le 2ème T.D. ouvre le feu sur la maison (un prisonnier allemand fait quelques jours après par le 10ème Tabor donnera le bilan : 1 canon détruit, 1 sous officier et 2 hommes tués).

Le 2 Décembre 1944 :
Le peloton VIRIOT en position d’artillerie (1 km avant le col d’ODEREN et ayant son observatoire au Grand-Ventron), arrose la route des Crêtes où la circulation se fait de plus en plus rare. Dans l’après-midi, l’escadron rassemblé se déplace sur l’itinéraire : VENTRON - TRAVEXIN - LE THILLOT - BUSSANG - COL DE BUSSANG - URBES - ODEREN (la dernière partie du trajet est faite dans la nuit).
 
Le 3 Décembre 1944 :
Le peloton VIRIOT pousse sur WILDENSTEIN (à la disposition du 3ème G.T.M.). Les coupures de la route du col de BRAMONT et au delà empêchent toute action blindée jusqu’au 9 Décembre. Mission d’artillerie : en attendant.

Du 3 au 7 Décembre 1944 :
Le peloton LEMAIGNAN appuie l’infanterie dans la progression vers la route des Crêtes.

Le 5 Décembre 1944 :
Le peloton DAUREL effectue de ses posi­tions un barrage sur les lisières du RUNSCHE. Mais la circulation des véhicules légers est impossible, principalement à certain carrefour obligatoire que les mitrailleuses ennemies battent au moindre mouvement Les T.D. s’avancent : réactions de minen et les armes automatiques se dévoilent. Nos canons les réduisent une à une. 4 boches s’engouffrent dans une casemate : quelques explosifs, pas un seul n’en réchappe. Mais les mitrailleuses crachent des lisières de bois : celles-ci sont copieusement arrosées et les T.D. rentrent, les soutes vides.

Le 6 Décembre 1944 :
Nos engins surveillent la route des Crêtes et ouvrent le feu à 2 reprises sur des convois hippo. Gros dégâts. Le peloton LEMAIGNAN participe à l’attaque de la ferme SCHAFFERT dont il permet la prise par les tirailleurs. Et du 6 au 7 Décembre ce peloton de même que celui de DAUREL forme des bouchons anti-chars, exécute des tirs de harcèlement, des tirs contre casemates. Le Cavalier GARCIA Georges, du peloton VIRIOT, revenant en jeep de liaison est pris à ODEREN sous bombardement. Il est tué au volant de sa voiture par un éclat à la base du crâne.
 
Le 9 Décembre 1944 :
Le peloton VIRIOT qui assiste 1 compagnie de tirailleurs et 1 goum, a pour mission de prendre ROTTENBACH auberge, et d’appuyer l’attaque du RAINKOPF. Progression des T.D. dans 50 cm de neige jusqu’à 100 mètres l’auberge. Visibilité nulle. Les fantassins ennemis bien camouflés arrêtent toute progression de front et sur la gauche, et contre attaquent sur la droite. Les balles sifflent de 3 côtés à la fois faut progresser à plat ventre pour aller d’un T.D. à l’autre. L’ordre de décrochage parvient à 16h. Le char “BATAILLEUR” en position près du lac de BLANCHEMER (en appui de l’attaque) se transforme en obusier au premier coup de canon par rupture tube à 1 mètre de la culasse. Le T.D. qui le remplace vide ses soutes sur le RAINKOPF et la route des crêtes.
 
Le 12 Décembre 1944 :
A RUNSCHE le Sous-Lieutenant LEMAIGNAN est en observation. Un obus de mortier tombe proximité et le renverse par son effet de souffle. Un éclat troue son manteau, son blouson et sa chemise ; aucune blessure.
 
Jusqu’au 16 Décembre 1944 :
Nombreux tirs des T.D. 3 pelotons sur des chalets et sur l’activité ennemie de la route des crêtes.
 
Le 17 Décembre 1944 :
Le P.C. de l’Escadron se porte à SAULXURES avec le peloton LEMAIGNAN. Car tous les engins ont besoin de révisions urgentes. Les pelotons DAUREL et VIRIOT restent à FELLERING et WESSERLING avec 3 T.D. par peloton “C’est le maximum qu’on puisse faire“.
 
Le 18 Décembre 1944 :
Le peloton de WESSERLING envoyé à GERARDMER à la disposition du Colonel HOGART. Le peloton DAUREL à FELLERING est à la disposition du Général CHEVILLON.
 
Le 20 Décembre 1944 :
Le P.C. de I’escadron se porte à DOMMARTIN-LES-REMIREMONT.
 
Jusqu’au 31 Décembre 1944 :
Les 2 pelotons engagés effectuent des tirs directs sur maisons, observatoires ennemis, casemates, etc. Mais il n’y a plus à proprement parler de “peloton”, car aussitôt un char remis en état, un autre revient pour se faire réparer. Le matériel est à bout de souffle : il faut faire des acrobaties pour assurer 3 T.D. sur chaque axe.
 
Du 4 au 16 Décembre tous les pelotons du 1er Escadron se sont multipliés le plus souvent, à pied sur tous les axes pour renseigner, éclairer l’infanterie et dégager la route des nombreuses mines et abatis qui ne se comptent plus.
 
Le 6 la liaison s’établit au col de BRAMONT. Le même jour la route des Américains est reconnue et les éléments rejoignant la route des Crêtes à l’auberge de ROTTENBACH s’approchent jusqu’à 500 mètres des crêtes.
 
Le 8, le “chemin des Italiens” est reconnu : il conduit au refuge de RAINKOPF par le lac de BLANCHEMER. Le 9, le 1er peloton participe à l’attaque menée contre la route des crêtes. Le 10, reconnaissance à pied jusqu’au pont de BLANCHEMER, en direction du col des FEIGNES-SOUS-VOLOGNE. Du 11 au 15 des patrouilles de sécurité sont effectuées aux environs immédiats de WILDENSTEIN.
A bout de souffle, lui aussi, puisque engagé à pied depuis 45 jours, l’escadron DE CHAMPEAUX est ramené à ZAINVILLERS, heureux d’aller sécher son personnel et réparer ses véhicules.

 
LES OPERATIONS DU COL DE BUSSANG ET DE SAINT-AMARIN NE SUFFISENT PAS AU 4ème ESCADRON : IL LUI FAUT D’AUTRES COLS
 
Du 6 au 23 Décembre c’est le BONHOMME, le LAC BLANC, le LAC NOIR, le COL DE WETSTEIN.

Le 7/12/1944 au soir l’escadron, au complet, est en place à Ste MARIE AUX MINES. Le peloton GENEVRIER pousse jusqu’à FRELAND, aux ordres du Capitaine JOURNAUX, où il s’installe en surveillance.

Le 8/12/44
Le P.C. Avant de l'escadron s’installe à AUBURE. Les pelotons RENE et GENEVRIER sont à FRELAND prêts à intervenir. Le peloton SIGWALT est en position sur la route d’URSPRUNG et effectue des tirs sur la région de KAYSERSBERG.

Le 9/12/1944
Les pelotons RENE et SIGWALT s’installent en point d’appui à URSPRUNG avec un peloton d'A.M. du R.F.C. et une section de Goumiers.
 
Le 10/12/1944
Le peloton SIGWALT est mis à la disposition de l’Escadron DE QUENETIN qui opère en direction du BONHOMME. Les T.D. effectuent des tirs sur des lisières de forêt et des fermes occupées par l’ennemi. Le peloton GENEVRIER opère au profit des tabors du Colonel HEDON. Il est en position au col de la PERTHE et effectue des tirs d’appui directs. Le peloton RENE quitte le point d’appui d’URSPRUNG et s’installe en réserve à FRELAND.

Le 11/12/1944
Le peloton GENEVRIER effectue des tirs sur les objectifs repérés, sur les pentes Ouest du Grand-Faude (773) ; le peloton SIGWALT opère toujours à la sortie Ouest du village du BONHOMME. Le Lieutenant RENE fait reconnaître les positions de tir dans la région du col des BAGENELLES.

Le 12/12/1944
Le peloton RENE effectue des tirs sur la riante vallée de la BECHINE et progresse en direction de la maison forestière du Général Bataille. Le peloton SIGWALT continue la progression en direction du Col du BONHOMME et effectue des tirs sur des maisons occupées par l'ennemi. Résultats au but. Le peloton GENEVRIER effectue des tirs sur la vallée et la rocade du secteur du Lac Blanc, il prend à partie des patrouilles à pied et des batteries hippomobiles en déplacement.

Le 13/12/44
Le peloton SIGWALT appuie de ses feux la progression de l’escadron DE LESTRANGES dans la vallée de la BECHINE. Le peloton RENE effectue la liaison au col du BONHOMME avec les éléments du 2ème R.S.A.R.

Le 14/12/1944
Le peloton SIGWALT travaille toujours au profit de l’Escadron DE LESTRANGES. Le peloton GENEVRIER effectue des tirs sur la route du col de LOUCHSBACH. Le peloton RENE passe la journée au village du BONHOMME et en profite pour revoir son matériel.

Le 15/12/1944
le peloton GENEVRIER effectue des tirs sur la route de LOUCHSBACH, et prend à partie les groupes ennemis en mouvement. Le peloton SIGWALT travaille au profit de l'Escadron De QUENETIN en direction du col du BONHOMME. Des tirs ajustés de minen et d'armes automatiques entravent la pro­gression. Le Lieutenant RENE prend le commandement d’un groupement blindé (un peloton T.D., un peloton SHERMAN du 1er Cuir, un escadron F.F.I.. une équipe de démineurs, un peloton de M 5 du 3ème R.S.A.R.). L’objectif de ce groupement est l’hôtel du Lac Blanc. Le 16/12/1944 ces éléments progressent en direction du col du Lac Blanc. A deux reprises le T.D. “DEBROUILLARD” saute sur mines. (Il sera réparé sur place par l'équipage.) Quelques réactions d’éléments isolés. Le peloton SIGWALT appuie de ses feux la progression de l’Escadron de QUENETIN en direction de la Grande-Ferme. Le peloton GENEVRIER est en attente au BONHOMME.

Le 17/12/1944
Les éléments RENÉ attaquent le Col du Lac Blanc, débouchent sur l’hôtel et progressent jusqu’à l'épingle à cheveux. Deux SHERMAN un M 5 et le T.D. “DEBROUILLARD” sautent sur mines. Le Brigadier BORGNIET, Chef du T.D. “DANTESQUE” est blessé par éclat au bras. Le peloton SIGWALT demeure en surveillance sur le haut de la vallée de la BECHINE. le peloton GENEVRIER, avec l’Escadron du Capitaine DE LESTRANGES s’installe au carrefour du Lac Blanc.

b) Période du 17 Décembre au 3 Janvier :

Toujours à la disposition du Colonel BONJOUR. Axe de marche : Lac Blanc. Lac Noir. Col de Wettstein.

Le 18/12/1944

Les éléments de RENE descendent du Lac Blanc et progressent en direction de NOIRRUPT. Le T.D. “DANTESQUE” est atteint par un coup d’une arme antichar. Le radio BONOMO est tué. Le conducteur LEMOINE, grièvement blessé. succombe le lendemain. Au 3ème B.M. Le tireur ANDRÉ est blessé. La progression est stoppée. Les éléments blindés sont soumis à un violent tir d’artillerie ennemie. Le matin les T.D. avaient effectué des tirs sur des fantassins et véhicules en déplacement (route du col de WETTSTEIN), ainsi que sur des emplacements d’armes automatiques. Le peloton GENEVRIER appuie l’attaque des goumiers sur le Lac Noir. Les éléments blindés sont ralentis dans leur progression par mines et abattis. Intervention du Génie qui ne termine son travail qu’à la nuit. Pendant ce temps les T.D. effectuent des tirs sur des mouvements de troupe au col du WETTSTEIN. Le peloton SIGWALT descend au repos à SAINTE MARIE AUX MINES.

Le 19/12/1944

Le peloton RENE réduit au seul T.D. “DlABOLIQUE” est renforcé par les T.D. “DIPLODOCUS” et “DINOSAURE” (peloton GENEVRIER). Ces éléments progressent et au cours de cette progression malgré les champs de mines qui sont “systématiquement négligés” mais qui feront sauter un M 5, le T.D. “DIPLODOCUS” détruit un MARK IV (à 30 mètres). Mort du cavalier PHALIP. Installation sur la route du Col de WETTSTEIN, au carrefour 45/27-1457, avec un peloton d’A.M. du R.F.C. Le peloton GENEVRIER poursuit son action sur le Lac Noir. Les T.D. “DIB” et “DRAGON’ effectuent des tirs sur des éléments ennemis en retraite. Le Capitaine GUTH installe son P.C. au Lac Noir et écrit sa “BATAILLE DE CHARS DANS LES HAUTES VOSGES”.

BATAILLE DE CHARS DANS LES HAUTES VOSGES

Sous la poussée brutale des blindés, le col du Lac Blanc est forcé, le Sanatorium atteint. Deux chars moyens, un char léger, un T.D. sautent sur des mines, traîtreusement enfoncées dans la neige. Qu’importe ! L’ennemi fuit, accompagné par nos explosifs et le feu nourri des goumiers. La ruée se poursuit. L’ennemi n’a pas le temps de réagir. Les blindés protégés par les goumiers déferlent. Des mines en verre sont abandonnées sur les bas-côtés de la route sans que l’ennemi ait eu le temps de les poser. Le Lac Noir est atteint.
Le lendemain on se remet en route pour le carrefour WEYERMATT. Les blindés progressent à découvert, lentement, par bonds. Bientôt le boche se révèle : un sifflement, un coup au but, un T.D. est atteint. La nuit tombe. Il faut le venger. Le lendemain, de la position atteinte la veille, un T.D. et un char léger foncent. A toute vitesse le “DIPLODOCUS” charge et vient se camoufler derrière la ferme d’où la veille un char allemand a arrêté notre avance. Moins heureux le char léger saute sur une mine. L’équi­page du T.D. est aux aguets ; où est le boche ? On a signalé la ferme comme étant évacuée. Le Chef du T.D. un chasseur de 2e classe, surnommé : “PICO” observe autour de lui. Soudain il entend marcher avec précaution autour du T.D. Un goumier ? Non. Un SS qui vide sur l’équipage à découvert un chargeur de mitrail­lette. D’une fenêtre une grenade est lancée sur le T.D. et l’atteint heureusement sur la plage arrière. “DIPLODOCUS” quitte cette maison inhospitalière et lentement se glisse à travers champs, tournant sa tourelle vers la ferme. Tout à coup l’arrière d’un Panzer IV se profile de l’autre côté de la maison. C’est le char boche d’hier. Vite un perforant. Le Panzer IV touché, mouché, flambe. L’équipage se sauve dans l’épouvante.
Capturé par les nôtres. il ne dira qu’une phrase : “Seuls les français sont capables d’une telle audace”.
 
Le 20/12/1944 :
Même position pour le peloton RENE qui effec­tue des tirs sur des objectifs signalés. Le peloton GENEVRIER tente de progresser sur la piste sud du Lac Noir. Dès sa sortie du bois le T.D. “DIB” exposé au soleil est pris à partie par un char ennemi. Un perforant dans le hublot du pilote, et de nombreux explosifs.
 
Le 21/12/1944 :
R.A.S. Le brouillard empêche toute action. L’artillerie ennemie manifeste sa présence.
 
Le 22/12/1944 :
Aucun changement dans le dispositif. Dans l’après-midi, par leurs tirs ajustés les T.D. des pelotons RENE et GENEVRIER contribuent pour une bonne part à l’arrêt brutal d’une contre-attaque.
 
“NOEL - JOUR DE L’AN”
 
Les T.D. sont dans la neige, le Capitaine GUTH part en Permission. Le Lieutenant RENE prend le commandement de l’Escadron qui, à trois reprises, au carrefour de WEYERMATT, contribue largement à stopper brutalement de fortes contre-attaques ennemies. La montagne a fait payer un lourd tribut à cette unité (qui ne compte plus, en ce début d’année 1945, que 5 T.D.). La campagne des Vosges est terminée. Le Régiment “doit” se regrouper aux abords de REMIREMONT pour revoir, réparer soir matériel faire reposer son personnel, épuisés l’un et l’autre par près de trois mois d’engagements ininterrompus. Mais le boche contrecarre ces projets ; il espère reprendre STRASBOURG.
Et c’est à la 3ème D.l.A. et au 7ème Chasseurs que l’on fait appel une fois de plus, pour sauver la situation. Le 4 Janvier à FRAIZE. le Colonel réunit ses Officiers et constitue un "escadron de marche" avec ce qui reste, soit 16 chars. et faisant appel au cœur de chacun, il lance l’ordre du jour suivant :
"Le Régiment est appelé à l’honneur de foncer au cœur de l’ALSACE pour prendre part à la défense de sa capitale STRASBOURG. Quoique notre belle unité ne dispose pas de tous ses moyens, le Colonel a la certitude que notre splendide Régiment sera comme toujours égal à lui même. Souvenons nous de toutes nos prouesses d’Italie et de France ; accomplissons-en d’autres, oublions nos fatigues ; il n’y aura plus de place que pour notre enthousiasme et les manifestations de notre patriotisme. Le 7ème R.C.A. va écrire les plus belles pages de son livre de gloire pourtant déjà très riche en beaux faits d’armes. L’Armée et le pays ont le regard sur nous, soyons dignes de leur confiance."
Début Janvier 1945 : “Les allemands ont traversé le Rhin et établi une forte tête de pont sur la rive droite ; ils occupent à 16 kilomètres de STRASBOURG, les villages de KILSTETT, GAMBSHEIM et OFFENDORF...
 
Le 6 Janvier 1945 :
Le Régiment formé de deux colonnes :
détachement léger aux ordres du Capitaine DE CHAMPEAUX, détachement lourd commandé par le Lieutenant SOUDIEUX comprenant 12 T.D. fait mouvement sur TRUCHTERSHEIM. Dès leur arrivée les chars sont disposés en bouchon anti-chars. Un peloton de T.D. (2ème escadron) est mis à la disposition du 3ème R.T.A. et se rend à SOUFFELWEYERSHEIM.
 
Le 7 Janvier 1945 :
Un peloton de T.D. du Lieutenant SOUDIEUX est mis à la disposition du 3ème R.S.A.R. pour être dirigé sur ENTZHEIM (entre STRASBOURG et MOLSHEIM) afin de reconnaître la route STRASBOURG - KRAFFT et détruire les détachements ennemis pour leur interdire l’accès de cette route.
 
L’ATTAQUE de GAMBSHEIM
 
Une fraction de l’Escadron de marche composée du peloton COIRRE (3 T.D.) et du peloton SIGWALT (3 T.D.) est en position d’attente vers 10 heures à HOENHEIM (Nord de STRASBOURG). Liaison est prise à la WANTZENAU avec le Commandant DAIGNY (Légion) qui conduit la première phase de l’attaque sur GAMBSHEIM. L’heure H est 13 heures 30. Le peloton FRACHON (4 T.D.) mis primitivement à la disposition du Colonel AGOSTINI vient se mettre à la disposition du Commandant DAIGNY. Celui-ci le charge d’appuyer le Bataillon de Tirailleurs qui prend à son compte la seconde phase de l’attaque : nettoyage de GAMBSHEIM et du STEINWALD.
Moyens Blindés : 2 pelotons de chars légers, 1 peloton de Médiums, 3 pelotons de T.D.
A 13 heures 25 les chars traversent la WANTZENAU pour se rendre à la base de départ (village de KILSTETT) ; le T.D. “BORDEAUX” qui cisaille ses chenilles avec les rebords des galets dépourvus de caoutchouc et qui a une poulie folle fendue reste à la WANTZENAU. Le peloton SIGWALT se met en position aux sorties Sud et Sud Est de KILSTETT pour surveiller la digue et les lisières du bois qui bordent le RHIN. Le peloton COIRRE d’abord axé sur la sortie Nord-Est du village pour soutenir les blindés qui progressent de part et d’autre de la voie ferrée voit ceux-ci atteints les uns après les autres par des “Panzerfaust” embusqués dans une tranchée bordant le village au Nord-Ouest. Le char “BIZERTE” démolit avec 8 explosifs le clocher de BETTENHOFEN signalé comme observatoire ennemi. Ne pouvant rien faire contre les tireurs de Panzerfaust et les chars ennemis se déplaçant sur la droite, le peloton de T.D. prend position à la sortie Est de KILSTETT.
Les chars légers et les Sherman ont été stoppés et atteints par un anti-chars sous casemate et par 3 chars ennemis en embuscade à contre-pente. Vers 13 heures un char léger revient, ce qui contraint un char ennemi à se découvrir. Le T.D. “BIZERTE” envoie 2 perforants qui ricochent sur le char, le 3ème perforant pénètre et le char ennemi “fume la pipe”. Une dizaine d’autres coups tirés par “BIZERTE” et “BOUSILLEUR” le mettent en feu. “BIZERTE” quitte sa position mais en reculant heurte un poteau téléphonique avec son canon; le volant de pointage en direction est cassé. Un groupe de chars du S/Lieutenant FRACHON (Charles) est demandé en renfort. Vers 16 heures un deuxième char ennemi se révèle et s’embosse auprès de la carcasse du premier. Le T.D. “BOUSILLEUR” qui a changé de position ouvre le feu. 8 coups partent avant que le char ne flambe (4 coups observés : 1 sur la tourelle, 3 sur le côté). Mais le 3ème char ennemi prend BOUSILLEUR comme cible et l’atteint d’un tir perforant dans les moteurs et les réservoirs à mazout. Des débris de métal atteignent le Lieutenant COIRRE aux jambes (fractures ouvertes). le souffle projette à terre son adjoint (Maréchal des Logis BOHIC), mais sans autre dommage. ”BOUSILLEUR” flambe ; l’équipage au complet a eu le temps de sortir.
Le T.D. CLERY. du peloton FRACHON. prend à partie le 3ème char ennemi, des coups au but sont observés (Aspirant DURVICQ) le char ennemi ne flambe pas mais est néanmoins rendu inutilisable. Il ne bougera plus, ni ne tirera. Un quatrième char se dévoile et tire sur “CLERY” qui reçoit un perforant sur la plage arrière et se retire, le T.D. est pris à partie par une mitrailleuse lourde (tirant à balles traceuses). Le T.D. “CHATEAU-CHINON” tire ce quatrième char et au 8ème perforant atteint la tourelle. Le char ennemi “crame”. A ce moment “CHATEAU-CHINON” reçoit sur sa tourelle un perforant de 75 qui arrache “du métal” sur le contrepoids. enlève un paquetage et un rouleau de couvertures. Le T.D. recule, mais dans cette manœuvre accroche un piquet de fer et crève un radiateur.
L’ordre de repli est donné aux fantassins. Les T.D. restants : 6 sur 10, montent la garde jusqu’à la nuit. Ils se regroupent alors 50 mètres en arrière de la ligne des fantassins qui défend la périphérie du village. L’ordre de repli pour la Légion et les blindés n’arrive que vers 20 heures : décrochage dans une nuit noire, trouée par les fusées parachute ennemies, sur la WANTZENAU et HOENHEIM. La mort du Lieutenant COIRRE survient dans la nuit, à l’hôpital de STRASBOURG.
 
Le 6 Janvier 1945 :
Obsèques du Lieutenant COIRRE au cimetière de CRONENBOURG. Détachement à la disposition du Sous-secteur Nord : 3 T.D. restant engagés après l’attaque du 5 janvier sur GAMBSHEIM et articulés en 2 pelotons (3-2).
Détachement mis à la disposition du Sous-secteur Sud : 3 T.D. engagés sans incident durant la journée.
Par ordre de la D.I. des patrouilles sont effectuées en raison de l’activité aérienne ennemie et du risque de parachutage au­-dessus de notre secteur. Le 7ème R.C.A. patrouille entre TRUCHTERSHEIM - KLEIN-FRANKENHEIM et SCHNERSHEIM.
 
Le 9 Janvier 1945 :
Le Régiment fait mouvement sur une nouvelle zone de stationnement. Départ de TRUCHTERSHEIM à 14 heures.
E.M.R. HANGENBITEN
1er Escadron ENTZHEIM
2e Escadron SOUDIEUX DUPPIGHEIM
3e Escadron VIRIOT ALTORF
1 peloton T.D. à la disposition du secteur Nord (3 T.D.) engagés vers HOENHEIM. Aucun incident au cours de la journée.
2 pelotons de T.D. sont mis à la disposition du secteur Sud :
1 peloton engagé vers PLOBSHEIM (3 T.D.)
1 peloton engagé vers NORDHOUSE (2 T.D.)
 
Le 10 Janvier 1945 : R.A.S.
 
Le 11 Janvier 1945 :
Le peloton de pionniers du 1er Escadron occupe et met en état de défense le village de LIPSHEIM et le bois au Sud-Est, en liaison avec le 3ème Escadron du 3ème R.S.A.R.
 
Le 12 Janvier 1945 :
Le 1er Escadron relève à NORDHOUSE le 3ème R.S.A.R. il passe sous le commandement du commandant MAUCHE, et a pour mission le barrage de la coulée comprise entre l’ILL et la zone boisée Ouest et Sud-Ouest d’HINDISHElM.
 
Le 13 Janvier 1945 :
T.D. du Régiment disponibles.
2ème Escadron — 3 en réserve à ALTORF
3ème Escadron — 6 à la disposition Secteur Sud
4ème Escadron — 3 à la disposition Secteur Nord
 
Le 14 Janvier 1945 :
La base arrière du Régiment fait mouve­ment (à l’exception de l’E.H.R. et P.C. 2).
Au point de vue opérations : R.A.S.
Le 1er Escadron a sa base à HINDISHEIM. Il est en position à NORDHOUSE
Le 2ème Escadron a sa base à ALTORF et un peloton engagé au Nord de STRASBOURG (secteur CHEVILLON).
Le 3ème Escadron a sa base à DUPPIGHEIM ; tous T.D. disponibles.
Le 4ème Escadron : base à DUTTLENHEIM.
 
Le 15 Janvier 1945 :
Le 2ème Escadron détache un groupe de T.D. à LIMERSHEIM et un T.D. du 3ème Escadron rejoint son peloton à NORDHOUSE. R.A.S.
 
Le 16 Janvier 1945 :
1 groupe de T.D. à NORDHOUSE 
1 groupe de T.D. à PLOBSHEIM 2ème Escadron
2 pelotons en réserve de secteur à HINDISHEIM.
Le 3ème Escadron laisse sa base à DUPPIGHEIM.
Le Commandant de l’Escadron se porte de sa personne à HINDISHEIM.
Le III/3e R.T.A. doit attaquer BETTENHOFEN et GAMBS­HEIM tandis que les U.S. attaqueront OFFENDORF et HERLISHEIM. La mission des T.D. est la même que le 7 janvier et ils s’en acquitteront fort bien.
 
Le 17 Janvier 1945 : R.A.S.
 
Le 20 Janvier 1945
P.C. avancé, à PFETTISHEIM. Echelon de combat du 2ème Escadron à LAMPERTHEIM renforcé par 1 peloton de reconnaissance du 1er Escadron. Echelon de combat du 3ème Escadron (8 T.D.) et escadron de reconnaissance (1 peloton) à VENDENHEIM. Les 4 chars du 4ème Escadron restent à la WANTZENAU. Le groupement VAN HECKE comporte de plus 3 escadrons du 3ème R.S.A.R.
Missions :
1/ S’installer en point d’appui fermé avec surveillance principale vers le Nord, l’Est et le Sud.
2/ Établir la liaison (motorisée) entre les différents points d’appui.
Faire d’urgence toutes les reconnaissances de terrain afin de pouvoir intervenir en masse en direction de MITTELSCHAFFOLSHEIM, de HOERDT, de la WANTZENAU et des faubourgs Nord de STRASBOURG..

“A KILSTETT le 23 Janvier 1945 s’est livrée la dernière bataille pour STRASBOURG“.
Je mets en vous toute ma confiance et tous mes espoirs pour que dans quelques jours je puisse annoncer au Führer que la croix gammée flotte de nouveau sur la cathédrale de STRASBOURG.” VON MAUR.

Le 23 dans la nuit, deux des meilleurs éléments du Régiment MARBACH (vieille connaissance) contre-attaquent sur KILSTETT, débordent par l’ouest le village où résistait un bataillon du 3ème R.T.A., se déploient dans la plaine et poussent jusqu’aux abords de la WANTZENAU. Préparation de l’artillerie allemande et un roulement ininterrompu. A minuit l’ennemi se trouve à 10 kilomètres de STRASBOURG.
L’Aspirant GENEVRIER et son peloton se distinguent. Le 23 Janvier 1945 à 1 heure du matin le peloton est alerté, sa mission est de se rendre à KILSTETT menacé par une attaque. Les T.D. “DINAUSAURE” et “DEMON” (aux ordres du chef de peloton) réussissent à gagner KILSTETT malgré un tir très violent d’artillerie ennemie. Les T.D. “DUGUESCLIN” et DAMOCLES sont en réserve (sortie Nord de la WANTZENAU) et aux ordres du Maréchal des Logis Chef ADRIEN.
A KILSTETT l’ennemi progresse de maisons en maisons dans le secteur de la gare, le T.D. “DINAUSAURE” effectue des tirs à la lueur des fusées éclairantes. Un résultat non observé. Après un incident de tir il est remplacé par le T.D. “DEMON” qui casse sa vis de pointage. Ordre lui est donné de rejoindre la WANTZENAU. En cours de route, il est attaqué par panzerfaust. Touché au moteur gauche il parviendra à rejoindre sur le seul moteur droit.
A la WANTZENAU, l’infanterie ennemie s’est infiltrée le long de l’ILL jusqu’aux premières maisons. Les T.D. “DUGUESCLIN” et “DAMOCLES” participent à une contre attaque.
KILSTETT est largement débordé vers 3 heures, puis encerclé. Aucun champ de tir dans le village ; le T.D. “DINAUSAURE” est réduit à l’inaction. A 7 heures malgré la promesse d’une forte contre-attaque, l’étreinte allemande se resserre. A 8 heures le Chef de bataillon commandant le III/3e R.T.A. autorise le T.D. “DINAUSAURE” à tenter de rejoindre la WANTZENAU : sa présence à KILSTETT n’est même plus un appui moral étant donné la situation désespérée du village. A 35 miles “DINAUSAURE” franchira les postes ennemis faisant feu de toutes ses armes. A KILSTETT où reste l’Aspirant GENEVRIER, le Brigadier LUQUE et un poste radio, la situation s’aggrave ; les tirailleurs n’occupent plus que quelques maisons, au P.C. tous les documents sont brûlés. Le boche réussira-t-il sa manœuvre d’encerclement de STRASBOURG ? A la WANTZENAU, alertés dans la nuit, bérets verts et calots rouges une fois de plus sont là, ensemble, renforcés par ceux-là même qui ont pris PARIS : le Combat Command de la 2ème D.B. (Général DE LANGLADE).
L’opération de dégagement est prévue pour les premières heures de la matinée et se composera de deux actions simultanées :
— l’une par la route et le long de la voie ferrée attaquera à 9 heures le carrefour cote 139 (éléments de reconnaissance, T.D., infanterie portée).
— l’autre, après préparation d’artillerie, attaquera KILSTETT par la plaine : 1 bataillon d’infanterie appuyé par 6 T.D.
Toutes deux seront soutenues par des éléments du corps aérien français.
Le 3ème Escadron de T.D. est chargé de l’affaire. Le terrain est magnifique, coupé de buttes ; les marécages sont gelés. De position en position les T.D. progressent, appuyant le bataillon DESTREMAU ; des boches sont tirés à explosifs presque à bout portant. Aviation, piqués, descentes en vrille.
A 11 heures après une brillante et commune action, KILSTETT est dégagé. L’Aspirant GENEVRIER qui a passé la nuit, maintenant la liaison avec son poste radio, éprouve quelque soulagement. Le bataillon de RAINIES, aussi.
La journée se termine par la destruction de casemates sur la route de GAMBSHEIM (S/Lieutenant DURVICQ). De son côté, le S/Lieutenant SALAUD “neutralise” à bout portant les derniers “salopards” qui le long de la digue stoppaient la progression de la Compagnie ALBERTINI. Celle-ci rejoint KILSTETT. Nettoyage terminé. Le peloton SALAUD s’y installe pour la nuit.
Bonne journée pour le 3ème Escadron qui inscrit à son actif : 3 chars lourds, de nombreuses armes automatiques (et leurs servants), et fait près de 50 prisonniers.
La bataille de France dépassée, classée, la bataille d’ALSACE était définitivement perdue pour les nazis. Au sud leur manœuvre ne réussissait pas mieux : ERSTEIN n’était pas repris et nos troupes entraient dans COLMAR. Le communiqué de la 1ère Armée Française pouvait brièvement dire :
“La menace qui hier, pesait encore sur STRASBOURG ; est aujourd’hui complètement écartée.”

Le 26 Janvier 1945 :
Mouvement du P.C.A. sur LAMPERTHEIM. La 12ème D.B.U.S. a réalisé dans la journée son nouveau stationnement dans la zone arrière de la 3ème D.I.A., au nord de la BRUCHE, et est en mesure d’intervenir en contre-attaque sur le front de la Division.
 
Le 27 Janvier 1945 :
Front de la Division : R.A.S. Au sud de SÉLESTAT, nos éléments ont occupé HOLTZWIHR, WIECKERSWIHR. Le bois d’ELSENHEIM est entièrement nettoyé. Le 1er G.T.M., réserve de Division, effectue des reconnaissances en vue de préparer son intervention éventuelle au profit des secteurs Nord et Sud.
 
Le 28 Janvier 1945 :
Tirs de harcèlement ennemis (mortiers et artillerie) sur KILSTETT. Sur le front russe, les armées du Maréchal STALINE ont foncé en direction de DANTZIG. L’ODER est franchi en différents points. Les Russes sont à 160 km de BERLIN.
 
CAMPAGNE D'ALLEMAGNE
 
Le régiment entre en Allemagne. Il reçoit la mission d’assurer la rupture de la ligne Sigfried le 1er avril en franchissant le Rhin à Mannheim. Il assure la tête de pont à l’Est de Spire. En dépit de nombreuses difficultés de terrain et malgré des combats parfois durs à soutenir, les faubourgs de Stuttgart sont atteints le 21 avril. Jusqu’à l’armistice, le régiment, appuyant l’action du 1er Corps d’Armée, effectue une série d’opérations qui le mène jusqu’au lac de Constance. Le 1er Mai, il reçoit son étendard. Par la suite le régiment s’installe dans le Wurtemberg, puis en août 1945 à Alzey en Rhénanie. C’est toutefois le régiment en entier qui aura l’honneur de représenter la cavalerie française dans la capitale du Reich déchu. 
 


ORDRE DE BATAILLE
 
 

7ème REGIMENT 

DE CHASSEURS D'AFRIQUE

ETAT MAJOR
ESCADRON HORS RANG

1er ESCADRON

2ème ESCADRON

 

Cne PLANES de CASTAIGNE

1er PELOTON :

-

M 10

BEN-HUR 430549 MdL AVARGES

M 10

BIZERTE - MdL COURTOIS puis MdL GRIMA

M 10

BOURNAZEL - Adj BARRET

M 10

BUGEAUD - MdL MAILLARD

2ème PELOTON

S-Lt RINVET puis Adj DAUREL puis Lt NICOLAS

M 10

BEAUJOLAIS MdL LOPEZ

M 10

BACCHUS Bier COOK
M 10 BORDEAUX MdL CROS

M 10

BOURGOGNE 437034 MdL BERGER

M 10

BOURGOGNE II

3ème PELOTON

S-Lt LEMAIGNAN

M 10

BOUSILLEUR MdL SICART puis Lt COIRRE

M 10

BAROUDEUR 439659 Bier GAILLARD puis MdL VIOLON

M 10

BATAILLEUR MdL GIBERT

M 10

BAGARREUR Bier TISSOT
 

3ème ESCADRON

1er PELOTON :

S-Lt FRACHON

M 10

CAMBRONNE - -

M 10

CLEMENCEAU - -

M 10

CHANZY - -

M 10

COLBERT - -

2ème PELOTON

- S-Lt EMIG
M 10 COURAGE - -
M 10 COURROUX - -
M 10 CALME - -
M 10 COLERE 432638 -

3ème PELOTON

S-Lt LABITTE puis SLt FRACHON

M 10

CHATEAU-CHINON - -

M 10

CHENONCEAUX - -

M 10

CHAMBORD - S-Lt MAGNE

M 10

CLERY - Asp DURVICQ
     

4ème ESCADRON

Cne GUTH

1er PELOTON

Lt RENE
M 10 DUGUESCLIN - -
M 10 DURACUIRE - -
M 10 DAMOCLES - -
M 10 DEMON 432637 MdL CAIZERGUES

2ème PELOTON

S-Lt CHAMARD
M 10 DANTESQUE - Bier BORGNIET
M 10 DIABOLIQUE - -
M 10 DOMPTEUR - MdL LECOMTE
M 10 DEBROUILLARD - -

3ème PELOTON

S-Lt de ROCHAMBEAU

M 10

DIPLODOCUS - "PICO"

M 10

DINOSAURE - -

M 10

DRAGON 466388 -

M 10

DIB - -